Théâtre - Vie virtuelle
Photo : François Godard
Sophie Clément s’impose avec force dans son rôle de mère autoritaire et éternellement insatisfaite, tandis qu’Alexandre Daneau donne beaucoup de crédibilité à ce jeune homme malheureux.
À retenir
-
Soupers
- Texte et mise en scène: Simon Boudreault.
- À la salle Jean-Claude Germain,
- jusqu'au 26 février.
Simon Boudreault semble avoir le chic pour nous servir des concepts théâtraux séduisants. Expérience originale, Soupers transforme ainsi la petite salle Jean-Claude Germain, méconnaissable, en restaurant. Les spectateurs y partagent l'espace avec les comédiens, lesquels mangent autour de l'une des quatre tables dressées sur des scènes surélevées.
Et comme Sauce brune, cette nouvelle création met en lumière la difficulté de communication. Célibataire solitaire et mal dans sa peau fêtant ses 33 ans, Marc-Antoine n'arrive pas à se faire valoir auprès des femmes de son entourage (les hommes sont absents du portrait). Entre le verbiage égocentrique de sa mère ou de sa soeur — deux monstres d'insensibilité —, et son propre bavardage nerveux avec une collègue qui lui plaît (Catherine Ruel), seuls ses repas en tête-à-tête avec son chat lui permettent de se confier réellement...
Si l'installation rappelle les soupers théâtre, la métaphore principale de la pièce tourne autour des jeux vidéo, sources de nombreux parallèles avec la vie, domaine professionnel du protagoniste et seul univers qu'il peut contrôler. A priori, le texte offre plutôt un menu minceur, avec ses thèmes assez convenus: le virtuel qui nous coupe de la réalité ainsi que de la communication humaine. Mais l'attrait de Soupers, c'est que cette thématique s'incarne dans la forme même, dans la mise en scène, ludique et efficace.
Marc-Antoine passe ainsi son temps à se déplacer entre les quatre différentes tables, sautant d'un repas à l'autre. Un mot, un sujet ou la mention d'un personnage peuvent l'entraîner à subitement changer de temporalité, d'espace et d'interlocutrice. Une structure morcelée et bien construite qui donne du dynamisme au texte, avec un tempo qui tend à s'accélérer, les scènes se mettant à empiéter sur la précédente. Et à travers cet inlassable chemin de croix, la pièce esquisse le portrait d'un être ballotté, qui paraît ne pas avoir de prises sur sa vie, manipulé par les autres (il n'est pas loin d'évoquer un personnage de PacMan, manoeuvré par un gamer...).
Alexandre Daneau donne beaucoup de crédibilité à ce jeune homme malheureux et maladroit, au monde intérieur insoupçonné. Sans surprise, Sophie Clément s'impose avec force dans son rôle de mère autoritaire et éternellement insatisfaite. Caroline Lavigne, en version plus jeune, n'a rien à lui envier côté faconde. D'un abord schématique, les personnages finissent par dévoiler quelques zones d'ombre, sous les banalités de leurs conversations à table. Soupers se révèle une comédie avec un arrière-goût amer, où la vie échappe aux personnages.
***
Collaboratrice du Devoir
Et comme Sauce brune, cette nouvelle création met en lumière la difficulté de communication. Célibataire solitaire et mal dans sa peau fêtant ses 33 ans, Marc-Antoine n'arrive pas à se faire valoir auprès des femmes de son entourage (les hommes sont absents du portrait). Entre le verbiage égocentrique de sa mère ou de sa soeur — deux monstres d'insensibilité —, et son propre bavardage nerveux avec une collègue qui lui plaît (Catherine Ruel), seuls ses repas en tête-à-tête avec son chat lui permettent de se confier réellement...
Si l'installation rappelle les soupers théâtre, la métaphore principale de la pièce tourne autour des jeux vidéo, sources de nombreux parallèles avec la vie, domaine professionnel du protagoniste et seul univers qu'il peut contrôler. A priori, le texte offre plutôt un menu minceur, avec ses thèmes assez convenus: le virtuel qui nous coupe de la réalité ainsi que de la communication humaine. Mais l'attrait de Soupers, c'est que cette thématique s'incarne dans la forme même, dans la mise en scène, ludique et efficace.
Marc-Antoine passe ainsi son temps à se déplacer entre les quatre différentes tables, sautant d'un repas à l'autre. Un mot, un sujet ou la mention d'un personnage peuvent l'entraîner à subitement changer de temporalité, d'espace et d'interlocutrice. Une structure morcelée et bien construite qui donne du dynamisme au texte, avec un tempo qui tend à s'accélérer, les scènes se mettant à empiéter sur la précédente. Et à travers cet inlassable chemin de croix, la pièce esquisse le portrait d'un être ballotté, qui paraît ne pas avoir de prises sur sa vie, manipulé par les autres (il n'est pas loin d'évoquer un personnage de PacMan, manoeuvré par un gamer...).
Alexandre Daneau donne beaucoup de crédibilité à ce jeune homme malheureux et maladroit, au monde intérieur insoupçonné. Sans surprise, Sophie Clément s'impose avec force dans son rôle de mère autoritaire et éternellement insatisfaite. Caroline Lavigne, en version plus jeune, n'a rien à lui envier côté faconde. D'un abord schématique, les personnages finissent par dévoiler quelques zones d'ombre, sous les banalités de leurs conversations à table. Soupers se révèle une comédie avec un arrière-goût amer, où la vie échappe aux personnages.
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