«Le Goldoni de Venise est un humaniste, en fait»
Le Théâtre de l'Opsis veut faire découvrir aux Québécois les auteurs italiens
Photo : OSA 2008 Cirque du Soleil
Serge Denoncourt est l’un des fondateurs du Théâtre de l’Opsis. Pour amorcer le cycle italien, il s’attaque à Il Campiello, une pièce qui fut, il y a près de 20 ans, l’un des plus grands succès de l’Opsis.
À retenir
-
Il Campiello
- À la 5e Salle de la Place des Arts
- Du 5 au 30 octobre 2010
Le Théâtre de l'Opsis amorcera un cycle italien le 5 octobre prochain. Pour démarrer, Serge Denoncourt, qui travaille et possède une maison en Italie, revisite pour l'occasion Il Campiello, de Goldoni. Rencontre avec un amoureux de cette contrée méditerranéenne qui tente de restituer le propos «sale» et toujours d'actualité du dramaturge emblématique.
Serge Denoncourt s'arrête un instant dans la conversation. Il demeure pensif quelques secondes et hésite avant de se prononcer. «C'est tellement quétaine ce que je vais dire, prévient-il. Ce n'est pas moi qui ai choisi l'Italie, mais c'est l'Italie qui m'a choisi.» Il y a de ça quelques décennies, il a amorcé, «à reculons», un voyage dans ce pays pour faire plaisir à un copain. «J'ai eu un gros coup de coeur pour la Toscane. C'est comme si j'étais né là. Mes amis italiens me disent: "Tu es plus italien que nous".»
Depuis, la passion ne s'est jamais estompée. Il s'est acheté une maison en Italie et y a travaillé pour différents spectacles de variétés, dont ceux de l'hyperactif Arturo Brachetti. Au Québec, il chérissait depuis longtemps la création d'un cycle italien avec le Théâtre de l'Opsis, dont il est l'un des fondateurs. Après le cycle américain, le pays sera enfin à l'honneur pour une série de spectacles. Pour bien amorcer cette démarche, Serge Denoncourt s'attaque de nouveau à une pièce qui fut, il y a près de 20 ans, l'un des plus grands succès de l'Opsis: Il Campiello. «C'est comme si on fêtait un peu notre âge adulte à l'Opsis, en [la] reprenant.» Une occasion aussi de revisiter Carlo Goldoni, dont la dramaturgie a été galvaudée au fil du temps, selon le metteur en scène.
«On en monte beaucoup, des Goldoni. C'est toujours assez mignon, des beaux costumes, une jolie comédie, et moi, je ne suis pas d'accord avec ça. Mais pas du tout, du tout, du tout. Comme je peux le lire en italien — mais je peux aussi le lire un peu en vénitien — c'est beaucoup plus sale que ce qu'on lit [en français] et que ce qu'on en fait», assure Serge Denoncourt.
«Goldoni, ce n'était justement pas le Molière italien qu'on prétend, poursuit-il. D'une certaine façon, c'est comme si Goldoni avait été à Venise ce que Michel Tremblay est pour nous. Il a parlé avec la vraie langue du monde de la rue. Et ça, on ne s'en rend pas compte [aujourd'hui]». Sans oublier les nombreuses «blagues de cul» et autres «blagues à double sens» généralement évacuées. Lui, qui a retravaillé la traduction pour le spectacle à venir, donne l'exemple d'un personnage féminin qui déclarait, dans une version française de la pièce: «Ou vous venez à la maison, ou vous ne venez plus à la maison.»
«J'ai commencé à chercher un peu, [pour découvrir que] ce n'est pas ce qu'elle lui dit, explique le metteur en scène. Elle lui dit: "Monsieur, ou dedans, ou dehors!".» Serge Denoncourt prend donc bien soin de réhabiliter les allusions salaces, très présentes dans «la première période» de l'auteur, qui l'intéresse davantage que le reste de ses écrits.
Une société décadente
«Le Goldoni de Venise, c'est un humaniste, en fait», précise-t-il. Dans cette partie de l'immense oeuvre goldonienne, le metteur en scène y décèle aussi la description d'un monde qui se rapproche de notre civilisation contemporaine. «C'est une société complètement en décadence. Presque tout ce qui est dit est applicable à nous», dit M. Denoncourt, visiblement interpellé. «À l'époque de Goldoni, Venise était en train de mourir, dit-il, replaçant les dialogues dans leur contexte. C'était une société du loisir. On pense qu'on a inventé ça, mais c'était une ville de plaisir, de sexe, de casino [...]. Et, pendant que tout ça se passait là, le monde était en ébullition et les Vénitiens faisaient comme si ça n'existait pas. Pas besoin de faire un gros rapport avec nous, avec les Américains. Le monde est en train de s'écrouler présentement et on fait comme si ça n'existait pas.»
