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    Théâtre - Le dernier étage du poème

    3 juin 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    La Montagne rouge (SANG)

    • Texte: Steve Gagnon.
    • Mise en scène: Frédéric Dubois.
    • Avec Steve Gagnon, Claudiane Ruelland.
    • Coproduction du Théâtre des Fonds de tiroirs et du Carrefour international de théâtre.
    • Présenté au studio d'essai de Méduse, à Québec, jusqu'au 5 juin.
    Certains évoquent la foi qui déplace les montagnes, on dira de La Montagne rouge (SANG) qu'elle procède de cette rencontre, rarement réussie, mais lumineuse quand elle a lieu: celle du poétique et du dramatique. Celle qui fait de la scène le théâtre de l'intime et de l'insondable. Celle qui s'insinue sous la peau quand la mise en scène, la lumière, l'interprétation, l'image et le son reprennent, ensemble, la voie du rituel et du sacré.

    On dira de la langue de Steve Gagnon qu'elle génère ce souffle vrai qui balaie tout ce qui serait de l'ordre de l'artifice pour éclater dans nos faces «d'oiseaux surpris». On dira de cette mise en scène de Frédéric Dubois qu'elle s'inscrit dans la beauté du travail à mains nues, du corps à corps, du dépouillement, de cette vulnérabilité de l'acteur qui redonne à l'humain sa présence au monde.

    Le sang évoqué de La Montagne rouge, c'est celui de l'amoureux suicidé (Steve Gagnon), celui de l'amoureuse (Claudiane Ruelland) laissée derrière avec ses déchirures, sa culpabilité, sa rage et son propre sang menstruel qui ne coule plus parce qu'il «s'ennuie de l'autre». C'est le sang qui tourne à vide quand le coeur n'a plus ses remparts, que le corps se fait ville assiégée ou pays traversé en son centre «par une frontière de barbelés». C'est le sang d'encre du texte qui coule dans l'interprétation qu'offre Ruelland de cette amoureuse dépossédée. Une interprétation escarpée, retenue, entre abandon et dévastation qui ne s'écarte jamais de la justesse du ton, de la vérité du jeu et qui atteint des sommets de troubles palpables. Un jeu soutenu par Gagnon avec finesse, mesure et sensibilité qui, dans les corps à corps, relève de la chorégraphie amoureuse ou guerrière autant que de l'instant de rupture où le personnage se détache et s'éloigne tels une branche cassée ou «un chien qui ne jappe plus».

    Premier volet d'un triptyque, La Montagne rouge (SANG) confirme la voix dramaturgique de Gagnon, une collaboration prometteuse avec Frédéric Dubois et l'instinct matriciel de Marie Gignac, directrice artistique du Carrefour international de théâtre.

    Le poète Normand De Bellefeuille dit du coeur qu'il est le dernier étage du poème, La Montagne rouge loge à cet étage.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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