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    Carrefour international de théâtre - La peau de l'image

    8 juin 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Yukie
    • Conception, texte et mise en scène: Daniel Danis. Avec Alexandrine Warren, Anabelle Lebrun, Ann-Sophie Archer, Eliot Laprie, Frédérick Bouffard, Klervi Thienpont et Sophie Thibeault.
    • Production Daniel Danis, arts/sciences. À la Caserne Dalhousie du 3 au 6 juin.
    Dramaturge célébré, Daniel Danis a entamé, depuis quelques années, une exploration scénique qui allie technologie, son, parole et images, où il transpose l'acte d'écrire devant public et fait de l'espace scénique une immense page d'écriture.

    Ce premier de trois volets raconte l'histoire de Yukie, une petite Moïse sauvée des eaux par des insulaires sans descendance qui, au cours de ses mois d'âge, de ses lunes, de sa quête identitaire, passera de l'enfant en péril à celle qui mettra toute la demeure à feu et à sang.

    Yukie - l'île aux coeurs malformés, présentée dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec, a le même sang d'encre et la même force évocatrice que ceux auxquels Danis nous a habitués. La traversée multimédia à laquelle il nous convie a le ton de la fable, s'inspire du théâtre d'ombres et de l'art du conte, emprunte aux anciens rituels théâtraux, à la tradition orientale, à la tragédie, effleure la voix chamanique et transpose le tout dans un espace virtuel. Éclairages, projections et son métissent les frontières, les saisons, fouillent les corps, les enveloppent, multiplient et texturent leurs ombres. Les visages des insulaires allient piercing et tatouages de type maori, et leurs costumes se font un rappel de nordicité et de sobriété paysanne.

    Daniel Danis devient ici le tisserand d'une immense toile allégorique où les sens et les images s'enchaînent. Une tapisserie complexe où souffrance et imaginaire, ombre et lumière, Occident et Orient, bien et mal s'affrontent et se confondent. Où les niveaux de langage se superposent. Où les clins d'oeil aux Ferron, Riopelle, aux oies et au bestiaire de l'inconscient se font origami et sagamité de l'esprit créateur.

    Danis a une langue de cendre, de cailloux, tribale, animale, sauvage et déchirée qui, lorsqu'elle passe du papier au ventre des acteurs, a le don de remuer les os, de traverser les chairs et de faire surgir, en soi, «l'humaine nature» dans ce qu'elle a de plus profond: la peau. Dans ce Yukie, l'écran et l'espace scénique tiennent lieu de peau, et les acteurs sont, malgré un travail remarquable, des éléments d'écriture, des ombres parmi les ombres, des palimpsestes narratifs. Le transfert sur chair ne passe plus par les acteurs, et ceux d'entre nous qui vibrent à la présence dans l'acte théâtral se retrouvent l'oeil et l'oreille comblés, mais dans l'engourdissement, l'état de mi-éveil qui s'installe quand l'humaine présence se retrouve en filigrane, image de l'intime à distance.

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    Yukie
    Conception, texte et mise en scène: Daniel Danis. Avec Alexandrine Warren, Anabelle Lebrun, Ann-Sophie Archer, Eliot Laprie, Frédérick Bouffard, Klervi Thienpont et Sophie Thibeault.
    Production Daniel Danis, arts/sciences. À la Caserne Dalhousie du 3 au 6 juin.

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    Collaboratrice du Devoir












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