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    Théâtre - Péril en la demeure

    6 juin 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    La Robe blanche
    • Texte et interprétation: Pol Pelletier
    • Mise en scène de Pol Pelletier en collaboration avec Jette Bastian
    • Présentée au Cercle le 3 juin 2011.
    Ils étaient nombreux à s'entasser chaotiquement au Cercle, le 3 juin dernier, pour assister à cette unique représentation de La Robe blanche de Pol Pelletier. Elle est entrée par l'arrière de la salle, visage blanc, haut-de-forme, silhouette noire, chaussures rouges et mains gantées. Elle s'est frayé discrètement un passage jusqu'à la plateforme nue, avant d'adresser tout naturellement aux cœurs en attente quelques mots d'introduction à son work in progress, son projet en voie/voix de naître.

    Pol Pelletier marche en marge de l'autoroute du spectaculaire, se déplace non pas comme une funambule sur un fil de fer exécutant un tour de force, mais comme une poète sur une corde à linge où seraient suspendus les silences et l'inestimable de ce qui n'est pas donné à entendre. Elle le fait avec la grâce et l'abandon de ceux qui savent que la gloire n'a rien à voir avec l'impérieuse nécessité de la mise en péril du corps, de la demeure, d'un art qui n'a d'autre finalité que la manifestation de l'humaine présence au monde.

    Sa robe blanche est la robe souillée de l'enfance. La robe des secrets enfouis, tissu genèse de l'art à venir, transformé en guenilles par le premier censeur de sa vie et tous les autres qui jalonnent le sentier de la pratique. Car, dans cette oeuvre en mouvance, la censure est le noyau duquel surgissent tous les articides. Oeuvre autobiographique, La Robe blanche déploie les plis et replis collectifs, débusque et dénonce la Haute Prêtrise culturelle, déboulonne les dogmes, ramène à la surface un pan de l'histoire théâtrale du Québec et repêche les noms des Pedneault et Marchessault dont les voix ont été englouties par la vague dominante.

    Sous un éclairage et dans une mise en espace minimalistes, accompagnés en filigrane, sur bande-son, par la musique de Jean-Jacques Lemêtre, Pelletier porte le territoire de la parole et l'impalpable géographie du corps en présence.

    À l'heure de l'événementiel, du grandiose et du jamais vu, elle livre le jamais dit et ce qui nécessite de l'être. Ce qui est su et tu. Ce qui tue une première fois et ne cesse plus de tuer à répétition. Elle le fait pour elle, pour les artistes occultés, pour ceux qui ne parviennent pas à se faire entendre et celles qui périssent sous la galerie arrière ou dans la basse-cour de l'industrie culturelle.

    Voir Pol Pelletier, c'est réentendre Joyce Mansour écrire: «car la mort est contagieuse/et son nom souillera vos lèvres/vos lèvres votre langue votre bouche votre blessure».

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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