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Affaire Cantat - L'absence

Josée Boileau   19 avril 2011  Théâtre
Ottawa et Montréal auront donc droit au cycle Des femmes de Sophocle tel que vu par Wajdi Mouawad, sans Bertrand Cantat. «Mais», a souligné le metteur en scène, il n'y aura pas oubli du débat puisqu'il «fera entendre de manière très claire l'absence».

Absence... Mais laquelle? Wajdi Mouawad n'en voit qu'une: celle de son «très, très grand ami», Cantat. À quoi une foule de gens peuvent lui répondre que la véritable absente, c'est Marie Trintignant, et que dans son cas, il ne s'agit pas d'un choix artistique. Ce camp vaut bien celui de M. Mouawad. À la bataille de l'amitié ou de l'admiration indéfectibles, qui ne souffrent aucune contradiction, chacun est à renvoyer dos à dos.

Mais une autre absence, fondamentale celle-là, frappe davantage depuis que M. Mouawad a pris la parole: la violence faite aux femmes, et plus spécifiquement, car elle a ses particularités, la violence conjugale.

L'auteur et metteur en scène a énoncé depuis vendredi comment il pose les termes du débat: qu'est-ce que la justice?, qu'est-ce qu'un symbole?, qu'est-ce qu'une double peine?, qu'est-ce qu'un artiste? Mais jamais il n'a ajouté: qu'est-ce que la mort d'une femme aux mains d'un homme qui dit l'aimer? Qu'est-ce que ce crime qui survient jour après jour, à travers le monde, et que la justice ignore souvent ou minimise? Qu'est-ce que ce geste pour lequel on trouve toujours une explication: la passion, la colère, l'alcool, ou les défaillances de celle qui meurt?

Cette violence-là envers l'aimée, l'intime, elle n'est pas comme les autres. Peu d'endroits au monde l'ont compris; au Québec, on essaie. Le malaise face à la présence sur scène de Bertrand Cantat vient essentiellement de là.

Cela, Wajdi Mouawad a choisi de l'ignorer. Quand il expliquait hier toutes les réflexions qui l'ont assailli ces derniers jours, il a dit avoir d'abord pensé: «C'est pas grave, on va jouer partout ailleurs, mais pas au Canada.» Jamais pour lui Bertrand Cantat n'a cessé d'être un intouchable: une indispensable proposition artistique plutôt qu'une provocation peut-être inutile, peut-être prématurée. Après tout, le reste du monde ne protestait pas: on n'a rien dit contre la présence de Cantat à Barcelone ou à Athènes, où le cycle Des femmes sera aussi présenté...

Parlons-en de la Grèce. Samedi, une dépêche rapportait qu'un représentant de l'ambassade grecque à Stockholm a affirmé que les Suédoises ont pour habitude de déposer de fausses plaintes de viol contre des étrangers. La justice grecque vient d'ailleurs de classer une plainte pour viol d'une touriste suédoise, en dépit de preuves médicales de l'agression... Pas sûr effectivement qu'on fait là-bas grand cas du crime dit passionnel d'un Bertrand Cantat...

Mais heureusement, l'affaire finit élégamment: la part du Québec qui proteste n'aura pas à porter l'odieux d'avoir entravé une démarche artistique. Le gouvernement conservateur fait dorénavant office de bouc-émissaire. Pour Wajdi Mouawad, voilà une manière contemporaine et bien commode de s'en remettre au courroux des dieux. Et de ne toujours pas parler des femmes battues.
 
 
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  • Socrate - Inscrit
    19 avril 2011 06 h 58
    absence?
    Après l'absence de la présence, aura-t-on droit au cycle de la présence de l'absence?
    Je ne pense pas. Donc je ne suis pas là. Voilà! Capiche?
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  • Suzanne Bettez - Abonné
    19 avril 2011 07 h 29
    Communion de pensée
    Merci, encore une fois, Mme Boileau, pour votre propos qui vient éclairer mon inconfort. Je ne souhaite refaire le procès de M. Cantat mais il y a dans cette démarche artistique quelque chose qui ne fonctinne pas à mes yeux. Vous avez su avec beaucoup d'intelligence parler de l'Absence avec un grand A. C'est éloquent et tristement encore actuel.

