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    Théâtre - Délicate balance

    6 novembre 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Kliniken
    • Texte: Lars Norén.
    • Mise en scène: Gill Champagne.
    • Avec Frédérick Bouffard, Lise Castonguay, Fabien Cloutier, Linda Laplante, Roland Lepage, Kevin McCoy, Christian Michaud, Klervi Thienpont, Marjorie Vaillancourt, Réjean Vallée.
    • Coproduction Théâtre du Trident et Théâtre Blanc.
    • Au Trident jusqu'au 27 novembre.
    Kliniken de Lars Norén abaisse le quatrième mur de l'univers psychiatrique et plonge au cœur de l'enfermement que subissent une dizaine de patients atteints de diverses pathologies. Anorexie morbide, dépression chronique, traumatismes de guerre, schizophrénie, coprolalie (tendance à proférer des termes orduriers), effondrement psychologique: les personnages de Norén portent une souffrance qui renvoie à cette question: qui décide qui est malade et qui est sain?

    Les décideurs ne sont pas de la distribution. L'unique personnage «sain» de la pièce est un aide-infirmier (Fabien Cloutier) qui a pour tâche de maintenir le calme, prévenir les dérapages et donner l'alerte en cas d'urgence.

    Le reste du clan des «sains», c'est le public. Et, hier soir, une bonne partie du public était en état de comédie, à l'affût de l'élément récurrent, du tic, de la manie, de la réplique assassine — ce qui n'était pas exclu puisque le texte de Norén en livre d'excellentes. Gardez-vous de mettre en doute la prestation des comédiens. Car jouer la folie exige d'éviter la caricature et oblige à une délicate balance pour maintenir le personnage sur le frêle fil de la crédibilité. Ce qu'ils font. On n'est pas près d'oublier la finesse de la composition du personnage de Lise Castonguay, la troublante présence du Mohammed de Frédérick Bouffard, la saisissante et lucide Maud de Linda Laplante. Comme on se réjouira du jeu maîtrisé et nuancé des Christian Michaud et Marjorie Vaillancourt, qui incarnent les pôles excessifs du troupeau, sans ombrage au jeu plus effacé de Kevin McCoy ou à celui des Klervi Thienpont (Sofia) et Réjean Vallée (Martin), qui puisent dans la sensibilité et l'impuissance.

    Mais en bonne partie, le très sain public d'hier se détournait d'une scène en cours, tout à la joie de suivre les rituels de Markus (Roland Lepage) — marcher sur les chaises, toucher les murs, danser, déchirer le journal, semer du maïs soufflé, faire du tai-chi, se crucifier... —, ce qui créait diversion et s'écartait, à n'en pas douter, de l'intention du comédien.

    Les choix scénographiques et de mise en scène misant sur la pression de l'enfermement et la proximité du public ne sont pas concluants. L'imposant décor saumoné (un rappel du mur de Littoral de Mouawad) laisse pressentir la finale. L'éclairage rehausse l'aspect de soie damassée et n'offre nulle trace de la désolation que cachent ces institutions. Une sortie des acteurs en salle aurait-elle mieux servi le désir des complices Hazel et Champagne?

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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