Théâtre - Le sacré et le profane
Photo : source théâtre tout à trac
Martin Vachon dans le rôle du prince et Maude Desrosiers dans celui de Turandot, dans La Princesse Turandot, texte et mise en scène d’Hugo Bélanger.
À retenir
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La Princesse Turandot
Texte: Hugo Bélanger, d'après les oeuvres de Carlo Gozzi et Giacomo Puccini.
Mise en scène: Hugo Bélanger.
Une production du Théâtre Tout à Trac présentée au théâtre Denise-Pelletier jusqu'au 13 février.
Rarement voit-on sur scène une union aussi heureuse entre le sacré et le profane. Le théâtre Denise-Pelletier a eu l'excellente idée de reprogrammer la magnifique cérémonie théâtrale créée par le Théâtre Tout à Trac (L'Oiseau vert) il y a près de quatre ans. En puisant à la fois dans les traditions artistiques orientales et dans les formes populaires, comme la commedia dell'arte, le rigoureux metteur en scène Hugo Bélanger propose avec La Princesse Turandot un univers unique et fascinant, empreint de solennité tout en restant sauvagement distrayant.
N'en déplaise aux puristes, Bélanger a procédé à un savant travail d'appropriation. Des oeuvres, d'abord, en partant de la pièce de Carlo Gozzi (1720-1806), elle-même inspirée d'un conte persan, et en retenant certains éléments de l'opéra qu'en avait tiré Puccini juste avant de mourir. Quelques aménagements dans la fable lui permettent de procéder à un joyeux métissage des cultures: lorsqu'un prince italien débarque dans une cité chinoise imaginaire, tout peut arriver...
Bélanger et sa troupe de douze interprètes se sont également approprié différentes techniques de jeu — nô japonais, masques de provenances diverses, marionnettes du bunraku, commedia — dont l'amalgame, bien loin de sentir le mariage forcé, ouvre au contraire un envoûtant champ de possibilités. L'esthétique du spectacle rend également bien compte de ces entrecroisements heureux, des costumes colorés de Véronic Denis à la scénographie de Joannie D'Amours et Geneviève Camirand, où le tatami sur lequel les destinées des nobles s'entrechoquent est bordé par des trottoirs de bois, tréteaux accueillant les pitreries des serviteurs.
Dans le rôle du prince en exil, Martin Vachon compose un héros humble auquel les jeunes spectateurs peuvent facilement s'identifier. Grâce à une gestuelle adroitement étudiée et un impressionnant travail vocal, Maude Desrosiers, farouche Turandot qui se refuse au mariage, semble quant à elle surgie d'un récit fantastique, ce qu'accentuent les éclairages que cosignent Catherine Gohier et Éric Gendron. Si le théâtre Denise-Pelletier fonctionnait sur le modèle de la Comédie-Française, avec troupe permanente et sociétaires, il faudrait s'empresser de mettre sous contrat les impayables Éloi Cousineau et Carl Poliquin, véritables stars auprès du public adolescent qui nous servent ici une superbe leçon de comédie italienne en incarnant Truffaldino et Tartaglia.
Le reste de la distribution est également impeccable, comme la toute menue Marie-Ève Milot qui, dans le rôle de l'Empereur, se fait souvent manipuler comme un pantin par un autre comédien. La musique en direct de Patrice d'Aragon, compositeur d'une trame sonore tout en percussion, participe activement à l'aspect rituel de ce spectacle intemporel comme un songe et grisant comme tout.
***
Collaborateur du Devoir
N'en déplaise aux puristes, Bélanger a procédé à un savant travail d'appropriation. Des oeuvres, d'abord, en partant de la pièce de Carlo Gozzi (1720-1806), elle-même inspirée d'un conte persan, et en retenant certains éléments de l'opéra qu'en avait tiré Puccini juste avant de mourir. Quelques aménagements dans la fable lui permettent de procéder à un joyeux métissage des cultures: lorsqu'un prince italien débarque dans une cité chinoise imaginaire, tout peut arriver...
Bélanger et sa troupe de douze interprètes se sont également approprié différentes techniques de jeu — nô japonais, masques de provenances diverses, marionnettes du bunraku, commedia — dont l'amalgame, bien loin de sentir le mariage forcé, ouvre au contraire un envoûtant champ de possibilités. L'esthétique du spectacle rend également bien compte de ces entrecroisements heureux, des costumes colorés de Véronic Denis à la scénographie de Joannie D'Amours et Geneviève Camirand, où le tatami sur lequel les destinées des nobles s'entrechoquent est bordé par des trottoirs de bois, tréteaux accueillant les pitreries des serviteurs.
Dans le rôle du prince en exil, Martin Vachon compose un héros humble auquel les jeunes spectateurs peuvent facilement s'identifier. Grâce à une gestuelle adroitement étudiée et un impressionnant travail vocal, Maude Desrosiers, farouche Turandot qui se refuse au mariage, semble quant à elle surgie d'un récit fantastique, ce qu'accentuent les éclairages que cosignent Catherine Gohier et Éric Gendron. Si le théâtre Denise-Pelletier fonctionnait sur le modèle de la Comédie-Française, avec troupe permanente et sociétaires, il faudrait s'empresser de mettre sous contrat les impayables Éloi Cousineau et Carl Poliquin, véritables stars auprès du public adolescent qui nous servent ici une superbe leçon de comédie italienne en incarnant Truffaldino et Tartaglia.
Le reste de la distribution est également impeccable, comme la toute menue Marie-Ève Milot qui, dans le rôle de l'Empereur, se fait souvent manipuler comme un pantin par un autre comédien. La musique en direct de Patrice d'Aragon, compositeur d'une trame sonore tout en percussion, participe activement à l'aspect rituel de ce spectacle intemporel comme un songe et grisant comme tout.
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