    Suzanne Bettez
    Abonnée
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  • Fernand Turbide - Inscrit
    19 avril 2011 07 h 44
    Encore chanceuse qu'il l'aimait...
    Félicitation pour cet article sur la mort de Marie Trintignant et sur la violence faite aux femmes. Je ne suis plus capable d'entendre cet argument : Excusez-moi c'est un accident, je l'aimais. Une chance qu'il l'aimait., autrement il l'aurait tuer.

    Fernand Turbide
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  • nic - Inscrit
    19 avril 2011 08 h 02
    abvsence
    Wajdi Mawouad du haut de sa grandeur d'artiste ne peut admettre qu'il a peut-être eu tort et il en remet en promettant une forme de contestation pour "l'absence "de Cantat..La morale chrétienne pourrait lui suggérer de faire acte d'humilité et d'oublier ses rancunes et de présenter ses pièces en toute sérénité...
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  • Gilles Roy - Abonné
    19 avril 2011 08 h 29
    Glissement
    Mouawad amalgamé avec des grecs qui refusent de croire les propos de suédoises ayant porté plainte pour viol. Il y a là glissement, et pas qu'un peu. Vous aimeriez que l'homme de théâtre crie haut et fort qu'il est, comme vous, pour la vertu, contre le viol et contre le meurtre. Le ferait-il que vous lui demanderiez de le crier encore plus fort. Et à heures fixes, probablement. Le contrôle de l'autre, qu'on appelle cela. Comme si l'humanité du créateur, tout à fait réelle en passant (la démarche de Mouawad convie à aller à la rencontre de l'autre), avait besoin de cela pour s'exprimer.

    Vous ne voterez pas Harper, madame Boileau (du moins le crois-je). Mais vous allez avoir oeuvré passablement fort à faire en sorte que la sémantique du deuxième procès (la sur-reconnaissance du crime, l'aggravation des peines, le bannissement des jugés, l'établissement de valeurs punitives), véritable cheval de Troie des conservateurs, pénètre davantage notre cité.
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  • fruitloops - Inscrit
    19 avril 2011 08 h 39
    Et la maladie mentale dans tout ça?
    Excellent article, madame Boileau, mais vous oubliez deux choses:

    . WM est un metteur en scène, spécialisé en catharsis collective. Il vient d’administrer un électro-choc au patient, puis le laisse récupérer un peu, gueuler (Denoncourt et cie), avant de passer au deuxième acte et fourailler dans la plaie... Bref, tout un metteur en scène (et en marketing). Et de lui-même surtout!

    . D'autre part, cela me sidère que les gens et les médias (dans cet ordre: on les médias qu'on mérite) se foutent de la maladie mentale (l'éléphant dans la pièce). Derrière nos chanteurs de pommes (même de route) tourmentés et de nos starlettes déjantées il y a des êtres irresponsa-bles qui refusent de se faire soigner. Ben oui, because il sont des être surpassionnés, on doit tout applaudir et leur passer n'importe lequel délire, tandis que nous, au fond ce qu'on veut, nous les voyeurs (et médias inclus), c'est les voir saigner (et à notre place, de préférence).

    Le plombier alcolo qui défigure sa femme ou ses enfants, on s'en fout presque. Le peuple et leurs dépisteurs médiatiques veulent de la violence extra-ordinaire.

    Mais, derrière les gros titres et les coups de gueule, il y a de la maladie mentale... et des enfants. Et parce que ces adultes hors-normes, capricieux, et irresponsables ne se soignent pas, ce sont régulièrement les premiers à casquer. Et ça, c'est vraiment triste, et totalement irresponsable de notre part de l'accepter. De l'ordre de la négligence criminelle.

    Un cycle de violence... où le fond de commerce de WM, et de combien d'autres, vont puiser indéfiniment.

