Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous

    Affaire Cantat - L'absence

    Josée Boileau
    19 avril 2011 |Josée Boileau | Théâtre | Éditoriaux
    Ottawa et Montréal auront donc droit au cycle Des femmes de Sophocle tel que vu par Wajdi Mouawad, sans Bertrand Cantat. «Mais», a souligné le metteur en scène, il n'y aura pas oubli du débat puisqu'il «fera entendre de manière très claire l'absence».

    Absence... Mais laquelle? Wajdi Mouawad n'en voit qu'une: celle de son «très, très grand ami», Cantat. À quoi une foule de gens peuvent lui répondre que la véritable absente, c'est Marie Trintignant, et que dans son cas, il ne s'agit pas d'un choix artistique. Ce camp vaut bien celui de M. Mouawad. À la bataille de l'amitié ou de l'admiration indéfectibles, qui ne souffrent aucune contradiction, chacun est à renvoyer dos à dos.

    Mais une autre absence, fondamentale celle-là, frappe davantage depuis que M. Mouawad a pris la parole: la violence faite aux femmes, et plus spécifiquement, car elle a ses particularités, la violence conjugale.

    L'auteur et metteur en scène a énoncé depuis vendredi comment il pose les termes du débat: qu'est-ce que la justice?, qu'est-ce qu'un symbole?, qu'est-ce qu'une double peine?, qu'est-ce qu'un artiste? Mais jamais il n'a ajouté: qu'est-ce que la mort d'une femme aux mains d'un homme qui dit l'aimer? Qu'est-ce que ce crime qui survient jour après jour, à travers le monde, et que la justice ignore souvent ou minimise? Qu'est-ce que ce geste pour lequel on trouve toujours une explication: la passion, la colère, l'alcool, ou les défaillances de celle qui meurt?

    Cette violence-là envers l'aimée, l'intime, elle n'est pas comme les autres. Peu d'endroits au monde l'ont compris; au Québec, on essaie. Le malaise face à la présence sur scène de Bertrand Cantat vient essentiellement de là.

    Cela, Wajdi Mouawad a choisi de l'ignorer. Quand il expliquait hier toutes les réflexions qui l'ont assailli ces derniers jours, il a dit avoir d'abord pensé: «C'est pas grave, on va jouer partout ailleurs, mais pas au Canada.» Jamais pour lui Bertrand Cantat n'a cessé d'être un intouchable: une indispensable proposition artistique plutôt qu'une provocation peut-être inutile, peut-être prématurée. Après tout, le reste du monde ne protestait pas: on n'a rien dit contre la présence de Cantat à Barcelone ou à Athènes, où le cycle Des femmes sera aussi présenté...

    Parlons-en de la Grèce. Samedi, une dépêche rapportait qu'un représentant de l'ambassade grecque à Stockholm a affirmé que les Suédoises ont pour habitude de déposer de fausses plaintes de viol contre des étrangers. La justice grecque vient d'ailleurs de classer une plainte pour viol d'une touriste suédoise, en dépit de preuves médicales de l'agression... Pas sûr effectivement qu'on fait là-bas grand cas du crime dit passionnel d'un Bertrand Cantat...

    Mais heureusement, l'affaire finit élégamment: la part du Québec qui proteste n'aura pas à porter l'odieux d'avoir entravé une démarche artistique. Le gouvernement conservateur fait dorénavant office de bouc-émissaire. Pour Wajdi Mouawad, voilà une manière contemporaine et bien commode de s'en remettre au courroux des dieux. Et de ne toujours pas parler des femmes battues.












    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.