jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 00h38
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

L'humanité prise dans le mauvais corps

Christian Lapointe cherche dans la figure du transsexuel le symbole d'un monde en perte de repères

Alexandre Cadieux   3 avril 2010  Théâtre
Christian Lapointe fait preuve d’une intransigeance qu’il fait bon de voir se manifester dans le milieu théâtral.
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Christian Lapointe fait preuve d’une intransigeance qu’il fait bon de voir se manifester dans le milieu théâtral.

À retenir

    • Trans(e)
    • Texte et mise en scène: Christian Lapointe. Une production du Théâtre Péril présentée à la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d'Aujourd'hui du 6 au 10 avril.
Avoir trente ans, c'est souvent le moment où les idéaux de jeunesse laissent leur place aux options sécuritaires dictées par cette sagesse qui viendrait, dit-on, avec l'âge. Pour Christian Lapointe, l'heure des bilans arrive; Limbes, sa dernière création présentée en janvier au théâtre La Chapelle, constituait la synthèse de dix années de création au sein du Théâtre Péril, qu'il a fondé et dont il est le directeur artistique.

Il prend bientôt une pause d'un an pour réfléchir. Le bougre n'a pas peur de s'assagir et de rentrer dans le rang; au contraire, il craint de rester prisonnier de son propre style et de sombrer dans la formule.

«Après avoir fait Limbes, j'ai voulu appliquer à mon propre travail la politique de la terre brûlée, c'est-à-dire faire table rase pour éventuellement recommencer sur de nouvelles bases» explique le metteur en scène, dramaturge et comédien originaire de Québec. Les répétitions de Trans(e), à l'affiche de la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d'Aujourd'hui du 6 au 10 avril, le plongent dans un état jusqu'alors inconnu pour lui. «J'avoue ne plus trop savoir qui je suis artistiquement, c'est assez vertigineux et terrifiant, mais libérateur en même temps.»

Depuis 2000, il a créé ses spectacles à partir de textes de son cru (C.H.S. en 2006, Anky ou la fuite / opéra du désordre en 2008), mais aussi des oeuvres d'auteurs symbolistes du XIXe siècle comme Yeats (Le Seuil du palais du roi, Limbes) ou encore Villiers de l'Isle-Adam (Axël). Il s'est également attaqué à Claude Gauvreau (Faisceau d'épingles de verre), à l'écrivain Mathieu Arsenault (Vu d'ici) ainsi qu'à des dramaturges européens contemporains comme Mark Ravenhill (Shopping and F***ing) et Fausto Paravidino (Nature morte dans un fossé).

L'humanité prise dans le mauvais corps

«Pour moi, la figure du transsexuel symbolise toute l'humanité dans une seule et même personne et brise la division binaire de l'humain mâle ou femelle que l'on construit depuis des millénaires», raconte celui qui n'a pas voulu aborder le sujet sous un angle sociologique ou psychologique, bien que ces dimensions puissent surgir dans les différentes couches de sens du texte. Il a voulu faire de ce monologue à deux voix, que Lapointe jouera sur scène avec la comédienne Maryse Lapierre, une parabole de cette humanité «prise dans le mauvais corps et qui ne sait plus où elle en est ni vers qui ou quoi se tourner».

L'artiste, qui reconnaît avoir développé des langages scéniques dont certains éléments ont pu resurgir d'un spectacle à l'autre, précise qu'il ne tente jamais de plaquer une esthétique sur les textes: c'est le contenu qui conditionne la forme. Il agit de même avec ses propres créations, écrites sans souci de distribution ou de représentabilité. «J'adopte l'attitude du sculpteur qui tâche de révéler l'objet déjà contenu dans la matière», explique-t-il. Dans Trans(e), Lapointe signe lui-même toutes les conceptions sonores et visuelles, comme il l'avait fait pour Anky. Ce nouveau spectacle n'aura pas la sophistication esthétique de son prédécesseur, présenté notamment dans la même salle Jean-Claude Germain en 2009. Donnerait-il aujourd'hui dans le théâtre pauvre? «Je dirais même garage», lance-t-il en pouffant de rire.

«Mon objectif avec Trans(e), poursuit Lapointe, serait de réussir à arrêter, ne serait-ce qu'un instant, le spectacle de nos vies quotidiennes. Les lois spectaculaires régissent maintenant l'organisation sociale, comme l'explique Guy Debord; peut-on, artistes et spectateurs, les transgresser ensemble, et qui plus est dans une salle de théâtre?» Concrètement, on y arrive comment? «Aucune idée. On patauge vraiment dans la recherche fondamentale, mais je suis confiant.»

Souvent affublé de l'étiquette d'artiste provocateur, Christian Lapointe fait surtout preuve d'une intransigeance qu'il fait bon de voir se manifester dans le milieu théâtral. «Le post-radicalisme et la provocation sont devenus des produits de consommation. Pour moi, être radical, c'est de ne faire aucun compromis et s'inscrire en porte-à-faux par rapport à son époque afin de la dépeindre.» Après avoir monté Vu d'ici, suite de courts récits lapidaires contre la télévision, Lapointe s'est fait dire que son acteur manquait de nuances: «J'étais bien heureux de l'entendre, car j'ai exactement la même réaction lorsque j'ouvre ma télé et c'est ce que je voulais illustrer dans le spectacle!»

L'artiste déplore ce nivellement vers le bas «à l'infini» qui nous fait confondre pensée complexe et pensée compliquée. Il s'oppose également à la caractérisation du public en tranches élitistes et populaires: «On ne peut pas intéresser ou plaire à tout le monde, c'est évident. Par contre, j'ai si souvent été témoin de réactions stupéfiantes et j'ai reçu tellement de témoignages d'appréciation venant de spectateurs issus de tous les horizons que j'ai arrêté de m'en faire avec cette question. Je le dis souvent, conclut-il en riant, je suis comme le fromage bleu: mon aspect peut surprendre, mais on finit par y prendre goût.»

***

Trans(e)
Texte et mise en scène: Christian Lapointe. Une production du Théâtre Péril présentée à la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d'Aujourd'hui du 6 au 10 avril.

***

Collaborateur du Devoir
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012