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    Théâtre - Indomptable et lumineux

    22 février 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Woyzeck
    • Texte de Georg Büchner. Adaptation pour la scène: Brigitte Haentjens avec la collaboration de Louis Bouchard, Fanny Britt, Stéphane Lépine et Marie-Elisabeth Morf. Mise en scène: Brigitte Haentjens. Avec Marc Béland, Paul Ahmarani, Catherine Allard, Pierre-Antoine Lasnier, Victor Croteau, Gaétan Nadeau, Sébastien Ricard, Évelyne Rompré, Paul Savoie. En reprise à l'Usine C, à Montréal, du 9 au 13 mars.
    Inspiré en son temps d'un fait divers, Büchner trace en quelques tableaux et fragments le portrait d'un malmené, méprisé, laissé-pour-compte. Il lui donne un corps et un visage et lui renvoie le reflet de ce «rien» qu'il est dans le giron social et le regard des autres. Laissée inachevée, en 1837, Woyzeck trouve plus que son achèvement dans cette inquiétante turbulence, «organique» et incarnée, festive et désarticulée, qui nous est redonnée sur scène par Haentjens.

    C'est un spectacle fiévreux, haletant, une danse indomptable où l'asservissement, les disparités sociales, l'étranglement du poétique par le politique, transcendent les époques. Un spectacle porté par une distribution que l'on a peine à imaginer autrement. Un jeu lumineux qui va de la fragilité des uns à la caricature de l'élite scientifique et dirigeante qui, aujourd'hui plus que jamais, se félicite de sa maladie et de la névrose collective sur laquelle elle veille.

    Béland (Woyzeck) est désarmant, troublant, et s'il nous arrive de perdre des bouts de son texte, on se prend à songer que sa voix glisse et nous échappe comme nous échappe la parole de ceux qui n'arrivent pas à se dire et à être entendus. Marie, Évelyne Rompré, est authentiquement déconcertante, le docteur d'Ahmarani, le capitaine de Paul Savoie, résolument marquants, et Sébastien Ricard, l'amant de Marie, dansera longtemps en nous.

    Le Woyzeck des Sibyllines respire l'après-guerre, l'industrialisation, les années cinquante, les ruelles sombres, évoque le french pea soup et son étranglement, déshabille avec ironie les clichés nature/culture qui «désindianisent» le sauvage et encensent l'embrigadement. Danses et chants n'ont rien d'accessoire, ne servent jamais de pont ou d'enchaînement. Essentiels, ils ont leur propre mécanique, engendrent le dialogue entre soi et le monde, le vide qui nous traverse, l'abîme que l'on porte et la désespérante puissance du désir d'être plus que moins que rien.

    La passerelle inclinée, suspendue, du décor, surplombe la zone d'ombre, éclairages, trame sonore et costumes sont d'une indéniable efficacité.

    Woyzeck dit que Dieu ferait mieux d'éteindre le soleil. Quand Marie s'éteint, c'est le soleil qui s'éteint en même temps que l'idée de Dieu. Un jour où l'autre, l'un de nous aura été ce «trou noir qu'est l'homme». Un jour où l'autre, individuellement ou collectivement nous sommes Woyzeck.

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    Woyzeck
    Texte de Georg Büchner. Adaptation pour la scène: Brigitte Haentjens avec la collaboration de Louis Bouchard, Fanny Britt, Stéphane Lépine et Marie-Elisabeth Morf. Mise en scène: Brigitte Haentjens. Avec Marc Béland, Paul Ahmarani, Catherine Allard, Pierre-Antoine Lasnier, Victor Croteau, Gaétan Nadeau, Sébastien Ricard, Évelyne Rompré, Paul Savoie. En reprise à l'Usine C, à Montréal, du 9 au 13 mars.

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    Collaboration spéciale












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