Il signale, entre autres, la présence d'un personnage, dans Il Campiello, qui clame constamment: «Ce n'est pas grave. C'est le carnaval! On passe par dessus. On fête.»
«Combien de temps tu peux "toffer" comme ça en te disant que ce n'est pas grave, que c'est le carnaval? C'est un peu la question que je pose», commente Serge Denoncourt.
«Prendre le train dès le départ»
Bien que cela puisse paraître paradoxal, que le spectacle commence! Ou plutôt, que le cycle commence! «C'est Il Campiello qui ouvre, mais j'encourage toujours les gens à prendre le train du cycle dès le départ. Parce que là, pendant trois ans, on va tourner autour de la question italienne.» Plusieurs siècles seront couverts. Serge Denoncourt se concentrera sur les classiques, prévoyant concrétiser plus tard la mise en scène d'une autre pièce de Goldoni qui, à son avis, s'apparente à du Tchekhov. Des auteurs qui émergent actuellement seront aussi à l'honneur. De l'aveu de Serge Denoncourt et Luce Pelletier, directrice artistique du Théâtre de l'Opsis, la dramaturgie italienne survit difficilement. La droite berlusconienne au pouvoir encourage peu cet art. Malgré tout, certains talents persistent à y pousser.
«Ce sont des auteurs qui sont très peu montés en Italie, explique Serge Denoncourt à propos des textes qui seront adaptés durant le cycle. Nous, on va essayer de les faire découvrir au Québec [...]. Avant que les Italiens ne les aient joués, on va en jouer, nous, ici. On espère qu'il y a un échange qui va se faire avec l'Italie.»
Luce Pelletier y a découvert un univers poétique inhabituel, truffé de non-dits et d'introspection, qui nous transportera très loin du réalisme que nous avait présenté l'Opsis avec le cycle américain.
«Le Théâtre de l'Opsis va devenir un bel endroit de rendez-vous, prévoit Serge Denoncourt. J'espère qu'on va y voir aussi des gens de la communauté italienne, que les discussions vont s'ouvrir parce que ce n'est [...] pas que la vision que nous on a des Italiens, mais aussi [...] la vision que les Italiens ont eux-mêmes de l'Italie. Et c'est intéressant parce que, encore aujourd'hui, ici, on a encore une version un peu folklorique des Italiens», note Serge Denoncourt, qui admet tout de même apprécier les éléments de la culture italienne qui sont devenus des clichés.
Serge Denoncourt s'arrête un instant dans la conversation. Il demeure pensif quelques secondes et hésite avant de se prononcer. «C'est tellement quétaine ce que je vais dire, prévient-il. Ce n'est pas moi qui ai choisi l'Italie, mais c'est l'Italie qui m'a choisi.» Il y a de ça quelques décennies, il a amorcé, «à reculons», un voyage dans ce pays pour faire plaisir à un copain. «J'ai eu un gros coup de coeur pour la Toscane. C'est comme si j'étais né là. Mes amis italiens me disent: "Tu es plus italien que nous".»
Depuis, la passion ne s'est jamais estompée. Il s'est acheté une maison en Italie et y a travaillé pour différents spectacles de variétés, dont ceux de l'hyperactif Arturo Brachetti. Au Québec, il chérissait depuis longtemps la création d'un cycle italien avec le Théâtre de l'Opsis, dont il est l'un des fondateurs. Après le cycle américain, le pays sera enfin à l'honneur pour une série de spectacles. Pour bien amorcer cette démarche, Serge Denoncourt s'attaque de nouveau à une pièce qui fut, il y a près de 20 ans, l'un des plus grands succès de l'Opsis: Il Campiello. «C'est comme si on fêtait un peu notre âge adulte à l'Opsis, en [la] reprenant.» Une occasion aussi de revisiter Carlo Goldoni, dont la dramaturgie a été galvaudée au fil du temps, selon le metteur en scène.
«On en monte beaucoup, des Goldoni. C'est toujours assez mignon, des beaux costumes, une jolie comédie, et moi, je ne suis pas d'accord avec ça. Mais pas du tout, du tout, du tout. Comme je peux le lire en italien — mais je peux aussi le lire un peu en vénitien — c'est beaucoup plus sale que ce qu'on lit [en français] et que ce qu'on en fait», assure Serge Denoncourt.
