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    Théâtre - Sous l'éclairage crépusculaire de Turner

    1 octobre 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Dom Juan
    • De Molière. Mise en scène: Jean-Sébastien Ouellette. Avec Jean-Pierre Cloutier, Véronique Côté, Jean-Michel Déry, Krystel Descary, Hugues Frenette, Nicolas Létourneau, Jean-René Moisan, Jack Robitaille et Cynthia Trudel. Une production du Théâtre du Trident, au Trident jusqu'au 16 octobre et, en supplémentaires, les dimanches 10 et 17, à 15h.
    Dans la grande armoire des mythes, celui de Dom Juan est immuable. Sous la plume de Molière, le personnage gagne en complexité et en épaisseur. Plus qu'un simple charmeur visant le cœur et le corps des belles convoitées, il est hypocrite, fourbe, sans morale, cynique, calculateur et, dans le langage actuel, manipulateur et résolument égocentrique.

    Mise en scène par Jean-Sébastien Ouellette — qui nous a offert, sur la scène du Trident la saison dernière, un mémorable Monseigneur Charbonneau —, cette production du Dom Juan de Molière est, à bien des égards, un ravissement. D'abord par sa facture hautement esthétique et ses éclairages crépusculaires à la Turner. Ensuite par ses véritables ballets, opérés par les comédiens, où la table longitudinale, les chaises, les chandeliers et les larges fenêtres redéfinissent les lieux et marquent les transitions entre les actes. Finalement, parce que les registres comiques et tragiques se côtoient avec mesure et finesse.

    Molière en son temps s'était réservé le rôle de Sganarelle. Dans cette production du Trident, c'est Jean-Michel Déry qui endosse avec brio, intelligence, souplesse et grandeur le rôle du valet de Dom Juan. Krystel Descary et Nicolas Létourneau (qui incarne aussi un magnifique M. Dimanche) forment un duo savoureux, tant dans le patois que dans la patine conférés aux personnages. Véronique Côté porte avec élégance, vulnérabilité et présence une Done Elvire riche et nuancée. Si Hugues Frenette relève le défi du Juan avec aplomb, on ne peut s'empêcher de retrouver, dans sa prestation, le Henri IV qu'il a si brillamment interprété sur la même scène l'an dernier. Les rôles secondaires ne sont pas en reste: les Cynthia Trudel, Jean-René Moisan, Jack Robitaille et Jean-Pierre Cloutier offrent un jeu complice. Et Cloutier mérite qu'on souligne son La Ramée.

    Attribuons au trac les glissements dans la diction, qui nous ont privés, çà et là, de la musique du texte et de ses délicieuses liaisons sonores. Soulignons la beauté des jeux, des présences spectrales et statuaires, des costumes couleur crème qui enveloppent, dénudent, captent les éclairages et leurs effets pour façonner des tableaux d'une grande beauté, de même que la sobriété et l'efficacité de la trame sonore.

    Un début de saison qui devrait réjouir les abonnés du Trident, rallier les nostalgiques des classiques et réaffirmer l'intemporalité du mythe de Dom Juan.

    ***

    Collaboratrice du Devoir














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