Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Théâtre - Pirandellement vôtre

    25 janvier 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Une scène d’Henri IV de Pirandello, mis en scène au Trident par Marie Gignac, avec notamment Hugues Frenette dans le rôle d’Henri IV.
    Photo: Source: Trident Une scène d’Henri IV de Pirandello, mis en scène au Trident par Marie Gignac, avec notamment Hugues Frenette dans le rôle d’Henri IV.
    Henri IV
    Texte de Luigi Pirandello dans une traduction de Michel Arnaud. Mise en scène: Marie Gignac.
    Distribution: Emmanuel Bédard, Serge Bonin, Hugues Frenette, Érika Gagnon, Jean-Michel Girouard, Christian Michaud, Lucien Ratio, Klervi Thienpont, Réjean Vallée.
    Présentée au Trident jusqu'au 13 février.
    «Fou-fin», disait Gaston, le père d'une amie, quand il qualifiait la façon qu'ont les gens d'imposer leur volonté alors qu'en apparence tout semble leur échapper.

    Dans sa petite histoire, le «fou-fin» du Henri IV de Pirandello aurait perdu la raison, à la suite d'une chute de cheval, vingt ans plus tôt, et se prendrait depuis pour le nébuleux Henri IV, empereur du Saint-Empire germanique, dont la Grande Histoire du XIe siècle ne retient que peu, sauf la grogne qui l'opposait au pape Grégoire VII. Assez fou pour jouer à l'empereur, tenir sa cour en laisse et imposer sa tyrannie, assez fin pour faire chuter les masques et faire éclater la vérité.

    Chez Pirandello, l'action a beau se situer dans un lieu quelconque pour des raisons x, elle finit toujours par nous ramener sur les planches, renverser le décor, abolir la frontière entre la coulisse et la scène, déshabiller le personnage et forcer la mise à nu. Rien de cela n'échappe à Marie Gignac qui signe la mise en scène de ce Henri IV. Caméra oblige, elle étend l'action de la scène aux coulisses, insère dans le déroulement les didascalies de l'auteur, emprunte aux jeux vidéo l'obsession contemporaine d'être le héros de son propre spectacle et remballe le tout aussi simplement qu'on le ferait en pressant du doigt la télécommande d'un téléviseur.

    Hugues Frenette (Henri IV) a l'essence pour mettre le feu aux poudres et créer le péril en la demeure. Il a, dans la folie, un jeu physique d'une étonnante élasticité, un jeu qui s'insinue de l'épaule à la mèche de cheveux, du coin de l'oeil au bout du doigt, du corps au sol, et ce, jusque dans le froissement du costume. Ses acolytes ne sont pas en reste: Emmanuel Bédard insuffle à son Landolphe prestance et justesse, Jean-Michel Girouard offre un Berthold nuancé et attachant et Lucien Ratio un Herald qui répond habilement à la vision de Gignac. Érika Gagnon campe une Matilda réjouissante dans la mesure/démesure, et Klervi Thienpont, une Frida fidèle à cette éternelle jeune femme qui hante l'univers pirandellien. Réjean Vallée (Genoni et Giovanni), Christian Michaud (Di Nolli) et Serge Bonin (Belcredi) livrent tous trois une présence discrète mais essentielle.

    Toute cette «ribouldingue» évolue dans une efficace scénographie, baigne dans le feutré des éclairages qui nous réservent un plan final carmin inoubliable, le tout soutenu par une trame sonore qui fait écho. Une suite de fines «pirandelles» qui rendent justice au dramaturge.

    ***

    Collaboratrice du Devoir

    ***













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.