«Goldoni, ce n'était justement pas le Molière italien qu'on prétend, poursuit-il. D'une certaine façon, c'est comme si Goldoni avait été à Venise ce que Michel Tremblay est pour nous. Il a parlé avec la vraie langue du monde de la rue. Et ça, on ne s'en rend pas compte [aujourd'hui]». Sans oublier les nombreuses «blagues de cul» et autres «blagues à double sens» généralement évacuées. Lui, qui a retravaillé la traduction pour le spectacle à venir, donne l'exemple d'un personnage féminin qui déclarait, dans une version française de la pièce: «Ou vous venez à la maison, ou vous ne venez plus à la maison.»
«J'ai commencé à chercher un peu, [pour découvrir que] ce n'est pas ce qu'elle lui dit, explique le metteur en scène. Elle lui dit: "Monsieur, ou dedans, ou dehors!".» Serge Denoncourt prend donc bien soin de réhabiliter les allusions salaces, très présentes dans «la première période» de l'auteur, qui l'intéresse davantage que le reste de ses écrits.
Une société décadente
«Le Goldoni de Venise, c'est un humaniste, en fait», précise-t-il. Dans cette partie de l'immense oeuvre goldonienne, le metteur en scène y décèle aussi la description d'un monde qui se rapproche de notre civilisation contemporaine. «C'est une société complètement en décadence. Presque tout ce qui est dit est applicable à nous», dit M. Denoncourt, visiblement interpellé. «À l'époque de Goldoni, Venise était en train de mourir, dit-il, replaçant les dialogues dans leur contexte. C'était une société du loisir. On pense qu'on a inventé ça, mais c'était une ville de plaisir, de sexe, de casino [...]. Et, pendant que tout ça se passait là, le monde était en ébullition et les Vénitiens faisaient comme si ça n'existait pas. Pas besoin de faire un gros rapport avec nous, avec les Américains. Le monde est en train de s'écrouler présentement et on fait comme si ça n'existait pas.»
Il signale, entre autres, la présence d'un personnage, dans Il Campiello, qui clame constamment: «Ce n'est pas grave. C'est le carnaval! On passe par dessus. On fête.»
«Combien de temps tu peux "toffer" comme ça en te disant que ce n'est pas grave, que c'est le carnaval? C'est un peu la question que je pose», commente Serge Denoncourt.
«Prendre le train dès le départ»
Bien que cela puisse paraître paradoxal, que le spectacle commence! Ou plutôt, que le cycle commence! «C'est Il Campiello qui ouvre, mais j'encourage toujours les gens à prendre le train du cycle dès le départ. Parce que là, pendant trois ans, on va tourner autour de la question italienne.» Plusieurs siècles seront couverts. Serge Denoncourt se concentrera sur les classiques, prévoyant concrétiser plus tard la mise en scène d'une autre pièce de Goldoni qui, à son avis, s'apparente à du Tchekhov. Des auteurs qui émergent actuellement seront aussi à l'honneur. De l'aveu de Serge Denoncourt et Luce Pelletier, directrice artistique du Théâtre de l'Opsis, la dramaturgie italienne survit difficilement. La droite berlusconienne au pouvoir encourage peu cet art. Malgré tout, certains talents persistent à y pousser.
«Ce sont des auteurs qui sont très peu montés en Italie, explique Serge Denoncourt à propos des textes qui seront adaptés durant le cycle. Nous, on va essayer de les faire découvrir au Québec [...]. Avant que les Italiens ne les aient joués, on va en jouer, nous, ici. On espère qu'il y a un échange qui va se faire avec l'Italie.»
Luce Pelletier y a découvert un univers poétique inhabituel, truffé de non-dits et d'introspection, qui nous transportera très loin du réalisme que nous avait présenté l'Opsis avec le cycle américain.
«Le Théâtre de l'Opsis va devenir un bel endroit de rendez-vous, prévoit Serge Denoncourt. J'espère qu'on va y voir aussi des gens de la communauté italienne, que les discussions vont s'ouvrir parce que ce n'est [...] pas que la vision que nous on a des Italiens, mais aussi [...] la vision que les Italiens ont eux-mêmes de l'Italie. Et c'est intéressant parce que, encore aujourd'hui, ici, on a encore une version un peu folklorique des Italiens», note Serge Denoncourt, qui admet tout de même apprécier les éléments de la culture italienne qui sont devenus des clichés.
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