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    Théâtre - Veille qui veille

    12 juin 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Elephant Wake
    • Texte et interprétation: Joey Tremblay. Mise en scène et scénographie: Bretta Gerecke. Salle Multi de Méduse les 10 et 11 juin.
    Elephant Wake, c'est l'histoire du dernier habitant de Sainte-Vierge, nom fictif d'un village francophone de la Saskatchewan. L'histoire de Jean-Claude, 70 ans, qui se fait le gardien de l'esprit des morts, le dernier rempart d'une langue maternelle effritée et le dépositaire d'un héritage culturel qui s'estompe au fur et à mesure que disparaissent ceux qui le portent.

    Le personnage créé et interprété par Joey Tremblay est un heureux croisement entre le Babine de Fred Pellerin et le tendre éléphant de Dr. Seuss qui, assis sur un oeuf qu'il couve, répète sans arrêt: «J'ai donné ma parole et ma parole est donnée.» Cette parole, Tremblay, un merveilleux porteur d'humanité, la livre dans les deux langues, et il le fait avec un naturel désarmant qui déstabilise et ravit.

    Rares sont les expériences théâtrales où le français, l'anglais, le franglais s'interpénètrent et vont au-delà d'un premier niveau d'illustration des enjeux politiques liés à la délicate question de la langue. Avec Elephant Wake, Tremblay va bien au-delà des affrontements langagiers. Il soulève les trésors de l'enfance et ses écueils, l'enfermement religieux et son salut, la nostalgie de ce qui était et l'espoir de voir ce qui pourrait encore être. Son personnage ranime l'histoire du village, de ses institutions, prête vie à ceux qui l'ont vu grandir et, à l'instar des éléphants qui ont le sens du sacré et du deuil, remue et veille sur les os des siens.

    Son Jean-Claude évolue dans un espace de jeu qui rappelle celui de l'enfant Jésus: un tas de paille dans une étable désaffectée, peuplée de reliques et de personnages de papier mâché. Le texte, l'interprétation, la direction se déploient et se déposent suivant ce rituel: par déchirures, par languettes, par petites couches superposées, liées ensemble avec cette colle de cuisine: l'eau et la farine. Dans ce jeu de mémoire fragmentée, dans ce théâtre de la complicité, l'eau et la farine sont, dans Elephant Wake, le talent de l'acteur et sa capacité à lier le tragique au comique, le banal à l'inestimable, l'histoire d'une collectivité à celle d'un presque oublié.

    Tout dans cette production, qu'il s'agisse des petites lucioles du début, de l'usage de la lampe de poche ou de ces bouts de chants en latin — langue morte — tout, vraiment tout, est riche de sens. L'Alberta a son pétrole, la Saskatchewan et le théâtre ont Joey.

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    Elephant Wake
    Texte et interprétation: Joey Tremblay. Mise en scène et scénographie: Bretta Gerecke. Salle Multi de Méduse les 10 et 11 juin.

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    Collaboratrice du Devoir












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