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    En 1960 une nouvelle école apparaît - La démarche de Michel Saint-Denis prévaut toujours

    Montréal est préféré à Toronto pour l'ouverture d'une école nationale de théâtre

    6 novembre 2010 |Claire Harvey | Théâtre
    Michel Saint-Denis a été une sommité dans le domaine de l’enseignement du théâtre.<br />
    Photo: Archives Le Devoir Michel Saint-Denis a été une sommité dans le domaine de l’enseignement du théâtre.
    Il y a un demi-siècle, l'École nationale de théâtre du Canada ouvrait ses portes afin de favoriser l'éclosion d'un véritable théâtre canadien. Le comédien Jean-Louis Roux, l'un des seize fondateurs de l'établissement, rappelle les faits saillants.

    Jean-Louis Roux explique que les événements à l'origine de la fondation de l'École nationale de théâtre remontent aux années 1950. «À l'époque, faute d'une école supérieure de théâtre au Canada, les aspirants comédiens devaient suivre des cours privés ou encore partir en Europe ou aux États-Unis, où ils pouvaient entreprendre des études en art dramatique, dit-il. Dans bien des cas, ils ne revenaient pas.» Pour contrer cet exode, il fallait créer une grande école nationale. Une conclusion à laquelle était déjà parvenue, en 1951, la Commission royale d'enquête sur l'avancement des arts, des lettres et des sciences au Canada.

    Une école «colingue»

    En 1953, le Festival de Stratford voyait le jour en Ontario. Rapidement, les acteurs des deux groupes linguistiques commencent alors à se côtoyer. «Le festival avait décidé de monter Henri V à l'aide de comédiens francophones québécois, évoque l'homme de théâtre. Pour la première fois, comédiens anglophones et francophones jouaient et vivaient ensemble. Déjà, on parlait de fonder une école "colingue", où l'enseignement ne serait pas bilingue, mais offert parallèlement en français et en anglais aux élèves des deux groupes linguistiques.»

    Ce projet figurera en tête des priorités du comité de théâtre du tout nouveau Conseil des arts du Canada, en 1957. Deux ans plus tard, le Centre du théâtre canadien (CTC), un nouvel organisme qui représentait la profession théâtrale sur la scène internationale et dont M. Roux était le président, a formé un comité-pilote. Ses 16 membres sont considérés comme les fondateurs de l'École nationale de théâtre du Canada. Outre M. Roux, il s'agit de David Gardner, Yves Bourassa, Donald Davis, Jean Gascon, Gratien Gélinas, Michael Langham, Pauline McGibbon, Mavor Moore, David Ongley, Tom Patterson, Jean Pelletier, Roy Stewart, Powys Thomas, Vincent Tovell et Herbert Whittaker, auxquels il faut ajouter le Français Michel Saint-Denis, principal conseiller du projet.

    Une démarche multidisciplinaire


    Sommité dans le domaine de l'enseignement du théâtre, Michel Saint-Denis avait déjà mis sur pied une école d'art dramatique à Londres et en France. On doit à ce dernier le modèle implanté à l'École nationale de théâtre au Canada. «Avant d'enseigner des techniques et des disciplines à des élèves en théâtre, Michel Saint-Denis croyait qu'il fallait développer leur personnalité, explique Jean-Louis Roux. Cette nouvelle démarche nous a conquis.» Il a été également convenu d'enseigner sous un même toit les divers métiers du théâtre: l'interprétation et la production (qui regroupait décoration et technique).

    Si la démarche pédagogique de Michel Saint-Denis a rapidement fait l'unanimité, le choix du lieu de résidence de la future école pancanadienne était loin de susciter un consensus. «Cette question a fait l'objet de nombreuses discussions animées, rappelle l'homme de théâtre. Le comité hésitait entre Montréal et Toronto. Finalement, Montréal a été choisi, probablement en raison de la présence des deux communautés linguistiques sur son territoire et de la tenue d'activités culturelles autant du côté anglophone que francophone.»

