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    Théâtre - Demain, c'est aujourd'hui

    16 septembre 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Vertiges
      Texte collectif. Mise en scène: Olivier Lépine.
      Production: TectoniK_. En codiffusion avec le Théâtre Périscope, au Théâtre Périscope jusqu'au 2 octobre 2010.
    Vertiges ne prétend pas refaire le monde, abattre les préjugés, réinventer la roue de cet immense chariot qu'est la vie, dompter ce lourd cheval de trait qu'est l'appareil gouvernemental, procéder au déminage de cette société, bras croisés, stationné devant son écran de télé, avalant le discours ambiant et expectorant le cynisme.

    Vertiges est le fruit de 22 têtes, coeurs, pensées, visions, rêves, doutes et craintes. De 22 nécessités de dire «je» et d'oser le «nous». Dire «je» est autre que ce que vous croyez qu'il est: sans culture, sans idéaux, sans voix, sans intérêt pour le passé, pour le pays, pour l'avenir, pour... l'Autre. Sans désir de continuité, sans conscience de l'humanité, sans engagement, occupé à se démousser le nombril.

    Dans Vertiges, la parole se fait fil de trame et ce sont les corps, dans un rythme précis et des mouvements réglés, qui assurent l'enchaînement des tableaux. Le plateau aqua (ô joie!), ses trappes, ses chaises, réinventent les possibles: lieux publics, symboliques, intimes, parlement, musée, territoires de guerre, discos, descentes en traîneau, terre en vue. L'ensemble est orchestré par Olivier Lépine qui, d'une mise en scène à l'autre, laisse une signature discrète mais palpable: l'incontournable affirmation des corps, regroupés, détachés, salis, leur chute, le toucher, le recours aux choeurs, aux voix occultées fracturant le noir. Le travail sonore est soigné, la voix chantée, un cadeau, et les éclairages morcelés, fuyants, inquisiteurs parfois, sont réussis.

    Certaines scènes sont d'une indéniable poésie: corps recouverts de cendre, tombant, rampant, formant un amas d'humains, de chaises, de barreaux. Les textes en empruntent le ton sans justifier ou moraliser — ce qui tuerait la poésie. La scène du parlement surpasse largement les Parlementeries des humoristes et les parlementaires qui les inspirent. Celle du «franglais»: «I have a forest dans mon ventre», troublante et d'une beauté qu'on garde en soi.

    Deux phrases du Refus global semblent avoir balisé l'esprit de ce spectacle: «Les frontières de nos rêves ne sont plus les mêmes» et «Des vertiges nous prennent à la tombée des oripeaux d'horizons naguère surchargés». Sauf qu'ici, le «naguère» est encore là, surchargé, et qu'il nous faut comprendre, comme le dit une des 22 voix: qu'hier, j'ai compris que demain c'est aujourd'hui. Malgré une finale prévisible, ils sont 22 à dire «je m'engage à créer comme on fait l'amour, avec désir, passion et foi en l'humanité».

    ***

    Collaboratrice du Devoir














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