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Théâtre - Les trajectoires croisées

Alexandre Cadieux   4 février 2010  Théâtre
Une liaison pornographique atteint un bel équilibre entre pudeur, humour et sensibilité.
Photo : Jean-Philippe Baril Guérard
Une liaison pornographique atteint un bel équilibre entre pudeur, humour et sensibilité.

À retenir

    • Une liaison pornographique
    • Texte: Philippe Blasband.
    • Mise en scène: Michel-Maxime Legault.
    • Une production de Mea Culpa Théâtre présentée à l'Espace 4001 (rue Berri)
    • Jusqu'au 6 février.
Jolie surprise à l'Espace 4001, où le tout jeune Mea Culpa Théâtre présente sa première production. Avec Une liaison pornographique, pièce de Philippe Blasband tirée de son propre scénario qu'avait filmé Frédéric Fonteyne en 1999, la compagnie formée par les comédiens Émile Beaudry et Amélie Carrier atteint un bel équilibre entre pudeur, humour et sensibilité.

Le principal intérêt de la version théâtrale sur le scénario réside dans l'adresse directe au public des confessions des deux protagonistes, que Fonteyne avait tourné sur le ton du documentaire. Dans la petite salle de la rue Berri, les confidences que nous livre ce couple uni en une relation purement charnelle au départ installent dès le début de la représentation une connivence entre acteurs et spectateurs.

L'homme et la femme nous racontent ainsi chacun leur version de l'histoire, des narrations qui ne manquent pas de se contredire. Les scènes dialoguées, rencontres dans un café ou dans une chambre d'hôtel, ne permettent pas toujours de démêler les ambiguïtés des deux récits, ce qui contribue au plaisir théâtral de celui ou celle qui tente de distinguer le vrai du faux dans ces trajectoires croisées.

Le metteur en scène Michel-Maxime Legault, qui nous a déjà offert Kvetch, Rhapsodie-Béton et Tops Dogs dans cette même salle, continue sur sa lancée: direction d'acteurs vivante et intéressante occupation de l'espace constituent encore ici sa marque distinctive. La scène, bordée de deux estrades de spectateurs se faisant face, se voit également séparée en deux par des panneaux mobiles délimitant en quelque sorte l'intimité respective de l'homme et de la femme. Chaque moitié du public suit donc ainsi davantage l'un des deux personnages lors de plusieurs scènes, l'autre ne lui apparaissant qu'en ombre à travers ces murs qui sont malheureusement mis au rancart trop rapidement et qui auraient pu être davantage exploités.

On avait vu Beaudry et Carrier plus tôt cette saison dans Le Cercle de craie caucasien de Brecht au Prospero, un spectacle de finissants où ils n'avaient pas particulièrement retenu, ni l'un ni l'autre, mon attention. Ils font preuve ici d'une belle justesse; si leur jeu est empreint de fraîcheur, on peut par contre regretter de ne jamais avoir accès, même de manière fugace, à la blessure des protagonistes, à un côté plus sombre de leur personnalité. Ils resteront, pour l'un comme pour l'autre mais aussi pour nous, des étrangers.

 
 
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