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    Natation synchronisée

    12 novembre 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Théâtre sans animaux
    • Texte: Jean-Michel Ribes.
    • Avec Emmanuel Béland, Joëlle Bourdon, Chantal Dupuis, Nicolas Létourneau.
    • Mise en scène: Vincent Champoux.
    • Production du Dream Team,
    • présentée au Périscope
    • jusqu'au 27 novembre 2010.
    Théâtre sans animaux est un joyeux petit zoo humain, une collision entre l'improbable et le prévisible qui dresse en huit tableaux, séquences, ou fables contemporaines ce qui nous tient en laisse, nous éloigne, nous dévoile. C'est aussi l'heureuse exposition animée de nos glissements, une visite au musée de nos comportements clichés ou de ces absurdités qui font de nous les humains que nous sommes ou que nous croyons être. Une comédie du langage, doublée d'une gymnastique de la situation, où le mot provoque la dérive, piège, crée et recrée l'action, redessine le quotidien et débusque même le plus résistant des rires.

    Le théâtre de Jean-Michel Ribes a une langue qui appelle le jeu et la production du Dream Team l'endosse comme une deuxième peau. Oubliez tout ce qui vous semble toujours trop: trop français, trop intello, trop classique, trop joué, trop philosophique, trop absurde, parce que Théâtre sans animaux n'a rien de trop. Et ce qui aurait pu agacer — modification du plateau, entrée et sortie des éléments de décor — a su trouver sa mécanique sans atrophier le rythme, le souffle ou le propos.

    Difficile d'imaginer la distribution autrement tant les Emmanuel Bédard, Joëlle Bourdon, Chantal Dupuis et Nicolas Létourneau forment un très crédible «Dream Team» dans la nuance, le moindre mouvement de sourcil, le frétillement du doigt, la retenue autant que dans l'éclatement, la caricature, et cela, sans jamais piller l'intelligence du texte. La qualité indéniable de leur prestation témoigne de la vivacité d'esprit du metteur en scène, Vincent Champoux.

    Si l'espace scénique conçu par Cybel St-Pierre a des allures d'exercice de style au départ, il est ludique à souhait et parvient à recréer tous les lieux et chacun des univers esquissés. Ses éclairages ciblés, discrets, épousent la même finesse et ne provoquent qu'un seul regret, celui de voir le rouge tomate nous être retiré un peu trop tôt. La domination du gris dans les costumes et les accessoires avec leur touche de rouge, si anodin que cela paraisse, sont ici une autre façon d'éclairer l'ensemble.

    Théâtre sans animaux baigne dans les eaux fortes de la langue, plonge dans l'absurde avec la grâce des nageuses synchronisées, éclabousse et ramène à la surface l'impérieux désir de remonter le courant du loufoque tels des saumons qui remontent aux origines. Pas banal en ces temps où l'humanité fraye de plus en plus avec la droite et risque de se reproduire dans la pisciculture créationniste.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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