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    Théâtre

    La clé de la maison

    19 février 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Barbe Bleue (et la maison dans la forêt s'est allumée)
    • Texte: Édith Patenaude en collaboration avec Les Écornifleuses. Mise en scène: Olivier Lépine. Avec Marc Auger, Guillaume Boisbriand, Gabriel Fournier, Laurie-Ève Gagnon, Catherine Hugues, Marie-Hélène Lalande, Eliot Laprise, Joanie Lehoux, Édith Patenaude, Maxime Perron, Alexandrine Warren.
    • Production: Les Écornifleuses, présentée à Premier Acte, à Québec, jusqu'au 6 mars.
    Le Barbe Bleue dont il est question ici rejoint celui de Femmes qui courent avec les loups, de Clarissa Pinkola Estés, conteuse, ethnologue et psychanalyste. Il est le prédateur, la menace, le sauvage et le réprimé en état de veille dans l'inconscient, mais également ce qui risque de se manifester en société.

    Sous la plume éveillée d'Édith Patenaude, l'allégorie s'articule entre le rêve qui chavire et le témoignage reconstitué qui tente d'échapper à l'altération des faits. Sous l'habile direction d'Olivier Lépine, l'ensemble trouve son point d'orgue dans l'alternance entre l'orchestration des voix, des fragments de textes répétitifs et des choeurs, des corps immobiles frappés d'un éclairage cru, pour l'aspect document et ces scènes du temps présent qui évoluent vers l'inévitable. Lépine opte pour une composition de tableaux humains diversifiée, un recours aux éclairages, y compris l'usage de lampes de poche, judicieux, une musique déconstruite qui ponctue.

    Le jeu des comédiens et comédiennes est sensible, complice, fort dans la distanciation, plus fragile dans le vertige des émotions exacerbées. Les cris, les hurlements sur scène atteignent rarement la juste note, ce qui, plutôt que d'émouvoir ou de bouleverser, fracture.

    L'espace scénique de Sébastien Dionne, avec son écran, ses blocs qui servent de passerelle, de quai, de mobilier, avec la terre comme aire de jeu (une terre balayée, en finale, comme on tente de balayer de nos vies la saleté déposée sur l'expérience vécue), est conçu pour que les comédiens se l'approprient.

    Barbe Bleue ne se referme pas sur lui-même, ne tente pas d'éblouir. C'est un spectacle de terre et d'eau, de corps et de mots, de voix et d'images dont les vagues se déposent en nous comme s'écrit, en filigrane, l'histoire de cette femme qui se fait multiple.

    En finale, on aurait souhaité que la lumière furtive et le martèlement des pas du début reforment la boucle. Mais le choix des voix avalées par le noir n'a rien de décevant.

    Pinkola Estés écrit que fureter est la clé de la connaissance. Avec Barbe Bleue, Les Écornifleuses ont entre les doigts une clé qui ouvre une porte.

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    Barbe Bleue (et la maison dans la forêt s'est allumée)
    Texte: Édith Patenaude en collaboration avec Les Écornifleuses. Mise en scène: Olivier Lépine. Avec Marc Auger, Guillaume Boisbriand, Gabriel Fournier, Laurie-Ève Gagnon, Catherine Hugues, Marie-Hélène Lalande, Eliot Laprise, Joanie Lehoux, Édith Patenaude, Maxime Perron, Alexandrine Warren.
    Production: Les Écornifleuses, présentée à Premier Acte, à Québec, jusqu'au 6 mars.

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    Collaboratrice du Devoir












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