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    L'autoexamen des siens

    11 novembre 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • La Jeune-Fille et la mort
    • Création: Bureau de l'APA 2010. Avec: Simon Drouin, Laurence Brunelle-Côté, Robert Faguy, Jonasz Slovanski, Bernard Langevin, Simon Elmaleh (musique) Philippe Lessard-Drolet (éclairage-ingénierie) et le Quatuor Sépia (Daniel Fréchette, Grégory Ellefsen, Maxime Thérien, Marie-Loup Cottinet). Coproduction de Recto-Verso et Premier Acte, présentée à la salle Multi du complexe Méduse jusqu'au 13 novembre 2010.
    De nombreux traits de famille lient La Jeune-Fille et la mort du Bureau de l'APA et L'Homme-foule du théâtre Rude Ingénierie — à l'affiche la saison dernière —, tous deux coproduits par Recto-Verso et Premier Acte.

    Quelques lames de fond unissent l'homme-foule et la jeune fille (peut-être pour la vie, qui sait): le souci de maintenir l'action en temps réel et la démonstration comme moteur, et dans sa mécanique, de notre aliénation à la société de consommation, au capitalisme sauvage, à l'image de soi, et à cet «excès d'ordinaire», et ce, sans pontifier, avec détachement et en interpellant le public.

    Le Bureau de l'APA chausse les mêmes galoches bouffonnes, emprunte à l'action, la manoeuvre, la performance, le bricolage, l'art visuel, la recherche sonore, la cacophonie et la musique classique, expose en surnombre des objets et chipe à la salle de classe sa dictée, ses pupitres et même ses vestiges passés. Le désuet bonnet d'âne, preuve de l'évolution de l'espèce, se fait désormais tête d'âne: une sorte de fusion entre le symbole de l'abruti de la classe et le règne de la mascotte largement célébrée par toutes les classes.

    C'est au coeur de cette indiscipline assumée que niche le concept de jeune-fille érigé en tentative de théorie. Parce que le concept dépasse largement l'idée qu'on se fait de la jeune fille. Dans ce spectacle-démonstration du Bureau de l'APA, jeune-fille est un concept non sexué, une illusion d'optique, un marketing amoureux, un mimétisme ou une comédie biologique, une machine de guerre, une conspiration sans conspirateur: la jeune fille ne vieillit pas, elle se décompose et parfois, avant de se décomposer trop visiblement, elle se marie.

    Si le jeu a recours à quelques procédés du théâtre de l'invisible de Boal (interpeller un individu, solliciter la participation du public — docile, si docile) ou s'apparente au théâtre de l'absurde, en particulier celui d'Ionesco (on songe à Jacques ou la soumission ou encore à certains textes des Exercices de conversation pour étudiants américains), et à la création collective, on résiste à lui reconnaître une facture théâtrale. Car tant dans L'Homme-foule que dans Jeune-fille, les performeurs procèdent chaque fois par coïtus interruptus et s'arrêtent là où la beauté pourrait surgir, où la théâtralité pourrait s'élever, là où le rituel confère à la scène son sens du sacré.

    ***

    Collaboratrice du Devoir














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