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    Théâtre - Dans le ventre du temps

    12 mars 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Les comédiens portent Temps avec la noblesse du mythique et le souffle poétique du tragique.<br />
    Photo: Guillaume Simoneau Les comédiens portent Temps avec la noblesse du mythique et le souffle poétique du tragique.
    Temps
    Texte et mise en scène: Wajdi Mouawad. Avec Marie-Josée Bastien, Jean-Jacqui Boutet, Véronique Côté, Gérald Gagnon, Linda Laplante, Anne-Marie Olivier, Valeriy Pankov, Isabelle Roy. Une création du Théâtre du Trident et du Théâtre d'Aujourd'hui, en coproduction avec le Théâtre français du Centre national des arts, Abé Carré Cé Carré, Au carré de l'hypoténuse et en collaboration avec le Grand Théâtre de Québec.
    Au Trident jusqu'au 2 avril.
    Temps, la plus récente création de Wajdi Mouawad, trouve son ancrage dans la ville minière de Fermont, une ville protégée de la furie des vents par un mur-écran, soumise à la rigueur du froid, à la désolation, et à cette étrange invasion d'une horde de rats, chassés de la forêt de Sel qui leur servait d'habitat.

    Fermont se fait ici le lieu de réunion, après 40 ans de séparation, de trois enfants autour des derniers souffles du père. Un père, ingénieur et poète, imposant, à la dérive, à l'image de ce vaisseau fantôme que porte en son ventre sa fille Noëlla.

    Car c'est bien de ce ventre que surgissent la tragédie et le châtiment, la chair et la mémoire, la violence enfouie et l'impossibilité de dire. Les thèmes récurrents, chers à Mouawad, sont à l'oeuvre: guerre, filiation, gémellité, disparition, refus d'être victime, emprise des uns sur les autres et dépossession. Ce Temps, c'est celui de la distance abolie, du village global et de la tour de Babel. Ses personnages ont vu mourir ici et ailleurs et, dans l'intimité de ce qui les unit, la communication n'est possible que grâce au langage des signes et à la traduction simultanée.

    Les comédiens portent Temps avec la noblesse du mythique et le souffle poétique du tragique. Tous conjuguent nuance, abandon et présence dans la mesure autant que dans la démesure. La Blanche de Véronique Côté, la Meredith de Linda Laplante, les Edward et Arkadiy de Gagnon et Pankov semblent tout droit sortis des univers de Strinberg et de Gorki. Anne-Marie Olivier, plus discrète, est méconnaissable dans rôle de Pavlova et l'archère d'Isabelle Roy est à la fois olympienne et contemporaine. Jean-Jacqui Boutet se révèle ici comme jamais auparavant et la Noëlla, sourde et aphasique, de Marie-Josée Bastien n'est rien de moins que vertigineuse et troublante.

    Vents et voiles soulèvent l'ensemble. L'ambiance sonore maintient la ligne de tension. L'esthétisme de la démarche est manifeste, le matériau riche et les pistes de réflexion d'une intelligence indéniable. C'est un projet exigeant, une architecture complexe qui, au final, malgré toutes les qualités de l'oeuvre, ne parvient pas à atténuer la sensation d'un mur-écran entre sa nature organique et sa teneur intellectuelle. La longue avancée qui mène au dévoilement du secret en est peut-être la cause, car à partir de ce moment, la cohérence du processus épouse la beauté des poupées russes qui s'emboîtent parfaitement.

    ***

    Collaboratrice du Devoir















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