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    Théâtre - La salope aux yeux rouges

    21 mars 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    La Mélodie entre la vie et la mort
    • Texte et mise en scène: Jocelyn Pelletier.
    • Avec Gabriel Fournier, Joanie Lehoux, Jean-René Moisan.
    • Une production du Théâtre Sushi
    • Présenté à Premier Acte
    • Jusqu'au 26 mars.
    La Mélodie entre la vie et la mort de Jocelyn Pelletier s'orchestre autour de la violence qu'entraîne la perte. De cette forêt désenchantée, à rebours du conte de fées, qui accouche de l'hostile et du ténébreux. Fracture. Douleur. Souffrance. Le corps mis à distance. La dissolution de soi, de ce qui nous lie à l'autre, quand la perte, immense, recrache ses ressacs d'ombres.

    La proposition dramatique de Pelletier s'inscrit dans une démarche formaliste d'une grande précision dans le geste, le mouvement, les déplacements. Dans un souci d'habiter l'espace scénique et le cadre scénographique dans tous leurs possibles: jeux de miroir, parois vitrées, traversées des cadres, bassins d'eau, tout ici tend vers l'image saisissante. Tout est susceptible de faire surgir hors des ténèbres la beauté du corps, du lieu. Son et éclairages ne sont plus des langages de support, mais des forces agissantes. L'univers évoqué puise dans la symbolique psychanalytique et fouille les zones troubles du désir. Le texte fonctionne par sursauts, par bribes, et le quotidien, le poétique, le banal, le tragique, l'ordurier, le discours amoureux, se côtoient d'égale façon.

    L'expérience formelle s'étend à l'interprétation et soumet les acteurs à des registres qui laissent peu de place à la nuance. Des trois personnages conçus par l'auteur, c'est celui de Hank qui offre le plus d'espace, et Jean-René Moisan porte l'homme délaissé, amoureux, avec justesse et sensibilité. Joanie Lehoux a la démesure de la détresse de la Félicité qu'elle endosse. Elle a la présence, la force, l'abandon, pour exprimer le désenfantement subi qui fait d'elle un corps vide, une salope en quête de violence, une femme aux yeux rouges, reflets de sang. La tâche est plus ardue pour Gabriel Fournier dont le personnage, Mark, se dresse entre l'ogre sexuel et l'entité ténébreuse désincarnée. Difficile pour Fournier de trouver le ton tant le personnage esquissé par Pelletier impose l'archétype du mal.

    La violence démontrée, la soumission, l'asservissement de l'autre, le mot salope, utilisé comme une arme de poing, n'ont pas la portée attendue. Au théâtre, murmure et chuchotement sont parfois plus assassins. Faire de la mort une salope aux yeux rouges aurait permis de faire surgir «l'âme dans la bouche» des acteurs. Il faut inviter l'auteur à raffiner sa quête du personnage afin que son écriture rejoigne la force vive qu'il sait mettre en oeuvre scéniquement.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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