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    Carrefour international de théâtre de Québec - Un cheval nommé silence

    11 juin 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    La Omisión de la familia Coleman
    Texte et mise en scène: Claudio Tolcachir. Avec Araceli Dvoskin, Miriam Odorico, Inda Lavalle, Claudio tolcachir, Tamara Kiper, Gerardo Otero, Gonzalo Ruiz, Jorge Castaño. Une création de Teatro Timbre 4, présentée dans le cadre du Carrefour international de théâtre, au Théâtre de la Bordée, jusqu'au 11 juin.
    Québec — La Omisión de la familia Coleman de Claudio Tolcachir n'enfante pas de héros, ne laisse aucune place à la mélancolie, n'accouche d'aucune morale et ne cherche surtout pas à réhabiliter les liens sacrés du sang. Elle met en scène un clan dysfonctionnel, désorganisé, plongé dans la pauvreté et la promiscuité, et joue habilement sur le flou et l'ambiguïté des rapports entre les uns et les autres.

    L'univers brinquebalant des Coleman gravite autour d'une grand-mère au bout d'elle-même, d'une mère-enfant dont le comportement s'apparente à celui d'une soeur ou d'une amie, de ses trois rejetons qui ne parviennent pas à devenir adultes et d'une quatrième, élevée hors de la tribu, qui reprend, malgré elle, les cordeaux de ce cheval de Troie. On est ici dans l'impérieuse absence de père réel et symbolique, dans la mise en abyme de la déresponsabilisation personnelle et sociale, dans l'incapacité ontologique à trouver sa place et l'attente d'être pris en charge.

    La Omisión... évite le drame et la caricature pour laisser galoper, tels des jumeaux épiques, le comique et le tragique. Ses personnages sont grandeur nature, parfaitement réalistes, et les acteurs qui les incarnent désarçonnent. On est avec eux, près d'eux, dans la justesse du ton, du souffle, du rythme, dans cette mécanique du jeu qui s'efface et laisse surgir, en soi, ce qui doit l'être.

    Hamlet et Mère Courage ne sont pas au rendez-vous, Phèdre et Antigone sont au nombre des abonnés absents. Derrière les quatre murs d'un quotidien sans avenir, l'enjeu est celui de l'impossibilité de se définir et de nommer ce qui se terre au fond de soi.

    Tolcachir tient une oeuvre qui témoigne de la misère des sociétés dites riches et progressistes: celle du non-être. Son théâtre du quotidien fait plus que dépeindre une situation, il met en scène une multitude de non-dits, de désirs abolis, et rend visibles les griffes qui maintiennent le soi captif de son état. La Omisión... fait beaucoup rire, mais le tragique qu'elle porte ne fait aucun doute. Il surgit en chacun des personnages qui sont face à leur propre impuissance. Il est ce que nous lègue Tolcachir dans les derniers regards d'un Marito abandonné à lui-même.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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