    En 1960, le CTC a approuvé le plan de l'École nationale de théâtre du Canada et le Conseil des arts du Canada a accepté de subventionner l'établissement d'enseignement privé. Quelque 50 jeunes aspirants comédiens ont posé leur candidature. De ce nombre, 17 élèves anglophones et 9 élèves francophones ont été admis. Jusqu'en 1965, tous les professeurs et les élèves de l'école déménagent à Stratford durant l'été. «Ces sessions permettaient aux deux groupes linguistiques de se fréquenter davantage et d'assister aux spectacles, souvent exceptionnels, du festival», ajoute l'acteur.

    Des débuts difficiles

    Jean-Louis Roux explique que les premières années d'existence de l'école n'ont pas toujours été faciles. «Il a fallu déménager à plusieurs reprises.» En 1961, l'école ne disposait que de trois salles dans l'immeuble de la Légion canadienne, rue de la Montagne. Elle logera par la suite au sous-sol de la Place des Arts, pour s'installer quelques mois plus tard dans un immeuble situé dans le Vieux-Montréal, puis, en 1965, au Monument-National, boulevard Saint-Laurent. Il a fallu attendre jusqu'en 1970 avant que l'école n'inaugure ses locaux au 5030, rue Saint-Denis, édifice qu'elle occupe toujours aujourd'hui.

    Les problèmes financiers n'ont pas tardé, eux non plus, à se manifester. «Si les trois paliers gouvernementaux ont rapidement accepté de nous financer, les subventions étaient fort modestes, précise Jean-Louis Roux. Nous sommes parvenus à tirer notre épingle du jeu grâce au génie créatif de Jean Pol Britte, à l'époque directeur des finances, qui devait faire régulièrement des miracles.» Des élèves avaient parfois du mal à payer leurs droits de scolarité. La direction, qui s'était engagée à ne refuser aucun élève sur la base de ses finances personnelles, devait souvent prêter de l'argent en dépit d'une situation financière précaire. À cet égard, le cofondateur se souvient du soutien important accordé par le Bureau des gouverneurs, l'équivalent du conseil d'administration, qui avait pour rôle à l'époque de voir aux orientations et au financement de l'école.

    Directeur général de l'école de 1982 à 1987, Jean-Louis Roux se rappelle avoir dû plaider à plusieurs reprises la cause de l'établissement, dont la mission et la vocation étaient nationales. «Heureusement, les artistes qui venaient enseigner à l'école étaient dévoués et désintéressés. Ils acceptaient des conditions minimales, participant ainsi financièrement à la survie de l'établissement», précise-t-il. Pendant qu'il était en fonction, le directeur a notamment recruté Gilles Renaud, à titre de directeur du programme d'interprétation, et Michael Eagan, qui a dirigé le département de scénographie de 1987 à 1998. Certains élèves l'ont aussi marqué particulièrement. «Je pense à Martha Henry et Roy Dupuis, pour ne nommer qu'eux», dit-il.

    Au fil des ans, l'école est devenue une véritable pépinière de talents. Bénéficiant d'un budget de fonctionnement de près de six millions de dollars, elle est aujourd'hui l'un des rares établissements à offrir sous un même toit — autant en français et qu'en anglais — toutes les disciplines du théâtre: interprétation, écriture dramatique, mise en scène, scénographie et production. Ses quelque 160 étudiants y côtoient près de 200 praticiens actifs: metteurs en scène, comédiens, directeurs artistiques, etc., ce qui leur permet de se familiariser avec l'interdépendance des métiers de la scène.

    Force est donc de constater que, cinquante ans plus tard, la démarche chère à Michel Saint-Denis n'a pas pris une ride.

    ***

    Collaboratrice du Devoir
    Michel Saint-Denis a été une sommité dans le domaine de l’enseignement du théâtre.<br />
L’homme de théâtre Jean-Louis Roux












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