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Théâtre - Ridicule

Luc Boulanger   9 avril 2010  Théâtre

À retenir

    Trans(e)

    • De et mise en scène par Christian Lapointe.

    • À la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d'Aujourd'hui jusqu'au 10 avril.

    • À Premier Acte, à Québec, du 20 avril au 1er mai.
Le ridicule ne tue pas. La prétention, non plus. Surtout au théâtre. Prenez «l'auteur, metteur en scène, acteur, musicien, concepteur et directeur artistique» (alouette!) du Théâtre Péril, à Québec. Un dénommé Christian Lapointe. Un artiste prisé de ses pairs (entre autres par Brigitte Haentjens et Marie-Thérèse Fortin), l'un des lauréats, en février, du prix John-Hirsch du Conseil des arts du Canada.

Lapointe dit créer un théâtre de résistance, en marge, non consensuel, pour «mettre le feu à l'esthétique» de ceux qui l'ont précédé. Qu'un jeune artiste de 30 ans désire «arracher la tête de ses parents», aucun problème avec ça. Toutefois, il devrait avoir l'humilité (la lucidité?) de reconnaître qu'il n'est ni le premier ni le dernier à faire ainsi.

Sa dernière création, Trans(e) ressemble à un mauvais spectacle du Living Theatre dans les années 1960. Sans les drogues, le contexte, ni le talent.

Le sujet en est le transsexualisme. Non pour évoquer la réalité des transgenres. Ce serait trop simple... Lapointe veut plutôt parler des «enjeux de l'humanité au XXIe siècle», dont celui de «la disparition de la collectivité humaine». Ou encore, comme écrit l'auteur dans un beau livre publié pour les dix ans de sa compagnie (offert gratuitement grâce à la générosité des subventionnaires!), «du nous en perdition, du nous en dislocation»!

Revenons à la pièce présentée cette semaine à la salle Jean-Claude Germain.

Un spectacle de 50 minutes durant lequel Lapointe et sa complice (Maryse Lapierre) manipuleront une poupée gonflable; réciteront nus et immobiles un texte incompréhensible (tenant davantage du délire verbal de l'écriture automatiste que du travail d'un dramaturge); abuseront des effets sonores et visuels bidon (soulignons le retour de la fumée sèche et du stroboscope). En résumé, c'est 50 minutes de n'importe quoi, n'importe comment!

D'abord, l'acteur joue mal. Il peine à projeter dans une salle de 60 places, et sa diction oscille entre joual et français normatif. (Maryse Lapierre est plus juste dans sa livraison.) Ensuite, comme dans Shopping and F***ing à l'été 2006 au National, sa mise en scène confond provocation facile et théâtre symbolique. Finalement, Trans(e) dégage un parfum spectaculaire suranné, alors que son auteur... veut en finir avec la société de spectacle et le divertissement.

***

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  • line leroux - Inscrit
    9 avril 2010 07 h 46
    'Living' theatre
    Le Living est un théâtre animé par une envie folle de nourrir un espoir de vie.
    La pièce Trans(e) est une aventure qui dépeint le glauque de notre époque.
    Ces deux là non absolument rien à voir.

    La nudité que j'ai pu voir et témoigné dans Trans(e) n'a rien à voir avec celle des années 60 et 70.
    Elle m'est tout au long apparue comme s'opposant à toute forme de démonstration pornographique du corps.

    Étant moi-même en processus de changement de sexe je dois dire qu'en effet la pièce utilise ce sujet comme un prétexte pour nous parler de notre époque contemporaine. Et j'ai trouvé qu'elle y parvient admirablement.

    Elle parvient aussi à toucher un autre sujet : le mal-être. Le taux de suicide chez les gens qui change de sexe est très élevé.
    On peut témoigner de ce phénomène dans la pièce de M. Lapointe.

    De plus, j'ai été surpris d'entendre un texte d'une beauté inouïe dont le poétique vient adoucir la violence du spectacle. Violence qui n'est pas spectaculaire et qui ne peut pas nous laisser insensible.

    Il m'a semblé d'ailleurs que l'artiste ne confond pas symbolisme et provocation.
    Au contraire, il utilise le symbolisme pour présenter le non-représentable.

    De plus, il ne m'a semblé que la seule chose qui soit provocante dans Trans(e) soit notre désarroi face à notre propre incapacité à écouter un texte touffu et poétique.

    Les procédés qui sont déployés les uns après les autres sont véritablement utilisés minutieusement et de façon étudier et en toute cohérence jouant admirablement avec les codes de la représentation.

    Ce théâtre a plus à voir avec la réalité que la fiction et c'est ce que j'ai cru voir dans le magnifique abandon de Lapointe à son 'non-jeu'.

    Monsieur Boulanger semble tout confondre et a véritablement été bousculé par cette pièce qui en effet, ne laissera personne indifférent.

    Mais, il faut le dire, 50 minutes d'écoute active est, dans se cadre, le maximum que l'on puisse donner.
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  • boubou - Abonné
    9 avril 2010 18 h 57
    Porno ?
    Merci pour vos commentaires.
    Lapointe cherche tout... sauf le consensus.
    Nos réactions aux antipodes lui donnent peut-être raison ?

    Un point:
    La nudité des happenings du Living Theatre des années 60 -70 n'était pas "une démonstration pornographique du corps" !
    Allez voir les vidéos de "Paradise Now " On est loin de la porno...

    Luc Boulanger
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