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Théâtre - Dire les mots de la haine

Le dramaturge Larry Tremblay propose une oeuvre dure, violente même, sur la haine qui habite nos sociétés

Michel Bélair   17 septembre 2011  Théâtre
Cantate de guerre, de Larry Tremblay, propose un thème classique: la haine cachée sous la violence.<br />
Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir
Cantate de guerre, de Larry Tremblay, propose un thème classique: la haine cachée sous la violence.

À retenir

    Cantate de guerre
    • Texte de Larry Tremblay
    • Mis en scène par Martine Beaulne
    • Présenté au Théâtre d'Aujourd'hui à compter du 20 septembre.
    • Information: (514) 282-3900
De façon presque prémonitoire, Larry Tremblay se pointe à notre rendez-vous entre deux orages violents. Il arrive d'Ottawa où il donnait un atelier d'écriture dans le cadre des Zones théâtrales qui s'achèvent aujourd'hui après une semaine d'intenses activités.

Comme nous allons parler de son plus récent texte, «le vingt et quelquième...», Cantate de guerre, les rafales de pluie et les bourrasques de vent semblent avoir été prévues pour cadrer précisément la teneur de ses propos...

Le dramaturge raconte d'abord que Cantate de guerre s'est imposé à la suite d'une lecture; celle du livre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa sur la «présence» russe en Tchétchénie. Bouleversé, Tremblay n'a pas eu d'autre choix que d'écrire un poème...

«Je voulais laisser monter en moi et mettre des mots sur l'espèce de cri enfoui qui m'habitait après la lecture de ce livre. Écrire quelque chose qui parle de guerre et de guerriers, oui, mais quelque chose de lyrique sur les mots à travers lesquels s'exprime la haine.» Ce Cantate de guerre, qui prend l'affiche du Théâtre d'Aujourd'hui à compter de mardi, dénonce rien de moins que les haines raciales. Pas léger.

Le premier jet, raconte Tremblay, n'avait rien de vraiment théâtral; c'est un embryon de 15 pages qu'il fait lire à la metteure en scène Martine Beaulne dont il connaît depuis longtemps les capacités d'analyse. Surprise: elle est tout de suite conquise. C'est à ce moment qu'il décide de travailler en atelier avec neuf comédiens puis, qu'à la suite de tout cela le texte s'impose et qu'il écrit Cantate de guerre.

«Le moins que l'on puisse dire c'est que c'est un sujet classique. La guerre, les conflits violents, c'est l'âme même du théâtre depuis les Grecs. Mais comment j'allais, moi, aborder ce sujet-là? Je savais dès le départ que je ne voulais pas décrire un uniforme particulier, qu'il n'y aurait pas de bons et de méchants, ni d'une guerre précise d'ailleurs pour mieux faire allusion à tous les affrontements passés et à venir. Et je savais aussi que les mots seraient au coeur de toute l'aventure...»

Tremblay parle d'un travail intense sur le rythme et sur ce qu'il appelle «la justesse du ton» de façon à éliminer l'anecdote et ne garder que l'essentiel. Un travail d'autant plus minutieux qu'on trouve un choeur dans la pièce qu'il faut faire parler et intervenir de façon claire et intelligible — «C'est la caisse de résonance où l'on verra tout basculer». Parce que, comme dans le théâtre grec, Larry Tremblay a choisi de ne pas mettre en scène la violence, mais plutôt de faire éclater sur scène les mots qu'elle prend pour s'exprimer.

«La haine, qu'elle soit raciale ou autre, s'écrit d'abord dans des mots qui eux viennent fonder, donner leur base à des comportements puis à des gestes; pensez à Mein Kampf, à tous les manifestes et les théories tronquées dans lesquelles la haine se propage toujours... Un génocide n'est jamais spontané; il se prépare avec des mots autant, sinon plus!, qu'avec des fusils. Je voulais que l'on sente clairement que la violence est toujours reliée à la parole. Qu'elle repose d'abord sur un discours.»

Cantate de guerre est donc une pièce sur la transmission de la haine. Une pièce sur l'espoir aussi puisque, à la fin, la chaîne de transmission de la haine sera brisée...

Armes blanches

Le temps s'est fait plus frais sous la tonnelle de la terrasse vitrée où s'écrasent encore quelques dernières gouttes de pluie. Larry Tremblay s'anime mitraillant presque ses mots en une série de courtes phrases comme s'il ne pouvait s'empêcher d'illustrer concrètement son sujet... Nous en sommes à évoquer la forme que prendra Cantate de guerre et ceux et celles qui lui ont donné vie.