    RE: http://www.aapel.org/bdp/BLmarie.html
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  • Jean-Sebastien Dube - Inscrit
    19 avril 2011 09 h 27
    Cette violence-là...
    « Cette violence-là envers l'aimée, l'intime, elle n'est pas comme les autres. Peu d'endroits au monde l'ont compris; au Québec, on essaie. Le malaise face à la présence sur scène de Bertrand Cantat vient essentiellement de là. »

    Je ne suis pas certain d'être d'accord... mais les arguments de Mme Boileau sont puissants. Est-ce que la violence - voire le meurtre - de l'être aimé est plus ignoble que le meurtre d'un inconnu ? Est-il pire pour un homme de tuer une femme ? La femme qu'il aimait ? Et lorsqu'une femme tue un homme ? Et une femme qui tue une femme ? Et si elle l'aimait ? Et l'homme qui tue son amant ? Qui tue un quidam ?
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  • asclepios - Inscrit
    19 avril 2011 09 h 55
    Le crime, l'horreur et le sacré.
    Pas facile de parler de sujets qui touchent hommes et femmes au plus profond de leur être. Wajdi a commis l'erreur de ne pas expliquer ce qu'il cherchait à exprimer avec cette trilogie. C'est un écorché vif et sa douleur lui donne accès au sacré, aux liens qui unissent les êtres humains avec ce qui les dépasse. C'est un artiste et il partage avec nous son intuition par le biais du théâtre, comme d'autres le font par la littérature, le cirque, la danse, la musique. Wajdi est faillible. Nous aurions aimé le voir lumineux, porteur d'espoir. Pour nous apaiser. Mais en dehors de son art, il est comme nous, quelqu'un qui cherche à comprendre. À l'aide des pauvres outils qui sont à la disposition des hommes : la pensée, la parole, l'acte. Ce n'est pas un habitué des relations publiques. Ce n'est pas un politicien. Ce n'est pas un monstre. Moi non plus, je n'ai pas mesuré l'ampleur que prendrait cette controverse. Bien maladroitement, je disais que «la bienséance demandait» qu'on reçoive Bertrand Cantat puisque Wajdi l'avait inclus dans son spectacle. Je reconnais qu'il y a des moments où la bienséance ne tient plus et où l'horreur doit être exprimée. Le crime de Cantat est horrible, inacceptable. Il ne faut pas le banaliser, j'en conviens. Je suis contre toute violence. Cependant, pour moi, les commentaires de madame Verner sur cette affaire sont violents. La position des Conservateurs concernant la loi et l'ordre est une invitation à l'intolérance. Je suis d'accord avec vous que le Québec essaie de comprendre cette violence faite aux femmes. Avec les Conservateurs, je crains de voir le Québec adopter la même ignorance que vous dénoncez en Grèce. Ai-je tort?
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  • Chic type - Inscrit
    19 avril 2011 10 h 13
    le symbole
    Alors qu'ici personne, du moins publiquement, ne conteste la gravité du crime commis par Cantat. Alors qu'il existe ici, Dieu merci, un consensus pour dénoncer la violence faite aux femmes, vous semblez choisir néanmoins de faire de Cantat le symbole de la violence faite aux femmes.

    Et vous reliez son crime, pour lequel il a été condamné et pour lequel il a purgé sa peine, aux injustices terribles qui se perpétuent encore aujourd'hui contre les femmes.

    Vous lui refusez ainsi la possibilité de se réhabiliter.

    C'est votre droit,

    mais est-ce juste et en quoi cela aidera-t-il à enrayer la violence faite aux femmes?
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  • Martin Dufresne - Abonné
    19 avril 2011 10 h 38
    Mouawad laisse des traces qui permettent de comprendre son jeu
    Il y a trois ans W. Mouawad écrivait à l'État une "déclaration de guerre" (ses propres mots), qui a joui, comme d'habitude, d'une médiatisation automatique: http://www.ledevoir.com/non-classe/203004/lettre-a

    Il y écrivait, entre autres: "...La contestation qui aura lieu aujourd'hui et à laquelle ma lettre s'ajoute n'est qu'une des premières manifestations d'un mouvement que vous venez de mettre vous-même en branle: un nombre incalculable de textes, de discours, de gestes, de rassemblements, de manifestations vont désormais se faire entendre. Ils ne s'essouffleront pas.
    Ceux-là seront peut-être, à l'instar de ma lettre, défaillants, mais, à l'intérieur de chaque mot, il y aura une étincelle enragée, ranimée, et c'est précisément l'addition de ces petits instants de feu qui formera le grain de sable dont vous ne pourrez pas vous débarrasser. Cela ne se calmera pas, la pression ne diminuera pas..."

