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    Théâtre - «L'expérience incessante»

    28 avril 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Dans L’Opéra de quat’sous, le camion-roulotte est magnifiquement exploité.<br />
    Photo: Vincent Champoux Dans L’Opéra de quat’sous, le camion-roulotte est magnifiquement exploité.
    L'Opéra de quat'sous
    De Bertold Brecht. Musique: Kurt Weill. D'après la traduction d'Elisabeth Hauptmann de L'Opéra des gueux de John Gay. Texte français: René-Daniel Dubois.
    Traduction littérale: Marie-Élisabeth Morf et Louis Bouchard. Mise en scène: Martin Genest. Avec Bertrand Alain, Joëlle Bourdon, Jonathan Gagnon, Israël Gamache, Valérie Laroche, Véronika Makdissi-Warren, Olivier Normand, Patrick Ouellet, Jean-Sébastien Ouellette, Lucien Ratio, Andrée Samson, Klervi Thienpont et les musiciens de l'Orchestre d'Hommes-Orchestres. Une production du Théâtre du Trident en collaboration avec le Théâtre Pupulus Mordicus, présentée au Trident jusqu'au 14 mai.
    Un débarquement, une prise de possession du territoire, lente et irréversible, forçant le public à ne pas attendre de commencement. La distribution de L'Opéra de quat'sous s'avance sans demander de permission et c'est bien là la première joie. Saltimbanques, Tziganes, acteurs et musiciens, l'épaule à la roue, poussent cette roulotte-camion qui sera tous les lieux à la fois. Ils agissent comme s'ils étaient chez eux, avec raison (deuxième joie!), car chez Brecht, la question posée demeure: à qui appartient le monde? Et cette production en est la réponse vibrante. À eux, à nous, à tous ceux qui ont saisi que la vie est, comme le disait Brecht, une expérience incessante.

    Et c'est bien ce que le Trident nous offre. De la vie. Du grand. De la beauté, partout en même temps. Du vrai. Du faux. Du réel. Des prestations à la hauteur du propos, avec ce qu'il faut d'irrévérence et d'impudence. Un sublime et brillant Peachum. Un Mackie-le-surineur finement fourbe. Une fabuleuse et renversante Polly. Et leurs multiples, sans exception, qui incarnent des personnages animés, talentueux, riches et intelligemment rendus. Ce beau monde traversé par l'Orchestre d'Hommes-Orchestres qui marque cette production d'une présence à la mesure/démesure de son indéniable talent. Sans oublier les marionnettes et autres objets animés, issus de l'imaginaire du Pupulus Mordicus, un fin rappel de ce monde où nous sommes, bien malgré nous, soumis à tant de manipulations. Cela, porté par l'adaptation qu'en fait René-Daniel Dubois et qui, dans le contexte, fonctionne à merveille.

    Dire que ce cirque, cette foire lucide et ludique, évolue dans des éclairages parfaitement réglés, dans un chaos rudement bien organisé, dans une fantastique atmosphère de délinquance musicale, langagière, sociale, politique, rigoureusement orchestrée. Dire que Martin Genest dirige cette immense foule comme s'il l'avait fait les mains dans le fond des poches de Brecht, apte à détrousser les sens, à les faire éclater avec l'élégance d'un enfant qui sait que le jeu est essentiel pour permettre à tous de grandir en même temps.

    C'est un immense cadeau que nous offrent le Trident et les artistes de cette production. Un arbre à musique. Un camion-roulotte magnifiquement exploité, écho de nombreuses traditions itinérantes. Une finale magistrale où les pianos refont la gamme du théâtre et de la vie, là où Brecht les situait: dans l'expérience incessante.

    ***
    Collaboratrice du Devoir













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