Le dramaturge explique qu'il tenait absolument à travailler avec des archétypes. Les conflits auxquels il fait allusion ne sont pas nommés et ceux qui en parlent n'ont pas non plus de nom: il y a le père, le fils, etc. On ne commet pas de crime violent sur scène, non plus. On ne voit pas la violence, on la dit. Mais contrairement à ce qui se passe dans le théâtre grec, la pièce se passe au présent: on ne vient pas raconter quelque chose qui a déjà eu lieu. Ici, les mots sont des armes blanches.

Tremblay raconte que Ludovic Bonnier, par exemple, a travaillé la matière sonore du spectacle à partir des bruits du métal; les frottements et éclats divers des chaînes et des lames y font écho aux sons inscrits dans les mots durs et acérés du texte. Anick La Bissonière a conçu l'espace et Claude Cournoyer la lumière en partant des mêmes impératifs. Tout cela dans le but de mettre la parole de l'avant. Parce que c'est là que vit d'abord la violence et que toute l'équipe menée par Martine Beaulne a voulu la faire résonner sur scène dans toute sa cruauté pour qu'elle ne puisse, au bout du compte, offrir d'autre solution que l'espoir.

Tremblay, qui connaît la musique puisqu'il signe régulièrement des mises en scène et qu'il joue toujours même s'il ne danse plus son «kathakali», raconte encore que la pièce repose sur toute l'équipe. On y reconnaîtra évidemment le nom de Paul Ahmarani qui jouera le rôle du père, on s'en doutait. Mais on trouve dans la distribution des noms plus rares comme ceux du jeune Mikhaïl Ahooja tout juste sorti du Conservatoire et dont Larry Tremblay dit le plus grand bien, de Philippe Racine et d'Abdelghafour Elaaziz (Frédéric Lavallée, Mathieu Lepage et Denis Roy complètent la distribution).

«Je sais, conclut Larry Tremblay, que certains font parfois des parallèles entre mes textes et l'univers d'Edward Bond ou de Sarah Kane, mais je ne crois pas qu'il y ait vraiment de lien: j'ai écrit aussi Panda panda et Abraham Lincoln va au théâtre... Surtout qu'ici le fils parvient à s'arracher à l'étreinte du père en brisant la chaîne de transmission de la violence et de la haine. En ce sens, la pièce est ouverte même si on n'y trouve pas de morale. Il est possible de changer de comportement... et il me semble important que la question atteigne le spectateur et que chacun s'interroge. Jusqu'où peut-on aller? Il faut que nous réfléchissions là-dessus. Laisserons-nous le monde devenir complètement inhumain?»

Notons pour ceux qui s'intéressent à ces questions que le texte de Larry Tremblay est publié chez Émile Lansman et que l'on pourra discuter de tout ce qui est évoqué ici après la représentation du mardi 27 septembre avec le philosophe Georges Leroux, Émilie Martz-Kuhn et Larry Tremblay. À vos questions...
 
 
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  • Denis Paquette - Abonné
    18 septembre 2011 10 h 54
    Attention
    M. Tremblay, je savais qu’un jour , j’aurais l’occasion de vous parler, je suis allé voire votre pièce, montée par M .Poissant au théâtre de l’Espace Go. J’en suis sorti complètement abarsourdie et sonné, D’ailleurs si je me souviens bien, même si les comédiens jouaient très bien, le publique est demeuré très sur ses gardes, les applaudissements en témoignaient. Nous assistions à une sorte de joute ou tous les paramètres étaient éclatés avec une certaine délectation pour la redondance. Il est vrai que dans certains pays les choses n’ont pas toujours le même poids, leur histoire leurs permettant d’assumer certains mythes, Chez les grecs anciens le bien était bon et le bon était bien mais est-ce que nous pouvons dire que dans notre monde le bon est toujours bien et le bien, toujours bon. Tout ça pour vous dire que lorsque que j’ai assisté à ce spectacle je sortais de maladie et que je ne l’ai pas trouvé drôle, Il y avait cette façon de dire et de faire les choses jusqu’à l’outrance sous prétextes de déconstructions dramatiques. Déconstruire le langage j’en suis, car ça permet d’en comprendre le sens profond, mais au théâtre, utiliser ces procédés relève surtout de la propagande, Bon je crois que je n’ai pas besoin d’en dire plus. Il y a des situations, voire des moments, où il ne faut pas mélanger les genres sans courir le risque, de s’y perdre. J’espère que cette pièce n’est pas en continuité de la première, car alors ce serait de la morbidité pure. Qui a dit que si le théâtre devenait exclusivement du freak show c’est qu’il serait sur le point de disparaitre
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