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    Théâtre - Le grave et l'improbable

    4 décembre 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Les Trois soeurs
    • Texte: Anton Tchekov.
    • Traduction: Anne-Catherine Lebeau et Amélie Brault.
    • Mise en scène: Wajdi Mouawad.
    • Avec Jean-Jacqui Boutet, Lise Castonguay, Gill Champagne, Vincent Champoux, Hugues Frenette, Marie Gignac, Benoit Gouin, Linda Laplante, Michèle Motard, Anne-Marie Olivier, Paule Savard, Richard Thériault.
    • Production du Théâtre du Trident,
    • Au Trident jusqu'au 9 décembre 2010.
    Créée en 2002 au Trident, cette production des Trois sœurs, mise en scène par Wajdi Mouawad, s'envolait l'été dernier vers Moscou pour participer au Festival Tchekov. Hier soir, elle nous revenait pour une semaine seulement avant de s'envoler vers São Paulo au Brésil, cette fois à la demande du directeur du Festival Tchekov, pour y représenter la Russie.

    Dire le bonheur d'être au théâtre quand le théâtre se joue au-delà du divertissement, quand il permet aux acteurs d'aller aux limites du grave, de la caricature, de l'improbable, quand il fait du texte un territoire sans jamais le déposséder. Dire le ravissement d'être en présence de ce qui se déroule sans se retrouver captif d'un concept, d'une démonstration ou d'une séquence visant à nous éblouir, ou à nous initier à ce que doit être le théâtre.

    Dans ces Trois soeurs que nous offre le Trident, nous sommes en présence d'une lecture qui rejoint Tchekov: la capacité de bouleverser les conventions dramatiques. Pas que Mouawad et ses acteurs réinventent la roue. Le bris du quatrième mur, les anachronismes assumés, l'intrusion dans le cours de la pièce d'éléments discordants, la désarticulation du texte qui amène les acteurs à exacerber le banal et à banaliser le grave dans l'interprétation, ce sont là des procédés connus. La différence réside dans la façon de faire pour qu'à un siècle de distance, ce qui pesait lourd dans l'existence de ces trois soeurs rejoigne ce qui pèse lourd dans nos propres existences: le sentiment que le bonheur se trouve ailleurs, que la vie est difficile, que le désoeuvrement existe encore, que le plaisir dans le travail est rare, que la résignation au quotidien, aux autres, à la condition sociale, humaine, persiste.

    Les acteurs, tous, sans exception, sont éblouissants, dans le geste tout simple autant que dans ce rapport palpable aux objets. Dans le cérémonial, le rituel, la procession autant que dans le névrotique, le caractériel ou la précipitation vers l'absurde. Le décor est ce qu'il est, rien d'autre: un décor. Avec juste ce qu'il faut pour que s'y glissent les traces chères à Mouawad, l'escabeau, les tréteaux, les traces de peinture qui s'installent en cours de route, les portes ou leur déplacement, les murs et bien entendu la nécessité de les abolir pour laisser pénétrer la lumière.

    Au sortir de la pièce, nous sommes davantage au monde. C'est là que réside la beauté de cette production, dans la capacité de nous redonner à nous-mêmes.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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