    J'ai reconnu dans l'ébranlement collectif dont Mouawad menaçait alors (un peu vite) Harper l'image réellement géniale d'un chant de libération des femmes sud-africaines, datant d'il y a 55 ans : "When you have struck a Woman, you have struck a rock. You have dislodged a boulder and you Will be Crushed!" (http://bit.ly/eujekU)

    Mais Mouawad inverse cette parole en la récupérant. Il tente de la mettre au bénéfice d'un pouvoir bien masculin, celui de l'Artiste qui n'aurait pas de comptes à rendre, Artiste qu'il présente encore aujourd'hui comme ayant droit au respect et à la crainte du Politicien, et dans le cas de Cantat au passe-droit.

    Je trouve significatif que ce soit finalement contre Mouawad et contre son "hubris" que se soit déclenchée cette colère des femmes et de leurs alliés, solidaires de celle qui est tombée sous les coups répétés de l'Artiste Ami de l'Artiste, un autre qui jugeait que c'est à Lui qu'on devait rendre des comptes.

    "Poetic justice", comme disent les Anglais.

    Merci, Mme Boi
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  • propusto - Inscrit
    19 avril 2011 11 h 05
    Bien d'accord.
    Bien d'accord Madame Boileau.
    Je viens de lire votre article immédiatement après avoir répondu à l'article sur Wajdi Mouawad (j'avais répondu aussi à sa lettre à Aimée). Je partage entièrement vos propos.
    J'ajouterais qu'il est toujours désolant de voir un artiste devenir aussi manipulateur.

    Michel Gagnon
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  • Marc Gendron - Abonné
    19 avril 2011 11 h 05
    IN ABSTENTIA
    Le pire des procès.
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    19 avril 2011 11 h 10
    Pas simple...
    La violence conjugale est un problème extrêmement complexe et les bien-pensants essaient souvent d'en faire une affaire simple en ostracisant tous ceux qui commettent de tels crimes. Or, ayant travaillé pendant quelques décennies avec les victimes de violence conjugale, ce n'est pas si simple et souvent ce sont elles qui veulent pardonner et tenter de recommencer une vie commune alors que les politiques de poursuites dans la plupart des provinces et territoires exigent que l'affaire soit traduite devant les tribunaux pénaux. Évidemment, quand l'issue est fatale, comme dans le cas de la mort de Marie Trintignant, il n'y a pas de retour en arrière et Cantat doit vivre avec les conséquences de ses actes.

    Il y a des programmes de réhabilitation des auteurs de tels crimes dans plusieurs endroits au Canada et je me souviens d'un tel programme à Whitehorse au Yukon où les auteurs d'agressions étaient soumis à un traitement pour hommes violents et où le but était la réhabilitation. Si le programme était un succès, la cause pénale s'arrêtait là, généralement par un arrêt de procédures ou une peine sans emprisonnement. Encore ici, il ne s'agissait jamais d'homicide mais on voit que ce problème est très complexe et que la stigmatisation à vie peut vouloir réduire un problème extrêmement complexe en un simple « oeil pour oeil ».

