Théâtre - Terrorisme domestique
Photo : Valérie Remise
Greg MacArthur révèle dans Toxique un don pour examiner avec humour un milieu ordinaire.
À retenir
-
Toxique
- Texte de Greg MacArthur.
- Traduction de Maryse Warda.
- Mise en scène de Geoffrey Gaquère.
- Au Théâtre d'Aujourd'hui, jusqu'au 26 mars.
La paranoïa est dans l'air. Littéralement. Toxique dépeint, non sans distance ironique, un univers banlieusard protégé où la peur s'est infiltrée, où tout, de l'air qu'on respire à la nourriture qu'on absorbe, devient sujet à caution. Greg MacArthur y examine les attitudes stéréotypées de la classe moyenne occidentale post-11-Septembre, égarée entre la peur primaire de l'étranger et, à l'inverse, une compassion bien-pensante qui s'exerce dans la mesure où ses victimes se trouvent à l'autre bout du monde.
Même si la pièce trouve son origine dans une supposée attaque bactériologique — laquelle restera floue et ambiguë —, l'auteur canadien s'intéresse finalement moins au terrorisme qu'au territoire explosif de la famille. Le focus du texte bascule d'ailleurs progressivement de la mère victime — qui en devient comme le centre absent, à la limite moins un personnage fouillé qu'un déclencheur — aux différentes réactions de ses proches: l'absence totale de remise en question du père trop mou au rejet sans empathie de la fille aînée, qui fuyait déjà l'atmosphère étouffante de sa famille grâce à un projet de coopération internationale.
L'édifice déjà chambranlant qu'était cette maisonnée révèle ses fissures fondamentales. Installée dans une belle scénographie qui se veut plus symbolique que réaliste, la pièce montée au Théâtre d'Aujourd'hui semble parfois naviguer sur une ligne précaire entre le drame, l'ironie et une sorte de banalité.
D'une vérité criante, Élise Guilbault incarne ainsi parfaitement la décomposition physique et mentale de cette femme dont le mal, réel ou imaginaire, est intérieur. Tout aussi juste, Guy Nadon offre une composition nerveuse à travers un débit haché, hésitant qui traduit un malaise et un désespoir palpables. La composition des deux enfants égoïstes présente davantage d'accents légers et caricaturaux: Benoît Drouin-Germain et Sylvie De Morais, qui fait vivre efficacement un personnage à la fois raisonnable et haïssable. Le jeu, plutôt raide, de Sophie Vajda n'opère hélas sur aucun de ces plans. Mais ses deux rôles d'autorité, il faut l'admettre, se résument essentiellement à des fonctions.
Si son texte paraît finir un peu en queue de poisson, MacArthur révèle dans Toxique un don pour examiner avec humour un milieu ordinaire. Il y a quelque chose d'étrangement reconnaissable dans son portrait, à la fois oppressant, ridicule et douloureux, de la dynamique familiale. La famille, on le sait, n'a jamais eu besoin de menace extérieure pour devenir toxique...
***
Collaboratrice du Devoir
Même si la pièce trouve son origine dans une supposée attaque bactériologique — laquelle restera floue et ambiguë —, l'auteur canadien s'intéresse finalement moins au terrorisme qu'au territoire explosif de la famille. Le focus du texte bascule d'ailleurs progressivement de la mère victime — qui en devient comme le centre absent, à la limite moins un personnage fouillé qu'un déclencheur — aux différentes réactions de ses proches: l'absence totale de remise en question du père trop mou au rejet sans empathie de la fille aînée, qui fuyait déjà l'atmosphère étouffante de sa famille grâce à un projet de coopération internationale.
L'édifice déjà chambranlant qu'était cette maisonnée révèle ses fissures fondamentales. Installée dans une belle scénographie qui se veut plus symbolique que réaliste, la pièce montée au Théâtre d'Aujourd'hui semble parfois naviguer sur une ligne précaire entre le drame, l'ironie et une sorte de banalité.
D'une vérité criante, Élise Guilbault incarne ainsi parfaitement la décomposition physique et mentale de cette femme dont le mal, réel ou imaginaire, est intérieur. Tout aussi juste, Guy Nadon offre une composition nerveuse à travers un débit haché, hésitant qui traduit un malaise et un désespoir palpables. La composition des deux enfants égoïstes présente davantage d'accents légers et caricaturaux: Benoît Drouin-Germain et Sylvie De Morais, qui fait vivre efficacement un personnage à la fois raisonnable et haïssable. Le jeu, plutôt raide, de Sophie Vajda n'opère hélas sur aucun de ces plans. Mais ses deux rôles d'autorité, il faut l'admettre, se résument essentiellement à des fonctions.
Si son texte paraît finir un peu en queue de poisson, MacArthur révèle dans Toxique un don pour examiner avec humour un milieu ordinaire. Il y a quelque chose d'étrangement reconnaissable dans son portrait, à la fois oppressant, ridicule et douloureux, de la dynamique familiale. La famille, on le sait, n'a jamais eu besoin de menace extérieure pour devenir toxique...
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