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    Théâtre - En mémoire de soi et de l'autre

    21 février 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Les Trois Exils de Christian E.
    • Texte: Philippe Soldevila et Christian Essiambre.
    • Mise en scène: Philippe Soldevila.
    • Avec Christian Essiambre.
    • Coproduction du Théâtre Sortie de secours et du Théâtre L'Escaouette
    • Présentée au théâtre Périscope
    • Jusqu'au 5 mars 2011.
    L'histoire est celle de Christian E., jeune comédien en état de déportation volontaire dans un demi-sous-sol montréalais, en attente d'auditions et de carrière, porteur d'Acadie, de mythes d'origine et d'enfance, un des inséparables de ce quatuor de cousins, nés de quatre sœurs qui ont toutes accouché dans la même semaine.

    L'identité de Christian E. n'a pas été préservée. Le comédien est le personnage, et ce qu'il livre est repiqué par grands pans de vrai, et quelques empiècements impressionnistes, à même son propre parcours. Autofiction théâtrale, Les Trois Exils de Christian E. échappe avec bonheur à la notion de show, aux écueils qui jalonnent le tragique — la moulée spectaculaire —, se joue de la caricature touristique acadienne, multiple les éclats de rire et initie à la géographie du pays, du village, de la famille et du clan.

    Les Trois Exils de Christian E. est le fruit d'une écriture à quatre mains, celles de Christian Essiambre et de Philippe Soldevila. Le premier assure la matière première de l'écriture et sa distribution unique et multiple, le second en signe la mise en scène. Malgré deux longueurs (la scène du métro et celle qui s'ajoute après le moment où le propos se fait le témoignage offert lors des funérailles de Marc), les raisons d'aimer Les Trois Exils... sont nombreuses. D'abord, parce que Christian Essiambre provoque l'attachement et aussi parce que la mise en scène repose humblement sur l'acteur, son rapport à la chaise qui réinvente les possibles dans une aire de jeu sans artifices.

    À l'heure des millions d'a-mis virtuellement unis dans l'insignifiance et des réseaux sociaux qui émeuvent en bouleversant les situations politiques, Les Trois Exils... propose le sentier du retour vers les autres et, théâtralement, vers nous. La mère d'Essiambre est notre tante, ses tantes, nos mères, ses cousins, nos frères, son jeune sourd, une réussite d'interprétation, et McKendrick, un territoire familier. On ne désire pas y aller pour le découvrir, mais y retourner pour s'y retrouver. On apprend (enfin) que le chiac n'est pas le parler uniforme de cette Acadie qui, comme le Québec, a sa multitude d'accents et sa diversité. On l'apprend sans l'apprendre et on s'amuse ferme de cette méprise identitaire qui a sagouiné l'Acadie entière et de cette tendance à être le touriste de l'autre. Les Trois Exils de Christian E., c'est le dévoilement des racines délicates qui font de l'humain son propre paysage.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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