Théâtre - L'image féminine détrônée
Photo : Dominique Lafond
Cinglantes et pas vraiment aimables, les trois sœurs de la pièce Princesses se déchirent autour de l’anniversaire de leur génitrice.
À retenir
-
Princesses
- Texte de Catherine Léger.
- Mise en scène de Diane Pavlovic.
- À la salle Jean-Claude-Germain
- Jusqu'au 8 octobre.
Tandis que les belles des contes de fées passent sous la moulinette d'Elfriede Jelinek à l'Espace Go, cette pièce de Catherine Léger ne fait pas de quartier à cet archétype féminin que sont les princesses. Rien de gentil dans ce portrait au bulldozer de filles trentenaires, qui met à mal une image trop lisse de la féminitude.
Cinglantes et pas vraiment aimables, ces trois soeurs se déchirent autour de l'anniversaire de leur génitrice. Une mère qui a cessé depuis des lustres d'exercer sa fonction maternelle traditionnelle et qui s'est enfermée dans le mutisme, laissant ses filles pour ainsi dire orphelines, sans repères. Celles-ci se laissent aller, s'échappent de leurs rôles, cassent le moule de la perfection, rompent avec le syndrome de la bonne fille. Bref, elles se lancent allègrement des vacheries, n'hésitent pas à insulter leur mère, voire à exprimer des envies matricides, ou à parler de sexe très crûment. Les héroïnes de Princesses s'approprient certains comportements plutôt associés au masculin: rivalité au niveau des performances sexuelles, batailles de coqs, amant réduit au statut d'objet du désir (le charismatique Vitali Makarov, dans un rôle quasi muet)...
La coauteure d'Opium_37 — un univers qui était fort différent... — joue ici sur l'outrance pour transgresser des tabous et révéler les désirs ou ras-le-bol souterrains de ses personnages. Il y a la professionnelle délurée qui se lance dans une activité sexuelle effrénée mais vide (Marie-Ève Huot, pleine d'aplomb), la wonder woman coincée (Ève Gadouas) et la mère banlieusarde (Fanny Rainville), qui plante là sa vie rangée pour un fantasme créé de toutes pièces. Dans le développement le plus surprenant du show, celle-ci se réinvente en princesse des 1001 nuits, cherchant un absolu hors de son quotidien matérialiste. Car sous ses séances de crêpage de chignons et ses péripéties extravagantes, le récit semble témoigner d'une perte de sens chez ces femmes, en l'absence symbolique de la mère.
Dotée d'un bon sens du dialogue, Catherine Léger manie ici une langue crue et un humour plutôt frontal. Son texte marie une abondance de repères réalistes à une grosse veine fantaisiste, qu'embrasse assez franchement la mise en scène de Diane Pavlovic.
Léger, assez décousu, un peu répétitif, mais joué avec enthousiasme, le spectacle se révèle au final plus ludique que percutant. Il y a pourtant quelque chose d'assez libérateur dans cette remise en question de l'image féminine, cette pièce qui revendique en quelque sorte sa puérilité...
***
Collaboratrice du Devoir
Cinglantes et pas vraiment aimables, ces trois soeurs se déchirent autour de l'anniversaire de leur génitrice. Une mère qui a cessé depuis des lustres d'exercer sa fonction maternelle traditionnelle et qui s'est enfermée dans le mutisme, laissant ses filles pour ainsi dire orphelines, sans repères. Celles-ci se laissent aller, s'échappent de leurs rôles, cassent le moule de la perfection, rompent avec le syndrome de la bonne fille. Bref, elles se lancent allègrement des vacheries, n'hésitent pas à insulter leur mère, voire à exprimer des envies matricides, ou à parler de sexe très crûment. Les héroïnes de Princesses s'approprient certains comportements plutôt associés au masculin: rivalité au niveau des performances sexuelles, batailles de coqs, amant réduit au statut d'objet du désir (le charismatique Vitali Makarov, dans un rôle quasi muet)...
La coauteure d'Opium_37 — un univers qui était fort différent... — joue ici sur l'outrance pour transgresser des tabous et révéler les désirs ou ras-le-bol souterrains de ses personnages. Il y a la professionnelle délurée qui se lance dans une activité sexuelle effrénée mais vide (Marie-Ève Huot, pleine d'aplomb), la wonder woman coincée (Ève Gadouas) et la mère banlieusarde (Fanny Rainville), qui plante là sa vie rangée pour un fantasme créé de toutes pièces. Dans le développement le plus surprenant du show, celle-ci se réinvente en princesse des 1001 nuits, cherchant un absolu hors de son quotidien matérialiste. Car sous ses séances de crêpage de chignons et ses péripéties extravagantes, le récit semble témoigner d'une perte de sens chez ces femmes, en l'absence symbolique de la mère.
Dotée d'un bon sens du dialogue, Catherine Léger manie ici une langue crue et un humour plutôt frontal. Son texte marie une abondance de repères réalistes à une grosse veine fantaisiste, qu'embrasse assez franchement la mise en scène de Diane Pavlovic.
Léger, assez décousu, un peu répétitif, mais joué avec enthousiasme, le spectacle se révèle au final plus ludique que percutant. Il y a pourtant quelque chose d'assez libérateur dans cette remise en question de l'image féminine, cette pièce qui revendique en quelque sorte sa puérilité...
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