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    Théâtre - Sensibles variations

    27 avril 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Variations énigmatiques
    Texte: Éric-Emmanuel Schmitt. Mise en scène: Hugues Frenette. Avec Emmanuel Bédard et Vincent Champoux. Une production du Théâtre de La Bordée en collaboration avec le Dream Team. À La Bordée jusqu'au 7 mai.
    Variations énigmatiques d'Éric-Emmanuel Schmitt a tout pour envoûter: des personnages riches de sens, une intrigue et des rebondissements, des réparties amusantes, une touche d'animosité, un fond philosophique qui rejoue l'amour et la passion dans leurs élans symphoniques autant que dans leurs notes dissonantes.

    C'est une oeuvre intelligente qui, à l'instar des Enigma Variations d'Edward Elgar, s'orchestre autour d'une absence/présence. Celle de la mélodie de base occultée de l'oeuvre musicale et celle de la femme aimée, désirée, de celle de Schmitt.

    Ainsi, Erik Larsen, qui se présente comme journaliste, vient-il s'entretenir avec Abel Znorko, Prix Nobel de littérature, dans cette île de la Norvège où l'écrivain vit en reclus, autour de son dernier ouvrage.

    Vincent Champoux et Emmanuel Bédard offrent d'abord une interprétation plus stéréotypée du petit journaliste de circonstance et de l'écrivain de renommée, ce qui correspond en tous points aux exigences de l'intrigue. La beauté des interprétations du duo se dévoile au fur et à mesure que se lèvent les voiles du véritable enjeu qui les lient l'un à l'autre. Leur jeu se fait alors complice, intense, cadencé, et le texte, son phrasé, dans le grave autant que dans le tendre et le poétique, porte toutes ses tonalités. Hugues Frenette, qui orchestre l'ensemble, mise sur la sensibilité des acteurs et sur leur capacité à soulever les vibratos les plus subtils du texte. Une vision qui témoigne de l'attachement à l'oeuvre plus qu'à un désir de laisser son empreinte personnelle.

    Le décor d'Amélie Trépanier a l'avantage de symboliser l'ouverture sur le large, d'offrir une sensation de mer et d'horizon lointain. Les éclairages de Bernier-Guimond esquissent des zones d'ombres au sol fort réussies, mais ses variantes en fond de scène, parfois criantes, censées évoquer le déclin de cette journée qui précède l'entrée dans la nuit polaire, se font parfois un peu trop insistantes.

    Variations énigmatiques appelle à l'abandon. Celui des interprètes et celui du public. Avec, en sus, la dévorante passion des mots, de l'écriture, du jeu qui s'installe entre vrai et faux, fiction et réalité, ombres et lumière, et qui pose la question: qui est celui qui écrit? C'est une production qui respire la tendresse et l'amour du langage. On souhaiterait que, par respect pour les artisans, les «texteurs», «roupilleurs» et tousseurs chroniques aient la générosité de céder leur billet aux amoureux de l'art du vivant.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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