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Théâtre - Violence et passion

Luc Boulanger   14 janvier 2011  Théâtre
Tom à la ferme, qui ouvre la saison du Théâtre d’Aujourd’hui, est une grande pièce!<br />
Photo : Valérie Remise
Tom à la ferme, qui ouvre la saison du Théâtre d’Aujourd’hui, est une grande pièce!

À retenir

    Tom à la ferme
    Texte: Michel Marc Bouchard.
    Mise en scène: Claude Poissant. Avec Évelyne Brochu, Éric Bruneau, Alexandre Landry, Lise Roy. Jusqu'au 5 février, au Théâtre d'Aujourd'hui.
    Durée 1h 40 (sans entracte).
La création d'une pièce de Michel Marc Bouchard est un événement en soi. Depuis 30 ans, l'auteur des Muses orphelines polit son univers avec le talent de l'orfèvre. Il taille ses pièces comiques ou dramatiques dans des matériaux bruts ou nobles, graves ou lumineux, communs ou précieux. Or, son écriture est toujours portée par un sentiment moteur: le désir. Et les catastrophes que nous, mortels, provoquons en son nom.

Bouchard n'est pas un écrivain balzacien, comme Michel Tremblay qui ajoute des pierres à son oeuvre universelle et immense; mais un poète dramatique qui tisse une constellation d'étoiles. On trouve toujours, même dans les opus mineurs, un travail admirable sur la langue, la structure, la beauté et son revers, la laideur... ces deux pôles de l'art.

Disons-le tout de suite: cette nouvelle étoile dans sa constellation brille fort. Tom à la ferme, qui ouvre la saison du Théâtre d'Aujourd'hui, est une grande pièce! Une tragédie bouleversante sur le mensonge, la haine, et leurs conséquences.

Après la mort subite de son amant, Tom se rend à la ferme isolée de la famille de son chum pour assister aux funérailles. On ne le connaît pas. Et sa présence dérange le frère du disparu, Francis, un mâle alpha et brutal, qui fera tout afin que sa mère ne découvre pas l'homosexualité de son cadet. Francis va inventer une blonde fictive à son frère, et exiger — le mot est faible — la complicité de Tom pour préserver les apparences.

Au début, entre le publicitaire snob, résolument urbain, et sa «belle-famille» du terroir, c'est le choc des mondes. Or, peu à peu, Tom va jouer le jeu de Francis: il apprivoise la vie à la ferme, les animaux, et va jusqu'à désirer son bourreau qui ressemble à son ancien amour. Entre Tom et Francis, il y a de la répulsion mais aussi de la fascination, de l'attirance. Comme entre Blanche Dubois et Stanley Kowalski dans Un tramway nommé Désir.

Dans le rôle de Francis, Éric Bruneau fait d'ailleurs penser à un jeune Marlon Brandon... Par sa beauté, certes, et aussi par son charisme, son registre, sa présence. Son personnage est viril, brutal, sanguinaire. Ce qu'il rend bien. Mais Bruneau laisse aussi voir la faille, la sensibilité, l'enfant qui veut séduire chez Francis. Dans la scène où il danse la rumba dans l'étable avec Tom, l'acteur est génial!

À ses côtés, Alexandre Landry est très convaincant avec son visage angélique. Il réussit particulièrement sa métamorphose de publiciste pédant en martyr de l'amour. Lise Roy, la mère défaite et bigote, est d'une grande justesse, même si sa «conversion» vers la fin semble brusque. Dans la peau de la fausse copine, Évelyne Brochu apporte une bouffée d'humour et de légèreté à cet univers lourd. La mise en scène de Claude Poissant est parfaite; la musique originale de Philippe Brault donne un côté thriller à la Misery aux scènes de violence et de tension.

En opposant vérité et mensonge, culture et nature, fragilité et brutalité dans sa pièce aux accents de tragédie antique (Tom est à la fois le protagoniste et le coryphée de son destin), Michel Marc Bouchard évite de tomber dans la morale. Ce qui est admirable avec un thème comme l'homophobie ou l'intolérance.

Finalement, Tom à la ferme confirme une vérité: l'art est le plus beau des mensonges.

***

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  • Guy Lussier - Abonné
    24 janvier 2011 12 h 27
    Théâtre-Violence et passion
    Je partage entièrement votre critique de la pièce, Tom à la ferme, sauf pour votre vision du jeu de Alexandre Landry à moins qu'en fait je m'arrête à " très convainquant avec son visage angélique" , samedi dernier c'est tout ce que je pourrais lui accorder. Avec un ami nous étions deux pour le moins à être irrité par son jeu à la limite du supportable: à l'arrière de la salle pourtant petite nous pouvions à peine l'entendre, une voix sans intonation aucune sauf lors d` un moment de colère. Nous n'avons aucunement vu un comédien mais quelqu'un qui dit des mots. Heureusement qu'il y a ce texte fort de Michel Marc Bouchard et les autres comédiens, en particulier Eric Bruneau dont vous soulignez avec beaucoup de justesse le jeu.
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  • Jean-Pierre Lepage - Abonné
    11 février 2011 13 h 28
    Théâtre proche de l'opéra?
    Comment être indifférent ou comment ne pas être emporté, comme vous le dites si bien, par le théâtre du désir de M-M. Bouchard? Il y a un élément que vous n'avez pas souligné dans votre critique et qui me semble une grande originalité de cette pièce: le monologue intérieur mais parlé, du héros de la pièce, Tom? Dérangeant au début, ce monologue ajoute par sa dimention ludique - introduit au personnage et à sa profession - éblouit par sa virtuosité, à la manière d'un chant autorisant les fioritures. Outre celui d'apprendre la loghorrée qui en résulte, le défi de l'acteur est d'arriver à se dédoubler, de nous convaincre de l'épaisseur de son personnage lorsqu'il interagit en réponse aux gestes et paroles des autres, tout en révélant ses pensées, son intériorité, au public. Hier soir, soir de dernière il faut dire - on souhaite une reprise - , ce défi était relevé par un choix évident d'énoncés sur le mode recto tono réservé au moi caché. À mon avis, c'est la cause de la critique que l'on pourrait faire du jeu d'Alexandre Landry, qui sans doute suit ici sur les conseils du metteur en scène, C. Poissant.
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