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    Théâtre - Bon appétit !

    Dans Soupers, Simon Boudreault continue d'explorer la difficulté d'entrer en relation avec les autres

    5 février 2011 |Michel Bélair | Théâtre
    Simon Boudreault s’installe en résidence pour deux ans au Théâtre d’Aujourd’hui avec sa compagnie, Simoniaques Théâtre.<br />
    Photo: Jean-François Leblanc - Le Devoir Simon Boudreault s’installe en résidence pour deux ans au Théâtre d’Aujourd’hui avec sa compagnie, Simoniaques Théâtre.
    Soupers
    Texte et mise en scène de Simon Boudreault. Avec Sophie Clément, Alexandre Daneau, Carole Lavigne et Catherine Ruel. Une création de Simoniaques Théâtre en résidence à la salle Jean-Claude-Germain, présentée jusqu'au 26 février. On se renseigne sur l'horaire assez particulier et l'on réserve au 514 282-3900.
    Les choses vont plutôt bien pour Simon Boudreault. Il vient de créer Sur trois pattes aux récents Coups de théâtre avec le Théâtre de l'Œil; on a repris son Sauce brune, à guichet fermé ou presque, à l'Espace libre en première partie de saison; et voilà qu'il propose sa plus récente création, Soupers, dès mardi, au Théâtre d'Aujourd'hui où il s'installe en résidence pour deux ans avec sa compagnie, Simoniaques Théâtre. On a déjà vu pire.

    Nous nous sommes rencontrés pour parler de tout ça en début de semaine, juste avant la tempête, dans un petit café près du journal, alors qu'il ne tombait encore que de lourdes plumes blanches dehors...

    Une structure éclatée

    La dégaine rapide, et le cheveu grisonnant lui aussi, le dramaturge-comédien-metteur en scène explique d'abord que, malgré les liens entre les mots «soupers» et «sauce brune», il ne faut voir que «des récurrences thématiques» entre les deux pièces.

    «Bien sûr, ça parle de bouffe encore, mais c'est un peu un prétexte. Quand on est en train de manger au restaurant, que l'on coupe son steak et que les gens parlent tout autour, on est moins présent à la personne en face de nous, on s'implique moins. On se cache derrière une foule de petits gestes plus ou moins rituels. On passe d'un sujet à l'autre et l'on ne se parle pas vraiment; on fixe les plantes, les murs ou les visages, sans les regarder... C'est ce genre de thèmes que j'aborde dans toutes mes pièces, oui: la difficulté de communiquer et d'entrer en relation avec les autres.» C'est le nerf de la guerre chez Boudreault, on le sait. Sous son talent pour le mot qui frappe, sous son humour grinçant et son sens de la drôlerie ridicule, ses personnages, qu'ils aient de l'envergure ou non, sont d'abord habités, transpercés même, par un mal-être profond.

    Dans Soupers toutefois, cela ne s'incarnera pas du tout de la même façon que dans Sauce brune, prévient-il. «Sauce brune avait une structure plutôt classique: unité de lieu, d'action et même de temps, à quelques détails près... C'est la langue qui venait tout ponctuer, tout éclabousser, tout rythmer. Ici, c'est différent. La langue de Soupers est classique dans le sens de "normale", ordinaire. C'est la structure de la pièce qui est complètement éclatée.» On y rencontre Marc-Antoine, un obèse dans la trentaine, spécialiste des jeux vidéo: un être fragmenté, disons. On le voit manger au restaurant avec sa mère, parler gauchement avec la serveuse aussi, avec sa soeur qui n'est pas vraiment là et, pourquoi pas, avec son chat malade. Son «malaise général» devant la vie dessine le fil con-ducteur de la pièce.

    «Les choses ne se passent pas du tout de façon chronologique, poursuit Simon Boudreault. La structure de la pièce est hachurée en petits morceaux, en petits tableaux rapides de deux ou trois minutes, comme dans les jeux vidéo. Marc-Antoine passe d'une table à l'autre pour parler avec les autres personnages, qui eux occupent chacun une table différente. Tout se déroule en fragments. Comme dans la vie alors que tout se bouscule à plusieurs niveaux à la fois. Tout cela trace en fait une sorte de polar de la vie quotidienne», dit-il en souriant du coin des yeux.

    Déconnecté

    Un «polar de la vie quotidienne», dans le sens où les choses que l'on apprend, à mesure que Marc-Antoine passe d'une table à l'autre, s'ajoutent les unes aux autres, un fragment à la fois. Comme des événements en résonance qui se répondent. Plus on avancera, plus les morceaux d'histoire se juxtaposeront, plus on en apprendra...

    La chose est d'autant plus excitante et mystérieuse que Simon Boudreault a choisi de faire disparaître la «bulle» de la scène et, du même coup, de faire sauter le fameux «quatrième mur». Prenez donc note que, dès mardi soir, la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d'Aujourd'hui devient une salle de restaurant, sans gradins ni fauteuils, parsemée de tables qui occupent tout l'espace et auxquelles les spectateurs vont s'asseoir.

    «Pour moi, la forme doit toujours servir le propos, reprend le metteur en scène. Le rythme que crée ce genre d'espace partagé par tous va venir soutenir l'émotion. C'est un gros défi de mise en scène, mais j'aime le risque même si je doute souvent; ça stimule d'essayer de nouvelles choses, non? [...] Quand le spectateur en saura assez pour saisir le personnage central et le monde dans lequel il évolue, le rythme de la pièce s'accentuera et l'impact sera encore plus déroutant parce que je me suis amusé à mêler un peu les cartes...»

    C'est le dramaturge cette fois qui ne peut s'empêcher de décrire davantage le personnage étrange de cet obèse devenu mésadapté socioaffectif à la suite de sa dépendance aux jeux vidéo.

    «Les jeux vidéo changent notre rapport au temps; notre rapport à la vie aussi et aux autres. Je le sais parce que j'ai joué beaucoup et que certains de mes amis jouent et travaillent même dans cette industrie... Quand vous passez deux, quatre ou sept heures à jouer, la réalité, "la vraie vie" devient un peu ordinaire, vide, lente aussi... Vous venez de résoudre des tas de problèmes concrets en ayant à réagir très rapidement dans un univers que vous devez contrôler... et puis tout à coup il faut décrocher pour aller prendre un bus, marcher, même rouler en auto ou aller à l'école... C'est un peu ordinaire.»

    Même très ordinaire. Et c'est surtout incroyablement lourd et lent... ce qui explique le rythme des petits tableaux auxquels on assiste quand le personnage passe d'une table à l'autre, d'un souper à l'autre. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Marc-Antoine a un rapport à la réalité et aux autres extrêmement difficile. C'est un personnage déconnecté, débalancé.

    Simon Boudreault décrit Soupers, tout comme Sauce brune d'ailleurs, comme une «comédie grinçante». Parce qu'il aime jouer de ce qu'il appelle les «con-trastes émotifs», se servir de l'humour et du rire aussi. «Tout simplement parce que le rire est une sorte de soupape: quand on rit, on respire, on baisse la garde. C'est à ce moment que l'on risque d'être touché plus directement. D'être déstabilisé. C'est cela, le contraste émotif: il permet de faire saisir les enjeux à chaud.»

    Une grande respiration par le nez...
     
     
     
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