Théâtre - Frères ennemis
Photo : Hugo B. Lefort
Le comédien Guillaume Regaudie dans une scène de la pièce Le Chemin des passes dangereuses.
À retenir
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Le Chemin des passes dangereuses
De Michel-Marc Bouchard. Mise en scène: Michel-Maxime Legault. Une production Le Mimesis, au Bain Saint-Michel jusqu'au 27 mai.
Michel-Maxime Legault est un metteur en scène de plus en plus sollicité par les jeunes comédiens montréalais. Lui qui, en deux ans, a signé des spectacles pour plusieurs jeunes compagnies, d'abord la sienne (Théâtre de la Marée haute) puis celles des autres (Mea Culpa Theatre et maintenant la compagnie Le Mimesis), semble être apprécié de la relève pour sa grande intelligence du texte, son efficacité dans la mise en espace des corps et la précision de sa direction d'acteurs — du moins dans le registre plus ou moins réaliste qu'il a toujours abordé jusqu'à maintenant.
Sa mise en scène du Chemin des passes dangereuses, de Michel-Marc Bouchard, ne déroge pas à la règle. Pas de grandes idées de mise en scène, pas de parti-pris formel notable ni de lecture particulière de l'oeuvre, mais une efficacité dramatique certaine et une nette sensibilité aux enjeux émotifs, psychologiques et identitaires portés par le texte. Les trois jeunes comédiens (Guillaume Regaudie, Yves-Antoine Rivest et Louis-Philippe Tremblay) sont certes inégaux, peut-être un brin trop nerveux, mais Legault s'est assuré de les diriger vers une composition équilibrée: juste assez de couleur, juste assez de fragilité et d'urgence, l'essentiel se déroulant surtout dans le rythme soutenu des échanges et dans les tensions palpables dans les silences. Ainsi, le rythme s'accélère et la palpitation monte progressivement dans ce huis clos de révélations fraternelles.
Au final, la production donne accès au très puissant texte de Bouchard et rappelle son inébranlable construction tragique — on reprend plaisir à suivre les parcours des trois frères et leur plongée dans un passé trouble qui ne se dévoile d'abord que de manière voilée. Théâtre de l'intime, de la famille et des secrets enfouis, parsemé des motifs récurrents de l'oeuvre de Bouchard (homosexualité, identité fragile, rapport trouble à la collectivité, choc des mentalités urbaines et rurales), la pièce frappe toujours aussi fort même si elle sonne aujourd'hui très familier. Ici, toutefois, l'interprétation ne parvient pas à éclairer toutes les dimensions, ni à en camper une en particulier. Il règne une sorte de flou. Dommage.
Tout de même, si la production est (trop) sage, elle est fort honnête et a le mérite de se dérouler dans un espace scénique fort signifiant. Dans le creuset du Bain Saint-Michel, les personnages se démènent autant dans le ravin du chemin des passes que dans leur propre gouffre où, à cause de l'écho, plane une inquiétante ambiance fantomatique. Très à-propos.
***
Collaborateur du Devoir
Sa mise en scène du Chemin des passes dangereuses, de Michel-Marc Bouchard, ne déroge pas à la règle. Pas de grandes idées de mise en scène, pas de parti-pris formel notable ni de lecture particulière de l'oeuvre, mais une efficacité dramatique certaine et une nette sensibilité aux enjeux émotifs, psychologiques et identitaires portés par le texte. Les trois jeunes comédiens (Guillaume Regaudie, Yves-Antoine Rivest et Louis-Philippe Tremblay) sont certes inégaux, peut-être un brin trop nerveux, mais Legault s'est assuré de les diriger vers une composition équilibrée: juste assez de couleur, juste assez de fragilité et d'urgence, l'essentiel se déroulant surtout dans le rythme soutenu des échanges et dans les tensions palpables dans les silences. Ainsi, le rythme s'accélère et la palpitation monte progressivement dans ce huis clos de révélations fraternelles.
Au final, la production donne accès au très puissant texte de Bouchard et rappelle son inébranlable construction tragique — on reprend plaisir à suivre les parcours des trois frères et leur plongée dans un passé trouble qui ne se dévoile d'abord que de manière voilée. Théâtre de l'intime, de la famille et des secrets enfouis, parsemé des motifs récurrents de l'oeuvre de Bouchard (homosexualité, identité fragile, rapport trouble à la collectivité, choc des mentalités urbaines et rurales), la pièce frappe toujours aussi fort même si elle sonne aujourd'hui très familier. Ici, toutefois, l'interprétation ne parvient pas à éclairer toutes les dimensions, ni à en camper une en particulier. Il règne une sorte de flou. Dommage.
Tout de même, si la production est (trop) sage, elle est fort honnête et a le mérite de se dérouler dans un espace scénique fort signifiant. Dans le creuset du Bain Saint-Michel, les personnages se démènent autant dans le ravin du chemin des passes que dans leur propre gouffre où, à cause de l'écho, plane une inquiétante ambiance fantomatique. Très à-propos.
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