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    Affaire Bertrand Cantat - Wajdi Mouawad critique «l'opportunisme politique»

    Le cycle de Sophocle est maintenu à Montréal et à Ottawa

    19 avril 2011 |Stéphane Baillargeon | Théâtre
    Wajdi Mouawad au festival d’Avignon en 2009. Le metteur en scène y créera en juillet le cycle Des femmes sans la présence de Bertrand Cantat.<br />
    Photo: Agence France-Presse (photo) Anne-Christine Poujoulat Wajdi Mouawad au festival d’Avignon en 2009. Le metteur en scène y créera en juillet le cycle Des femmes sans la présence de Bertrand Cantat.
    Wajdi Mouawad contre-attaque avec ses moyens, le théâtre et la parole. Le metteur en scène accuse des «personnalités politiques» d'avoir bloqué à double tour la venue du repris de justice Bertrand Cantat au Canada, où il devait participer comme membre du chœur à la production du cycle Des femmes, de Sophocle. Le directeur du Théâtre français du Centre national des arts (CNA), à Ottawa, reproche aux partis en campagne électorale et au Parti conservateur en particulier d'avoir agi par «opportunisme politique».

    Conséquemment, M. Mouawad annonce que sa troupe franco-québécoise soulignera l'absence de M. Cantat lors des productions du cycle grec maintenues au programme, l'an prochain, à Ottawa (au CNA) et Montréal (au TNM). La forme concrète que prendra cette protestation esthétique demeure imprécise pour l'instant.

    «[Le débat sur le fond de l'affaire] n'a malheureusement pas pu avoir lieu parce que sont intervenues des déclarations de personnalités politiques qui sont en ce moment même engagées dans une campagne électorale, a déclaré Wajdi Mouawad en conférence de presse hier midi, à Ottawa. Je pense particulièrement aux déclarations du Parti conservateur, qui a fait entendre que, pour ce qui le concernait, il était impératif que la loi soit appliquée à la règle. Bien sûr, il est important que les lois soient appliquées à la règle, c'est évident. Mais le Parti conservateur a cru bon de rajouter qu'il s'assurerait que les recours administratifs que cette loi offre [soient] refusés. [Ce recours] pourrait donner, éventuellement, après étude de dossier, à un individu la possibilité d'entrer au pays.»

    Bertrand Cantat, ex-leader du groupe rock Noir Désir, compositeur de la musique de la trilogie de Sophocle, a purgé sa peine après avoir été reconnu coupable du meurtre de sa compagne, l'actrice Marie Trintignant. Cet homicide involontaire est devenu un symbole de la violence faite aux femmes, particulièrement dans le giron francophone.

    Sitôt la controverse connue autour de «l'affaire Cantat», il y a deux semaines, la ministre responsable de la région de Québec, Josée Verner, a annoncé qu'un nouveau gouvernement conservateur n'accorderait pas de permis de séjour à l'ex-détenu, point à la ligne. Le chef bloquiste Gilles Duceppe a appuyé cette position.

    Wajdi Mouawad juge cette position «très questionnable». Il parle d'un «opportunisme politique» et d'une «instrumentalisation» ressentie «avec violence» par lui-même et ses compagnons de création. D'où l'idée de monter le spectacle et de l'utiliser pour protester, comme il l'a encore expliqué hier soir devant plus de 600 personnes attirées par le dévoilement de saison, soit deux fois plus de curieux que l'an dernier. La salle a chaudement applaudi le directeur du théâtre français, qui signera sa dernière programmation au CNA.

    «Après moult réflexions, nous nous sommes dit que nous viendrions jouer le spectacle, tel qu'il était prévu et aux dates qui étaient prévues, au TNM et au CNA, a précisé l'homme de théâtre. Le spectacle que le public de Montréal et le public d'Ottawa verra fera entendre [l'absence] de manière absolument pas agressive et absolument pas réactive mais très claire. Dans un désir de rappeler au spectateur [...] les questions par lesquelles nous sommes passés et qui sont fondamentales: qu'est-ce qu'un artiste? qu'est-ce que la justice? qu'est-ce qu'une double peine? quelle est la valeur du symbole? qu'est-ce qu'on fait dans un cas semblable si un tel cas se présentait de nouveau? Pour faire en sorte que le public puisse répondre à ces questions avec nous, qu'on puisse dialoguer avec lui, il est très important que le spectacle tienne compte de cette absence.»

    La forme que prendra cette contestation de demeure nébuleuse. «Si vous me posez la question du "comment", je ne pourrai pas vous répondre aujourd'hui, a expliqué le metteur en scène. Il y a des idées, mais comme le spectacle n'est pas encore créé, si je vous disais maintenant que nous ferons de cette manière-ci, il se peut que lorsque le spectacle sera créé, nous réalisions qu'il vaudrait mieux faire autrement, et là nous serions obligés de vous expliquer de nouveau comment nous allons procéder. Je pense qu'il est plus juste d'entendre ce que le spectacle lui-même, une fois créé, une fois joué, va nous dire sur la manière de faire entendre l'absence.»

    Le cycle sera joué un peu moins de 200 fois dans le monde, parfois avec M. Cantat. À sa création, au festival d'Avignon, en juillet, le rockeur ne sera pas non plus sur scène. Cette fois, il sera tout simplement remplacé, sans marquer l'absence du sujet de toutes les controverses. Ce choix serait justifié par le fait que dans ce cas, Bertrand Cantat a lui-même décidé de s'éclipser du projet, par respect pour la présence au festival du comédien Jean-Louis Trintignant, père de Marie Trintignant, battue à mort par Bertrand Cantat, à Vilnius, à l'été 2003.

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    Avec la collaboration d'Anne Michaud, reporter culturelle à Radio-Canada, Ottawa/Gatineau












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