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    Théâtre - B pour Bond et C pour Cardigan

    26 octobre 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Le Cardigan de Gloria Esteban
    • Texte: Joëlle Bond. Mise en scène: Ann-Sophie Archer. Avec Marie-Ginette Guay, Joëlle Bond, Jonathan Gagnon, Benoît Cliche, Olivier Lépine. Production: Le petit luxe. Présenté à Premier Acte jusqu'au 6 novembre 2010.
    L'histoire est celle qui traverse toutes les vies. Un gros mensonge amoureux, une trahison, un déménagement, une vie qui s'annonce, une autre qui s'achève, des rêves inassouvis, des choix qui font que les chemins se tracent autrement.

    Le Cardigan de Gloria Esteban, de Joëlle Bond, puise dans le vaste réservoir de la culture populaire: chansons, vidéoclips, Star Académie, groupies, petits journaux, téléromans ou miniséries. Les référents qui traversent la trame sont ceux de nos très quotidiens médias parlés ou écrits — du lundi au samedi, en passant par la grand-messe dominicale: Tout le monde en parle. Un terreau propice pour la bascule dans la facilité qui aurait pu nous convier à tout avaler comme une grosse couleuvre pourvu que ça déclenche le rire ou, à l'inverse, aurait pu nous inviter à regarder de haut ce qui se passe en bas (lire chez le petit peuple).

    Mais Le Cardigan... de Bond échappe à l'un et à l'autre. Son texte a l'élégance du cardigan que Fanny offre à Marthe, coloré, sensible, vif et touchant, tricoté de répliques incisives jamais méprisantes. L'ensemble situé dans un lieu rarement mis en évidence au théâtre: une bibliothèque d'école secondaire où Marthe (Marie-Ginette Guay) a créé un univers clos qui fonctionne suivant son propre système de couleurs (aux nuances de l'arc-en-ciel) en marge de toute réalité informatisée.

    Joëlle Bond est désarmante de naturel et si Marie-Ginette Guay a le don de l'émotion juste, il faut voir la femme de désir, tapie sous des ans d'austérité, surgir du corps du personnage. Olivier Lépine (l'ex-amoureux et vedette pop) et Benoît Cliche (l'amoureux transi) offrent de belles contreparties. Mais le coeur explose face à l'adorable Marcel interprété par Jonathan Gagnon, qui rompt avec l'éternelle lignée de nos «ti-counes» télé et redonne intelligence et vérité à tous les légèrement retardés du monde. Une prestation qui confère noblesse et grandeur au personnage.

    Certains choix de mise en scène devront être revus. Il faut resserrer le rythme et pallier les longueurs sans sacrifier les chansons qui marquent le passage du temps, les états d'être et qui réveillent ces vedettes qui sommeillent en chacun quand elles sont live. Mais il y a lieu de revoir le clip d'ouverture et celui du «je dors seule ce soir», de mettre en doute la porte unique et l'usage sous-exploité du lieu-bibliothèque.

    Les bonnes comédies sont rares. Davantage si elles naviguent entre cliché et rumeur populaire pour faire éclater l'authentique désir d'humanité.

    ***

    Collaboratrice du Devoir













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