    Que Mouawad veuille aider son ami à se réhabiliter, soit, mais ceux qui se sentent mal dans cette tentative ont aussi le droit de ne pas assister au spectacle. On peut aussi espérer que cette saga va encore attirer l'attention des gens sur la situation très difficile des victimes de violence conjugale et de sensibiliser le public à la dynamique extrêmement complexe de ce genre de crime.
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  • Robert Boucher - Abonné
    19 avril 2011 13 h 06
    Un simple manque de jugement
    Je crois que M.Mouawouad a simplement fait preuve d'un manque de jugement dans son projet. Il a essayé de mélanger 2 genres ( ''réhabilitation'' d'un ami artiste populaire, assassin de sa conjointe, et '' éducation'' populaire de masse par le théâtre (grecque ancien) afin de dénoncer cette violence ). Les passions humaines étant toujours les mêmes depuis 2,500 ans, les bonnes intentions de l'auteur, je crois, n'ont pas suffit à faire comprendre et accepter son projet, qui ne prenait pas suffisamment en compte le contexte historique contemporain (et géographique) en ce qui concerne la violence particulière dont sont encore victimes les femmes. Reconnaître son erreur et s'excuser aurait été beaucoup plus simple et l'estime envers lui n'en aurait été qu'augmentée. Je peux me tromper mais bonne chance à lui .L'erreur est humaine et j'aime beaucoup les artistes justement parce qu'ils sont humains avec leurs forces et leurs faiblesses. Robert Boucher
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  • Romain O - Inscrit
    19 avril 2011 13 h 31
    Mme Boileau et la voie de la facilité
    Ce débat laisse un arrière goût de jugement péremptoire et de facilité. Mme Boileau préfère que l’on érige Cantat en exemple. Nous ne devrions plus le voir ou l'entendre car il serait l'expression honnie de la violence faite aux femmes. Qui nous parle de la dynamique du couple dysfonctionnel Cantat-Trintignant? Qui parle de l'alcool et de la drogue dans la vie d’une femme, et de la violence qui peut en découler? Des conflits, de l'instabilité qui ont fait que Marie avait quatre enfants de quatre pères différents? Des scènes lorsque Cantat parlait avec la mère de ses enfants dont il s'était séparé pour suivre Marie, alors qu'elle même entretenait des relations suivies avec les nombreux hommes de sa vie, des insultes de la victime à l’endroit des enfants et de la mère de l’union antérieure de Cantat (et qui aura été le sujet de la chicane fatale). Je crois que M. Mouawad a voulu amener la réflexion sur la complexité de la vie. Pour cela, on lui fait un procès d’intention (on le dénonce comme un provocateur inconscient ou un copain trop compréhensif). J’ai la sensation que Mme Boileau est comme Tartuffe : cachez cet homme qui a tué une femme, et que je ne saurais voir. Craint-elle que des hommes en prennent exemple? Croit-elle qu'il est inutile de comprendre comment l'on franchit le gouffre de la violence? Croit-elle que taire et effacer constitue une forme de prévention? Sans excuser l’acte, peut-on au moins en saisir les tenants et les aboutissants? Les assassins sont-ils tous des monstres au sang froid, les victimes sont-elles toujours des agneaux sacrifiés?
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  • Lyli - Inscrit
    19 avril 2011 13 h 55
    J'en peux plus...
    Bon, ça fait quelques semaines maintenant que ce sujet chaud me fait rager au plus au point... Et j'en peux plus... Peux-t-on faire ça simple? Je vais essayer...
    Un mec qui attend 7 heures avant d'appeler les secours pour sa conjointe et même pire, qui appelle son avocat avant l'ambulance... ça veut tout dire pour moi. Comment M. Mouawad a t-il pu qualifier ce geste comme un "accident malheureux"??? - crime commis par son ami Cantat - Personnellement, je m'en fous qu'ils soient amis ces deux-là, ça nous regarde même pas. Et Cantat, on ne l'empêche pas de gratter sa guitare à nouveau ou de pratiquer son "art", on lui demande juste d'être discret. C'est la moindre des choses non? Juste par respect pour la famille et les enfants de la victime. Quand tu commets un meurtre ou que tu abuses de jeunes enfants par exemple, tu paies toute ta vie. C'est la conséquence qui vient avec les actes pas vrai? Alors que tu sois un artiste, un concierge, un avocat ou un laveur de vitre, quand tu tues, tu tues. Quand tu bas ta femme, tu bas ta femme. Que tu passes 4, 10 ou 25 ans en taule, il n'y a pas de différence... Tu purges ton temps, et quand tu sors, tu fermes ta gueule et tu te fais discret. Point final. Je me demande si M.Mouawad aurait tenu de tels propos si Marie Trintignant avait été sa soeur, ou sa fille par exemple...? Oh croyez-moi, on aurait eu droit à un tout autre discours... Pour moi, M.Mouawad devient de plus en plus qu'on pauvre mec, à court d'arguments, et qui n'est pas capable de reconnaître, pour une petite fois dans sa vie, qu'il a peut-être eu tort...
