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Festival Coups de théâtre - Grandes mutations en cours...

Rémi Boucher trace, comme tous les deux ans avec son festival, une sorte d'état des lieux du théâtre jeunes publics

Michel Bélair   13 novembre 2010  Théâtre
Une scène du spectacle belge <em>Satin et vin blanc</em> à l'Usine C.<br />
Photo : Phile Deprez
Une scène du spectacle belge Satin et vin blanc à l'Usine C.
Avec les années — il a lancé les Coups de théâtre il y a déjà 22 ans! — Rémi Boucher s'est construit une réputation enviable. Partout, en Europe et en Asie comme ici, les directeurs de théâtre comme les collègues journalistes soulignent son instinct très sûr de programmateur: Rémi Boucher ne se trompe jamais. Enfin, presque jamais.

Ses programmations, fruit des alliances qu'il a su tisser partout, font l'envie des professionnels du circuit: on veut être à Montréal pour son festival et souvent les spectacles qu'il invite ici contribuent à repousser les limites de la création. Boucher est un grand coureur de frissons... de scènes. Tous les deux ans, ses Coups de théâtre en sont venus à dresser en quelque sorte le constat de ce qui se passe de plus intéressant partout sur la planète jeunes publics...

Un vide à combler

À quelques semaines de se lancer dans la toute dernière phase précédant l'ouverture officielle lundi — avec un spectacle multidisciplinaire belge, Satin et vin blanc, présenté dans la grande salle de l'Usine C à 19h —, Rémi Boucher nous accordait une entrevue près de la Crevasse de la rue Sainte-Catherine, au coeur de ce qui deviendra probablement un jour le Grand Canyon des spectacles.

Il revenait à peine de l'un de ses nombreux périples à travers le monde à la recherche de perles rares ou de nouveaux contacts. D'Asie cette fois. Et, comme par hasard, il souligne d'abord que plusieurs programmateurs japonais ont réservé leurs places pour la 11e édition des Coups de théâtre. «L'Asie est devenue un joueur très important pour nous: on est très friand là-bas de ce que l'on fait ici. Il est important que nos compagnies puissent se positionner par rapport aux compagnies européennes, qui sont désormais très intéressées elles aussi par un marché asiatique en pleine demande.»

Les lecteurs du Devoir ont pris conscience de ce vide à combler il y a quelques années déjà, lors de nos reportages depuis le Festival international de théâtre de Shanghai. La compagnie Les Deux Mondes, que nous accompagnions là-bas, a longtemps beaucoup plus tourné à l'étranger, en Asie par exemple, que joué ici et le DynamO Théâtre, qui est présent au festival avec deux spectacles, en est déjà à sa sixième tournée japonaise avec le même spectacle (Mur-Mur). La pièce, qui compte plus de 1500 représentations dans une trentaine de pays, est partout accueillie avec enthousiasme, comme le soulignait récemment le ministre canadien James M... mais non, c'est une blague!

Tout cela pour montrer à quel point les Coups de théâtre jouent depuis longtemps un rôle essentiel en mettant en contact des compagnies nourries d'horizons différents et en favorisant ainsi les mutations en tous genres. Cette année, par exemple, une troupe australienne fait pour la première fois l'affiche du festival avec le délirant Dr. Egg and the Man with no Ear; des Norvégiens s'amènent avec A Dance Tribute to the Art of Football; et Laurent Dupont, avec le hip-hop coulant de Moi seul et son impact visuel et symbolique très accentué. Mais que nous dit d'autre le menu de ces 11es Coups de théâtre sur l'état du monde... par l'entremise du théâtre destiné aux jeunes publics, bien sûr. «Il fait la preuve que nous sommes en train de vivre une passionnante et profonde mutation culturelle», répond Boucher du tac au tac.

Des retours attendus


Cette mutation est en train de se transformer en «nouveau paradigme», s'il faut l'en croire. On retrouverait un peu partout la même flamme et surtout les mêmes nouveaux langages mêlés: théâtre, danse, musique, vidéo... Ce qui n'est pas tout à fait étonnant puisque le théâtre pour jeunes publics n'a jamais manqué d'audace, bien au contraire. On a l'habitude ici de provoquer l'imaginaire et la participation du spectateur.

«Les modes d'expression se transforment, poursuit Boucher. Ils s'étoffent de plus en plus à partir d'expériences diversifiées, vous le verrez avec Tono, qui rassemble des autochtones d'Asie et d'Amérique. D'ailleurs, la danse est beaucoup plus intégrée dans les spectacles et dans les réseaux qu'il y a quelques années à peine. La musique et le multimédia aussi. Partout, les influences sont multiples, entremêlées. [...] Puis, on a changé d'attitude généralement par rapport aux arts de la scène destinés aux jeunes publics; les structures d'accueil délaissent leurs vieux jugements préconçus, les réseaux de diffusion prennent de plus en plus d'expansion...»

Boucher explique que les démarches des compagnies changent aussi; souvent, même — ici plus qu'ailleurs probablement —, elles ont déjà engendré une relève... Cela se produit déjà au festival avec un spectacle du Théâtre de l'Oeil (Sur trois pattes), qui est le fait de la nouvelle génération des membres de la compagnie. «On reconnaît bien sûr les acquis gagnés par les précurseurs, mais on construit là-dessus au lieu de répéter les mêmes choses. C'est fort stimulant. Je ne sais pas où on en sera exactement dans dix ans, mais c'est fort excitant de voir aller tout cela!»

Au coeur de ces 11es Coups de théâtre qui toucheront des publics âgés de 4 à 14 ans, on retrouvera une bonne dizaine de compagnies québécoises et tout autant d'ailleurs. On rendra aussi un hommage spécial à l'oeuvre de Jasmine Dubé et l'on discutera même de mise en scène, autant à Montréal qu'à Québec. Les partenaires du festival se sont multipliés, ses lieux de diffusion aussi, et il faudra consulter le programme détaillé, qui est bien sûr disponible sur son site Internet (www.coupsdetheatre.com) et dans la douzaine de salles qui diffusent l'événement. Soulignons rapidement quelques trucs très attendus, comme la plus récente création-installation du Théâtre des Confettis, Les Mécaniques célestes, et le nouveau spectacle du Gros Mécano, derrière lequel on retrouve le polyvalent Simon Boulerice.

Il faut signaler aussi le retour de la compagnie française Bob Théâtre avec Princesse K, et de deux grandes compagnies qui ont marqué l'histoire du festival dès ses tout débuts dans les années 1990. Il s'agit d'abord des Néerlandais du Stella den Hagge, qui proposent Thick Skinned Things, un spectacle dérangeant sur le rejet qui s'adresse aux jeunes de plus de 12 ans. Puis de la compagnie danoise Teatret Møllen avec Oskar, une production épique destinée aux plus vieux et qui débouche, tiens, sur «d'autres raisons de croire et d'espérer».

Là-dessus, bon festival!

***

Coups de théâtre

Festival international des arts jeunes publics, présenté du 15 au 28 novembre dans une douzaine de salles montréalaises et à Québec. On peut aussi se renseigner au 514 499-2929.
 
 
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