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    Théâtre - Douze secondes au temps présent

    11 mars 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    L'Homme-Foule

    Concepteur de machine sonore: Pascal Robitaille. Danseur: Brice Noeser. Performeurs: Bruno Bouchard, Philippe Lessard-Drolet, Simon Elmaleh, Nicolas Gagnon, Jasmin Cloutier, Yana Ouellet.

    Une production du Théâtre Rude Ingénierie, présentée par Premier Acte et les Productions Recto-Verso au complexe Méduse jusqu'au 13 mars.
    L'Univers de L'Homme-Foule est un univers de bric et de broc qui va du tableau noir au torse du mannequin, de la patère au sablier de boules de gomme, du coffret à bijoux au porte-voix. Un univers qui fait appel à la technologie du multimédia, effleure l'installation, emprunte à la vidéoperformance, au théâtre d'objets, au théâtre d'ombres, à la rétroprojection, à l'interprétation musicale, au traitement de l'image en direct et en différé, à la démonstration de la salle de classe, et redonne à l'obsolète pratique du bruitage devant public ses lettres de noblesse.

    L'Homme-Foule ne raconte pas d'histoire. En contrepartie, le spectacle offre une proposition: celle de ces 12 secondes qu'il faut pour traverser d'un coin de rue à un autre. Celle de l'attente, les yeux rivés sur le voyant lumineux qui indique au piéton qu'il est temps de traverser. Celle, plus vaste, de ce temps ridiculement bref transformé en éternité quand la mort avale celui qui vient de naître.

    Il est hasardeux de qualifier L'Homme-Foule, du Théâtre Rude Ingénierie, d'oeuvre dramatique tant sa facture relève d'un assemblage hirsute qui confère au personnage central un rôle d'arrière-plan et au texte, fragmentaire, un rôle accessoire dont le sens ne surgit candidement que dans la brève chute poétique qui scelle la fin de la représentation.

    Cacophonie urbaine, ce fabuleux mélange des genres fait appel au beat des années 1960, célèbre les chaussures portées dans un délicieux gospel, enjambe au petit trot le rythme country, baigne dans l'atmosphère du cirque, de la foire, du banal quotidien qui avale tout ce qui bouge, soulève intelligemment le très actuel règne du «me myself and I» et frôle (peut-être sans le savoir) la pataphysique démonstration de la surface de Dieu du Faustroll d'Alfred Jarry.

    L'Homme-Foule, comme personnage central, au visage enfoui dans le bec d'un porte-voix, parvient difficilement à s'incarner. Pourtant, l'Homme-Foule comme «objet» scénique réussit à illustrer le morcellement et l'enchâssement de l'humain dans la mécanique sociale, le corps machinal et le martèlement du temps.

    Humour de dérision, performance non performante, L'Homme-Foule a l'audace et l'insouciance des jeux les plus graves de l'enfance sans imposer cette gravité comme une finalité.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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