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  • Normand Paradis - Abonné
    19 avril 2011 15 h 00
    Si... De quelle absence parleriez vous alors Mme Boileau?
    Mme Josée Boileau, je me demande si vous auriez écrit le même article si Marie Trintignant avait par homicide involontaire tué Bertrand Cantat? De quelle absence parleriez vous alors? J'ai la conviction profonde que vous avez un sanglant besoin de justice exemplaire. Mais savez vous madame que le plus grande injustice de tout les systèmes judiciaires occidentaux ce n'est pas le choix de la peine pour l'homicide, qu'il soit volontaire ou pas. Lorsqu'un meurtre est commis par une femme sur un homme, la meurtrière a deux fois plus de chance d'être acquittée que le meurtrier homme qui a tué une femme. De plus les femme convaincues de meurtre écopent de peines d'emprisonnement deux fois moins longues que les hommes convaincus du même crime contre une femme.
    Dans l'affaire Cantat vous faîtes preuve de jugement a priori Mme Boileau. Vous voulez qu'un exemple soit fait... mais la justice des hommes est imparfaite.
    «Absence... Mais laquelle? Wajdi Mouawad n'en voit qu'une: celle de son «très, très grand ami», Cantat. À quoi une foule de gens peuvent lui répondre que la véritable absente, c'est Marie Trintignant,...Mais une autre absence, fondamentale celle-là, frappe davantage depuis que M. Mouawad a pris la parole: la violence faite aux femmes, et plus spécifiquement, car elle a ses particularités, la violence conjugale.» dites-vous!
    Vous devriez éviter de faire un procès d'intention à Wajdi Mouawad «Jamais pour lui Bertrand Cantat n'a cessé d'être un intouchable: une indispensable proposition artistique plutôt qu'une provocation»
    Nous vivons en société...avoir payé sa dette doit conserver une signification sinon à quoi servirait-il d'accepter la justice des homme. QUE CELUI QUI N'A JAMAIS PÉCHÉ LUI LANCE LA PREMIÈRE PIERRE! Il y a une dimension sociale et politique à cette affaire, mais aussi une dimension juridique, humaine et personnelle. La tragédie est plus grande encore que l'absence de l'un ou l'autre personnage.
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  • Alice Savage - Abonné
    19 avril 2011 15 h 03
    Visa le noir tua le blanc
    Félicitations pour la dernière (petite) phrase de votre éditorial; bravo à Émile Essent pour sa logique et merci à Pierre Rousseau pour les exemples qu'il donne. Mais pour une personne violente qui reconnaît ses torts et travaille à se réhabiliter, combien échappent à tous remords ou sanctions?
    Pendant que dans la chanson on ramasse le blanc, pense-t-on au noir qui continue son bonhomme de chemin? Certes, ce sont tous deux des canards, mais j’imagine le conjoint violent ordinaire mort de rire à entendre la rumeur publique tonitruer pour des «symboles».
    «Voyons, ma chérie, de quoi te plains-tu? Je ne t’ai pas tuée, moi!... Ça ne paraît même pas, quel juge voudra te croire?... C’est moi la première victime, ne le comprends-tu pas?»
    J’espère comme notre journal que ce déluge de réactions épidermiques puisse déboucher sur une éducation et des moyens concrets contre la violence sournoise qui, elle aussi, détruit des vies. Mais ne peut-on pas craindre le contraire ? Une relativisation, justement, de cette violence qui concerne bien plus notre entourage, qui ne montre pas de traces voyantes et sur laquelle la bonne société tient farouchement le couvercle fermé jusqu’à ce qu’un évènement extrême la force à ouvrir les yeux.
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  • François Beaulé - Abonné
    19 avril 2011 16 h 42
    Le théâtre et la morale
    Bon. Cantat est interdit de séjour au Canada et Mouawad soulignera son absence dans la pièce en question. O.K. l'incident est clos.

    Il reste que cette affaire a contribué à désacraliser un certain théâtre d'élite et à faire saisir à plusieurs que la morale est plus importante que le théâtre.

    La morale a besoin de lieux et d'institutions pour se définir et se déployer. Les arts en général et le théâtre en particulier ne peuvent remplacer d'autres formes d'expression et de communication dont une société a besoin pour se projeter dans une idée du Bien. La religion exerçait cette fonction. Sa disparition cause un déficit moral.

    Le théâtre et les arts n'ont pas à porter la responsabilité de la morale. D'autres institutions supérieures à eux doivent le faire.
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  • d robidoux - Abonné
    20 avril 2011 12 h 29
    Que dire de plus au merveilleux texte de Mme Boileau
    Peut-être une chose.
    Pourquoi Mouawad a-t-il utilisé sa fille pour faire part de ses états d´âme?
    Voulait il s´attirer la sympathie du public en se présentant comme un bon père de famille aimant sa fille?
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