Théâtre - Dans ma cour, côté jardin

Si vous passez rue Saint-Joseph et que vous frôlez de la main les murs de la Bordée, possible que vous sentiez un léger tremblement. Si c'est le cas, sachez que ce sont les échos des rires plus que bon enfant soulevés par la production Un sofa dans le jardin du Théâtre Niveau Parking qui se manifestent encore.

Créée en 1987 au conservatoire d'art dramatique, présentée l'année suivante sur la scène de la Bordée, Un sofa dans le jardin souligne de belle façon les 25 années d'existence du TNP et se situe intelligemment, sans que cela soit apparent, au croisement de nombreux courants: entre revue et fable, burlesque et absurde, quotidien et épique, saynète et cartoon. Tout cela porté par une narration qui n'est pas sans rappeler le Fridolin de Gratien Gélinas, sauf que dans ce cas-ci, la très «fridoline» Charlotte (Marianne Marceau) n'est ni naïve ni issue des ruelles, mais plutôt une réelle bollée de banlieue.

Si les premiers tableaux musicaux et dansés donnent davantage dans l'illustration et le comique de situation, Un sofa dans le jardin ébranle le rêve américain, la modernité, le succès économique, l'infernal cycle de la consommation, l'avenir du couple, de la famille et de la planète sans jamais tomber dans la «pédagogisation». Bien au contraire, elle offre à ses acteurs de véritables moments de grâce comique: une suave et débridée Marie-Josée Bastien, dangereusement folle dans la scène du bicycle stationnaire, un Nicola-Frank Vachon qui campe l'homme brun, rugit comme un saurien blessé et amorce un timide virage vers l'homo quebecencis rose, un Hugues Frenette dont le Giacomo vous fera oublier toutes les dictées de tous les Bernard Pivot du monde entier, maniant virgules et points d'interrogation telles des armes de séduction massive.

Pour que la rencontre entre le burlesque et l'absurde fonctionne, pour que le fantasme, le rêve brisé, l'Histoire, la critique sociale, la fable et la mécanique de la comédie puissent cohabiter, il fallait une Charlotte énergique, cocasse, coquine, futée, à la frontière du vrai et de l'archétype, ce que nous donne candidement Marianne Marceau.

La mise en scène de Michel Nadeau ne laisse rien en reste, ni le rapport aux objets, ni le jeu, ni la richesse du texte. Appuyé par un choix musical éclairé, Nadeau réaffirme que la création ne porte pas de date de péremption.

Jacques Leblanc avait vu juste, au très bon Bonjour, là, bonjour en ouverture succède une autre variation convaincante sur le thème de la famille.

***

Collaboratrice du Devoir