vendredi 25 mai 2012 Dernière mise à jour 19h57
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Attention théâtre toxique!

Brigitte Haentjens dirige Christian Lapointe dans 20 novembre de Lars Norén, le presque testament d'un «jeune tireur fou»

Michel Bélair   5 mars 2011  Théâtre
Christian Lapointe et Brigitte Haentjens<br />
Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir
Christian Lapointe et Brigitte Haentjens

À retenir

    20 novembre
    Texte de Lars Norén mis en scène par Brigitte Haentjens.
    Avec Christian Lapointe. Une production de Sibyllines présentée au théâtre La Chapelle du 8 au 26 mars.
Depuis les années 80, la chose refait surface régulièrement, lugubre, sur fond de «metal», de douilles sur le sol et d'odeurs de sang: Columbine, Polytechnique, Dawson, Emsdetten... Insupportable. Incompréhensible. Comment a-t-on pu en arriver là?

C'est un drame de cette ampleur, aussi désespérément ordinaire, aussi provocant, que Brigitte Haentjens et Christian Lapointe nous proposent au théâtre La Chapelle avec 20 novembre. Sur scène, Lapointe redevient comédien et joue Sebastien Bosse, ce jeune lycéen d'Emsdetten en Allemagne qui, le 20 novembre 2006, a fait feu sur ses professeurs et ses camarades de classe avant de s'enlever la vie. «Reject», adepte de jeux vidéo et de «death metal», Bastian B., comme on l'appelait, avait tout juste 18 ans.

Un cancer

Brigitte Haentjens et Christian Lapointe travaillent ici ensemble pour la première fois même si une profonde complicité les lie depuis plusieurs années. C'est elle qui voulait le voir monter «quelque chose» chez Sibyllines; c'est lui qui lui a proposé ce texte, de le jouer aussi sous sa direction. Un même feu les brûle: la passion pour les terrains périlleux, le don pour l'exploration et la découverte de nouveaux territoires. Deux dérangeants oiseaux. Qui arrivent ici avec une oeuvre noire comme la suie. «Toxique», dira même Lapointe avec son étrange sourire à multiples facettes...

Ils racontent tous deux d'abord que le poète et dramaturge suédois Lars Norén — auteur d'une quarantaine de pièces et metteur en scène, il dirige le Riskteatern, le théâtre national itinérant de Suède — s'est inspiré du fait divers et surtout du journal intime laissé par Bosse. Il a conservé plus des deux tiers du «testament» de celui que tous les téléjournaux, partout dans le monde, ont décrit comme «un autre jeune tireur fou». Christian Lapointe souligne que la fusillade d'Emsdetten, qui a fait 37 blessés, est survenue à peine un mois après celle du collège Dawson, à Montréal... à laquelle Bosse fait allusion dans son journal.

Le terrain est périlleux, on le sait: ces «événements» se succèdent à répétition en Europe tout autant que de ce côté-ci de l'Atlantique, et de plus en plus dans tous les pays «mondialisés». C'est une tare qui s'amplifie; un fait de société en forme de gène cancéreux. Qu'est-ce qui se passe? Qu'est-ce que nous n'avons pas encore saisi? Faut-il vraiment revenir là-dessus?

«Évidemment!», diront tour à tour le comédien et la metteure en scène. Tous deux pratiquent un théâtre qui demande l'engagement et qui n'a rien à cirer du confort et de l'indifférence. Pour eux, le théâtre est là précisément pour ça, et le défi est stimulant. D'autant plus que le discours de Bosse est plutôt troublant: il dénonce d'abord le vide envahissant et l'indifférence ordinaire de la société moderne...

Dans la représentation

«Mais, précise Haentjens, c'est un territoire sur lequel il faut avancer prudemment, avec précaution. Le désespoir de ce jeune homme est terrorisant! Je comprends que Christian emploie le mot "toxique"... C'est un texte très fort. Très construit, très dur aussi. Comme cette autre pièce de Norén, Catégorie 3.1, qui met en scène des sans-abri vivant sous un pont. [...] Norén ne donne pas beaucoup d'indications, presque pas de didascalies. Il souligne surtout les silences dans ce texte écrit en vers libres, comme la poésie qu'il écrit aussi. On sent tout de suite dans ses mots, qui sont beaucoup ceux de Sebastian Bosse, une sorte de désespoir virulent qui m'a percutée, violemment. Ce texte m'a tout de suite dérangée, mais notre intuition était bonne puisque c'est un objet théâtral qui s'avère de plus en plus fascinant à mesure qu'on le creuse.»

Lapointe, qui s'est mis le texte en bouche bien avant de se mettre à travailler avec Haentjens pendant deux mois, dit avoir trouvé là «une violence sans filtre, âcre, insoutenable; une sorte de désespoir toxique». Il poursuit en racontant que Lars Norén place très concrètement l'action de la pièce tout juste avant la fusillade du 20 novembre, alors que Bosse livre son «testament». C'est lui qui demande au comédien qui joue le personnage du jeune tireur de s'adresser directement au public. «Ainsi, le public est dans la représentation, poursuit Lapointe. Avec des mots en apparence tout simples, ordinaires et quotidiens, [genre: "C'est quoi ton char?"], avec les dénonciations aussi de Sebastian Bosse, l'auteur oblige le spectateur à se situer face à ce texte souvent très déroutant. Face au plaidoyer d'un raté... que l'on se surprendra à partager souvent même si, vous et moi, on ne tire pas sur les gens.»

Brigitte Haentjens fait remarquer que le texte de Norén parle beaucoup aussi, «insidieusement, subtilement», du théâtre, de la mise en forme théâtrale qu'il veut dérangeante. «On n'en sortira pas indemnes, prévient-elle. C'est un texte qui travaille au corps, qui concerne la société en général et qui touche tout le monde. Encore plus dur que Sarah Kane parce que la fiction est mince ici: il n'y a rien d'abstrait. Pas de show. Aucune fuite possible, même si — et peut-être parce que — on est au théâtre.» Intense, comme toujours, Christian Lapointe aura le mot de la fin en disant que le conflit dramatique n'a pas seulement lieu sur la scène, mais aussi entre la scène et la salle.

Préparons-nous à travailler fort...

***

20 novembre
Texte de Lars Norén mis en scène par Brigitte Haentjens.
Avec Christian Lapointe. Une production de Sibyllines présentée au théâtre La Chapelle du 8 au 26 mars.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
2 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012