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    Théâtre - Les phrasés du silence

    23 septembre 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Tom à la ferme
    Texte: Michel Marc Bouchard. Mise en scène: Marie-Hélène Gendreau. Musique: Philip Larouche. Avec: Steve Gagnon, Lise Castonguay, Frédérick Bouffard, Joëlle Bond. Une production du Théâtre de la Bordée, présentée à La Bordée jusqu'au 15 octobre 2011.
    Commencer par la fin. Se le permettre. Le faire pour célébrer le silence qui s'est déposé comme un souffle précieux à la finale de Tom à la ferme, de Michel-Marc Bouchard. Un silence éloquent, mérité, à l'image de ce qui étreint et s'éteint, qui portait haut et fort ce que cette production soulève d'intensité et de tensions sur la scène de la Bordée.

    Par delà l'histoire de Tom, jeune publicitaire qui débarque dans un village isolé pour assister aux funérailles de son amoureux, la pièce traite du mensonge, des non-dits et de la dépossession. Vivre ses amours à l'écart du regard familial n'est pas si dramatique, mais être dépossédé du deuil à faire de l'être aimé relève de la tragédie. C'est dans cette zone d'ombres, de sous-entendus, de violence et d'instants, où le risible trouve sa place, que se situe l'axe névralgique de la plus récente pièce du dramaturge. Une pièce sombre, bien sûr, qui trouve sa pleine lumière dans la lecture qu'en fait Marie-Hélène Gendreau, et la justesse de sa gravité dans l'interprétation que livrent les comédiens.

    Les personnages de Bouchard sont riches; leur sang est irrigué d'émotions, de nuances et de contradictions. C'est dans ce registre qu'oeuvre Lise Castonguay en mère trouble, attachante, dépossédée d'un fils et d'une vérité. Le Francis de Frédérick Bouffard sent la terre rivée aux bottes et la sueur collée au corps. Le jeu physique de Bouffard alterne entre vulnérabilité et démesure et ose l'effleurement de ce qui rebute et attise. En ouverture, le ton de Steve Gagnon (Tom) déconcerte, mais peu à peu, l'acteur nous redonne la finesse et la complexité du personnage. Joëlle Bond n'est pas en reste. Sa délicieuse et délurée Sara n'a rien de secondaire.

    Musique et ambiance sonore dépassent largement l'habillage. On baigne dans le langage du corps, du coeur et du souffle. Dans l'écho de ce qui se dévoile et de ce qui se dérobe. Les lumières fouillent, chassent, découpent et déshabillent. Le plateau — son décor évocateur et audacieux — se fait le lieu d'une savante géométrie organique et éclatée. Tout, dans cette production, échappe à la linéarité. Les lignes de fuite s'entrecroisent, les déplacements réinventent les entrées et les sorties. Il sera difficile d'imaginer autrement une mise en espace de ce texte de Bouchard, qui remportait récemment le prix de la dramaturgie francophone de France.

    Ce Tom à la ferme nous ramène sans contredit à la nécessité qu'exprimait Jean Genet d'une représentation qui doit agir sur l'âme.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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