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    Théâtre - Avoir pour être

    13 janvier 2011 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Moi aussi
    Scénario et mise en scène: Véronika Makdissi-Warren et Mario Villeneuve. Avec Véronika ÀMakdissi-Warren et Frédéric Lebrasseur. Production: Les Productions Préhistoriques, présentée à la salle Marc-Doré du théâtre Périscope jusqu'au 5 février.
    Créée en laboratoire dans le cadre des Chantiers du Carrefour international de théâtre de l'an dernier, Moi aussi, la plus récente création des Productions Préhistoriques, met en piste une femme clown sans domicile fixe, son chien Ulysse, et un maître sons.

    La démunie qu'incarne Véronika Makdissi-Warren aspire à avoir pour être, et son unique espoir de parvenir à posséder «elle aussi» maison, bateau, garage, piscine, voiture et autres biens de ce monde loge tout entier dans le billet de loterie et ses numéros gagnants.

    Makdissi-Warren évolue dans un espace dénudé, exempt d'accessoires. Tout ce qu'elle touche, tout ce qui l'amène à habiter le lieu s'anime grâce au complice Frédéric Lebrasseur, dit Le Barbu, qui assure en direct la partie sonore du spectacle. Le tout sous le sceau de la poésie qui émerge grâce aux éclairages de Christian Fontaine, à ce mur gris qui réinvente le passage du temps et se fait le témoin d'un très discret mais fort réussi théâtre d'ombres.

    Moi aussi est à l'image de ses protagonistes: déluré, burlesque, enfantin, gentil, attachant. À l'image également de ce chien invisible, Ulysse, qui prend une place suffisamment concrète pour qu'on se prenne à l'aimer, qui aboie mais ne mord pas. La production compte plusieurs instants de grâce: la fabrication du billet (une merveille), la relecture de La Petite Fille aux allumettes, l'apparition de la lune, la tempête, et cette scène où l'écho qu'offre la voix de Lebrasseur agit directement sur le texte et son sens. Il y avait dans cette séquence une force mésestimée quand le «je t'aime» projeté par la clown reste sans écho. Il y avait là une clé intelligente et forte qui avait le potentiel de transformer le dérisoire, l'accidentel et le jeu en réel noyau dramatique. Quelque chose qui s'approche du «Détruire dit-elle», de Duras, une réplique qui laisse sans voix, sans mots.

    Malgré la sympathie que soulève Moi aussi, malgré la réelle complicité qui allie gestes, mouvements et sons, la création ne trouve pas son rythme. Elle accuse une longueur en ouverture (la séquence de la mouche), offre quelques sorties de pistes au profit de petits clins d'oeil aux spectateurs — ce qui n'est pas mauvais en soi, mais n'apporte rien non plus — et reste à la surface d'une critique sociale qui aurait pu être pleinement assumée. Moi aussi a ce qu'il faut de talent et de ressources pour gagner en profondeur, suffit de faire le pas du gentiment sympathique au totalement désarmant.

    ***

    Collaboratrice du Devoir














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