Submergée
Photo : Théâtre d'aujourd'hui
Sylvie Drapeau dans «La Liste», de Jennifer Tremblay
À retenir
- La Liste
- Texte de Jennifer Tremblay.
- Mise en scène de Marie-Thérèse Fortin
- Au Théâtre d'Aujourd'hui, jusqu'au 6 février.
Réussissant à lier quotidien et tragédie, la première création théâtrale de Jennifer Tremblay fait montre d'une grande maîtrise. À partir d'une histoire simple, son solo atteint des couches profondes en évitant de verser dans des épanchements émotifs. Un récit qui transite par la domesticité, par l'apparemment banal, pour déboucher sur des questions fondamentales. Comme dans cette litanie d'obligations triviales que se récite la protagoniste de La Liste et où se cache, sans qu'elle s'en rende compte, une tâche plus importante que les autres.
Un univers d'abord féminin, où l'on reconnaît des traits volontiers attribués aux femmes dans notre société: perfectionnisme, sentiment de culpabilité, obsession de l'ordre, nécessité de se savoir utile. La pièce montre aussi l'isolement d'une mère au foyer, prisonnière du quotidien, d'une vie très accaparante à laquelle elle peine pourtant à donner un sens. Cette citadine transplantée à la campagne est envahie par les tâches journalières à accomplir, submergée par les détails, au point d'en laisser échapper l'essentiel. On découvrira que le «crime» qu'elle se reproche amèrement est celui de ne pas avoir porté suffisamment d'attention à sa sympathique mais dérangeante — et si désordonnée!, introductrice de chaos — voisine. Ce qui aura des conséquences funestes.
La Liste interroge donc notre responsabilité dans un monde individualiste frénétique où aider autrui devient une chose comme une autre sur une liste de corvées; où on ne prend plus guère le temps d'écouter l'autre, d'être attentif à ses appels à l'aide. Une négligence dont on peut tous se rendre coupables, à n'importe quel moment. Ce qui rend cette faute par omission à la fois banale, mineure, et totalement troublante pour le spectateur.
Le spectacle créé au Théâtre d'Aujourd'hui est un peu à l'image de cet univers mental où tout est soigneusement rangé avec un ordre maniaque (véritables boîtes à surprises, les trois portes sur scène découvrent des placards dissimulant divers objets placés dans des bacs transparents). Un objet placé, rigoureux, un peu sec, troué de silences, avec très peu de musique et seuls quelques excès illustratifs (notamment, cet éclairage rouge sang un peu sensationnaliste à la fin).
Toute de gris vêtue, très élégante mais l'oeil morne, Sylvie Drapeau incarne une femme absente à elle-même, qui sem-ble accomplir les choses mécaniquement depuis que la tragédie a frappé. