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Théâtre - Au coeur de l'essentiel

Michel Bélair   20 avril 2010  Théâtre
C'est peut-être plus évident quand on est un peu tombé dedans dès le plus jeune âge, mais on ne va jamais tout à fait «gratuitement» au théâtre. On y attend, on y cherche, on y traque toujours quelque chose d'un peu spécial. Quelque chose d'essentiel, qui dépasse le simple divertissement. Quelque chose de presque vital, oui.

Qu'est-ce que c'est? Des vrais mots, des vraies histoires. Des morceaux de vie vécus en chair et en os devant nous, en peau même, par des personnages qui nous ressemblent et qui nous touchent. Des moments de crise, d'intensité, de vérité qui permettent ensuite de vivre un peu mieux avec soi-même et tout ce qui nous entoure, parfois même de se regonfler à bloc... Le théâtre est un outil précieux pour saisir le monde. Il n'y en a pas beaucoup d'aussi efficaces, vous l'aurez peut-être remarqué.

Mais il arrive aussi que lesdits «moments d'intensité» soient plus fréquents à certaines périodes qu'à d'autres. Comme depuis un mois, par exemple, ce qui n'est pas du tout négligeable avant de sauter à pieds joints dans la saison des festivals. À peine sorti de la délectation de plonger, trois soirs d'affilée pendant trois heures, dans le Lipsynch de Robert Lepage, je suis passé à une Pascale Bussières éblouissante dans Huis Clos, une des grandes productions du TNM depuis longtemps, avant de savourer la majorité des 22 ou 23 spectacles que j'ai vus en 12 jours, à Reims, au festival Méli'môme... Et revenu ici, voilà que je re-tombe la semaine dernière sur Douleur exquise que Brigitte Haentjens a adaptée d'une histoire de Sophie Calle et dans laquelle Anne-Marie Cadieux se révèle absolument bouleversante. Ouf.

Créée au FTA l'an dernier, Douleur exquise y avait été présentée dans la toute nouvelle salle du Conservatoire baptisée «le Théâtre Rouge»; au nouveau Quat'Sous, la pièce s'insère dans un cadre plus intime qui lui convient beaucoup mieux. On est maintenant chez cette femme interprétée par Anne-Marie Cadieux, avec elle, à côté d'elle lorsqu'elle se met à raconter que l'homme qu'elle aime l'a quittée deux jours avant...

La rupture n'a rien de banal. Sur la scène, un fauteuil rouge et la comédienne. C'est tout. Que l'essentiel. Elle est dévastée... comme nous l'avons tous été (ou le serons) au moins une fois à la suite d'une rupture. Pour appuyer davantage l'inclusion personnelle de chaque spectateur dans la trame du récit, quatre comédiens sans aucun lien avec l'héroïne viendront témoigner d'événements difficiles à vivre: suicide, accident, absence, départ... On demandera même la participation de la salle à certains moments.

Elle souffre donc, visiblement. Et elle va passer par toute la gamme des sentiments: peine, haine, mépris, déni, refus, angoisse, rejet, etc. Pendant plus de trois mois, presque jour après jour, on va l'entendre répéter la même histoire de cent façons différentes. On va la voir vivre, mal, avec sa souffrance et enfoncer le clou sans cesse dans la plaie, ridicule, pathétique, désespérée, touchante, déchirante... C'est l'essence même, le coeur de la douleur que la comédienne et la metteure en scène nous montrent ici. L'inévitable cul-de-sac de la douleur. Cru.

Quand le théâtre que l'on fait ici — ou n'importe ou ailleurs! — atteint à un tel niveau, on ne peut que se réjouir en remerciant le Grand Tout de faire le plus beau métier du monde...

Un mois de plus...

La semaine dernière, on vous disait ici même de vous hâter pour profiter de la résidence de création offerte par la Maison Théâtre à une compagnie sous le «nom de code» Chambre d'ami. Eh bien, que les intéressés continuent à se hâter... en sachant que la date limite d'inscription est fixée au 14 mai et non au 14 avril, comme on vous le disait erronément.

En quoi consiste cette résidence? C'est avant tout une mesure concrète d'accompagnement de la relève en théâtre jeune public. La Maison Théâtre offre ainsi à une compagnie l'occasion d'être accompagnée par une de ses compagnies-membres; les artistes dont le projet aura été choisi pourront aussi profiter des installations de la Maison et de son personnel.

Le concours est réservé à des professionnels de la relève artistique ou à des gens qui en sont à leurs premières rencontres avec les jeunes spectateurs. C'est le comité artistique de la Maison Théâtre qui évaluera les projets soumis et qui déterminera le choix de la compagnie accompagnatrice. Comme on peut le lire sur le site, «la résidence inclura une rencontre de démarrage en vue de définir les besoins et les étapes de la résidence de création; l'accompagnement de la compagnie membre et de l'équipe de la Maison Théâtre lors des différentes étapes de la résidence; la disponibilité de la salle de spectacle, de son matériel technique ainsi que le soutien du coordonnateur technique à deux reprises au cours de la saison (janvier et juin)».

On peut donc se renseigner un peu moins vite à la Maison Théâtre ou télécharger directement le formulaire d'inscription au www.maisontheatre.com/fr/residence.html

***

En vrac

Soulignons en terminant que l'École supérieure de théâtre de l'UQAM présente Les Pas perdus de Denise Bonal dans la mise en scène de Bernard Meney. Cet atelier public des étudiants de première année aura lieu les 21 et 22 avril, à 20h au Studio d'essai Claude-Gauvreau du Pavillon Judith-Jasmin. Les billets sont en vente à la billetterie de l'UQAM, au coût de 5 $. On peut réserver au 514 987-3456.
 
 
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