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    Carrefour international de théâtre - La main qui tremble

    2 juin 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Wolfe
    Texte et mise en scène: Emma Haché. Avec Albert Belzile, Frédéric Clément Melanson, Kevin Doyle, Diane Losier, Caroline Sheehy, Marie-Pierre Valay-Nadeau. Une création du Théâtre de l'Escaouette de Moncton, en coproduction avec le Théâtre français du Centre national des arts à Ottawa. Présentée dans le cadre du Carrefour international de théâtre, à la salle Multi de Méduse (Québec), jusqu'au 2 juin 2011.
    Ça se passait en 1969, au Nouveau-Brunswick. Deux cent vingt familles se voyaient forcées de quitter le territoire. Le nom de Jackie Vautour, qui s'est élevé contre la toute-puissance de l'État, devenait synonyme de résistance. Le Wolfe d'Emma Haché plonge ses racines dans le côté sombre de la création du parc national de Kouchibouguac, dans la dépossession du territoire qui entraîne son incontournable lot de dépossessions: celle du soi, de la famille, des souvenirs, de ce sur quoi se fonde l'humaine existence.

    Enracinée aux souches de l'histoire collective, la proposition dramaturgique de Haché s'ouvre sur une quête, métaphysique, aux limites du psychanalytique et du métaphorique, et c'est sans doute cette partie qui n'arrive pas à trouver l'élévation souhaitée, tant dans le corps du texte que dans la mise en scène. Personnage-clé, Vautour ne parvient pas à s'incarner. Sa présence se fait plus forte dans le dire des autres que dans le rôle qui est le sien. L'image qui nous reste du personnage, et du comédien qui l'incarne, est celle d'un homme armé d'un fusil, ce qui n'est certes pas ce qui était envisagé. Alors que Vautour reste à l'état d'esquisse, Rosilda et Gonzague, bellement interprétés par Diane Lozier et Albert Belzile, se font attachants, vibrants, sensibles, porteurs du vrai autant que du mythe, et deviennent les véritables ancrages auxquels s'amarrer.

    Wolfe, personnage éponyme de la pièce, souffre du même mal qu'Apolline: leur identité est assujettie à la métaphore de la lutte intérieure. Leur traversée de la forêt désenchantée rejoint la psychanalyse du conte: quelle est la part d'ombre qui réside en nous? Où est la lumière qui doit nourrir nos quêtes? Ce sont des symboles, et le jeu physique qui les lie, qui aurait dû remuer et hanter, nous garde à distance de l'émotion et de ses torrents.

    Les bouleaux suspendus, la terre répandue et les maisonnettes offrent un espace scénique finement évocateur. Les éclairages et l'environnement sonore confèrent à l'ensemble une texture nocturne qui séduit. L'utilisation des couvertures, le recours aux projections et aux jeux d'ombre nouent en toute sobriété le tangible et l'intangible.

    Le matériau et le terreau de Wolfe sont fertiles. Il suffirait de peu pour que «la main qui tremble» trouve l'équilibre entre le symbolique, le métaphorique et l'historique, pour que l'homme, ce loup pour l'homme, soit démasqué et que les Vautour de nos vies trouvent leur pleine stature.

    ***

    Collaboratrice du Devoir













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