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    Le théâtre en prise directe sur la vie

    Wajdi Mouawad s'explique à la télévision d'État sur le fait d'avoir demandé à Bertrand Cantat de participer au Cycle des femmes

    16 avril 2011 |Michel Bélair | Théâtre
    On ne sait toujours pas de façon concrète si Wajdi Mouawad présentera le Cycle des femmes — ces trois tragédies de Sophocle: Les Trachiniennes, Antigone, Électre dont il travaille à la mise en scène — au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) et au Théâtre français du CNA l'an prochain. Même si son passage hier à la télé de Radio-Canada laisse croire que le fait de ne pas présenter le spectacle serait un «geste trop violent» selon ses propres mots...

    Dans la longue entrevue qu'il accordait hier soir à Anne-Marie Dussault lors de l'émission 24 heures en 60 minutes, le metteur en scène a surtout expliqué son choix d'avoir fait appel à l'ancien chanteur de Noir Désir. Comme on pouvait s'en douter, Wajdi Mouawad n'a surtout pas répondu par un oui ou par un non à la question que tout le monde se posait quant à savoir s'il présenterait ici, sans Bertrand Cantat, son nouveau spectacle. Mouawad est un être de nuances et il a plutôt parlé de morale et de justice. De Sophocle surtout, de l'importance du théâtre et des conflits mis en scène dans les trois pièces.

    Il a ainsi rappelé que dans Les Trachiniennes, Sophocle raconte l'histoire d'un homme qui tue la femme qu'il aime; que le personnage d'Antigone paiera cher le fait de vouloir ensevelir son frère alors qu'Électre montre comment un crime impuni peut entraîner une suite de vengeances sanguinaires. Dans chacune de ces pièces, a expliqué le metteur en scène, on peut facilement voir le drame d'un homme devant le désastre de sa propre vie. Bref, de voir Bertrand Cantat. Pour Mouawad, l'art légitimait et légitime encore son choix, même s'il ne se doutait surtout pas que ce choix allait déclencher autant les passions de ce côté-ci de l'Amérique.

    Tsunami

    Rappelons pour ceux qui arriveraient d'un long voyage en apnée que ce que l'on a rapidement appelé «l'affaire Cantat» a fait couler beaucoup d'encre au Québec. Hier soir, Mouawad a même parlé d'un tsunami auquel il aurait été vain d'opposer sa version des faits avant que la colère puisse faire place à autre chose.

    Condamné pour l'homicide involontaire de sa compagne Marie Trintignant, le chanteur aura finalement purgé quatre ans de sa peine avant de recouvrer sa liberté. Aussitôt que l'on a appris ici que Cantat, qui signe la trame musicale rock du spectacle, faisait aussi partie du choeur, les protestations les plus violentes se sont faites entendre. Partout, sur toutes les tribunes, on s'est élevé contre le fait d'«avoir à applaudir un assassin», de «banaliser la violence faite aux femmes» et d'être «forcé de pardonner».

    Répondant à l'animatrice sur le fait que beaucoup de gens ne souhaitaient pas voir Cantat sur les planches du TNM, Wajdi Mouawad a dit comprendre les réactions, mais souhaiter que l'on chemine dans la réflexion et que l'on arrive à dépasser la colère et le jugement moral. Il a parlé de réconciliation plutôt que de pardon en soulignant que toute son oeuvre jusqu'ici repose autant sur la justice qu'elle dénonce la violence et la barbarie. Il a même précisé que le besoin d'écrire Incendies vient du fait d'avoir rencontré un ancien tortionnaire travaillant dans un garage de l'est de Montréal. Ce qui relativise un peu le fait que Bertrand Cantat soit persona non grata au Canada...

    Wajdi Mouawad n'aura donc pas mis fin au suspens qui prévalait depuis la semaine dernière, alors que la directrice du TNM, Lorraine Pintal, annonçait que Bertrand Cantat ne monterait pas sur la scène de son théâtre même si elle ne remettait pas en cause les choix artistiques de Wajdi Mouawad. Ce n'est donc que lundi, alors qu'il fera connaître sa dernière programmation au CNA — un des coproducteurs du Cycle des femmes, rappelons-le — que l'on saura officiellement si le spectacle sera présenté ou non.

    Nos lecteurs trouveront ci-contre une lettre exclusive au Devoir de Wajdi Mouawad, dans laquelle il explique à sa petite fille de trois ans les raisons qui ont motivé sa décision de monter le Cycle des femmes.












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