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    Théâtre - Bourreaux et victimes

    18 octobre 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Trente mille ombres sans corps - Argentine 1976, une dictature oubliée
    • Une production de la compagnie Borderline Theater de Belgique,
    • avec Aurélien Van Trimpont, Francis Debrabandere et Nicolas Cremery,
    • texte et mise en scène de Laurent Bouchain.
    • Samedi 16 octobre à 19h30,
    • Studio d'essai de la coopérative Méduse
    Le titre Trente mille ombres sans corps fait référence aux trente mille personnes disparues, entre 1976 et 1983, en Argentine et dont les corps ne furent jamais retrouvés. Cette création, présentée en primeur à Québec, fait partie du volet théâtre du festival littéraire Québec en toutes lettres, dont la première édition est consacrée à Jorge Luis Borges.

    Ceux qui étaient venus à la rencontre de Borges ne l'auront pas retrouvé, car le lien unissant la production du Borderline Theater de Belgique au géant de la littérature est son pays d'origine: l'Argentine. Trente mille ombres... est avant tout une recherche spatiale, sonore et théâtrale qui explore en huit tableaux ou fragments les années dictatoriales qui ont marqué l'Argentine. L'espace de jeu sobre et épuré est constitué d'un cercle de terre, dont le contour éclairé en rouge transpire le sang, et d'un micro suspendu au-dessus.

    L'ensemble repose sur les épaules d'Aurélien Van Trimpont qui joue bourreaux et victimes, relate ou narre et parfois, par sa posture et sa gestuelle, emprunte à l'art du conte, du mime et du clown, à celui plus trouble du témoignage chaotique au seuil de la folie. L'omniprésence audio marque le pas, l'urgence, les états psychologiques et l'enfermement. Les percussions, qui ont ce pouvoir universel de se fondre aux battements du coeur et au martèlement des forces en présence, ne parviennent pas, malgré l'excellent travail de Francis Debrandebere, à nous remuer. Leur constante présence finit par abolir l'essence organique qui les caractérise. Cependant, la guitare de Nicolas Cremery maintient le fil ténu de l'existence entre le corps de l'acteur et les cordes de l'instrument.

    Les moments les plus réussis sont ceux où la parole, les mots, les sons parviennent à recréer la pluie, à remuer les ombres autant que la terre. Il faut noter ces fragments où l'odeur du pain et le pas des carmélites nous amènent à «chatouiller les murs de leur présence» et le témoignage de Déo, chauffeur de collectivo. Dans les deux cas, la musique et l'interprétation d'Aurélien Van Trimpont frôlent des instants d'éternité. Là, la distance s'abolit, ce cercle devient le nôtre, et nous sentons ces «trente mille corps dans nos bras, l'assassinat du voisin, le viol de la cousine, le meurtre de l'enfant». Le propos de la pièce remonte en même temps que le silence qui règne sur le fracas des disparus. Borges aussi, en filigrane, par les sentiers qui bifurquent et dans le sablier du temps.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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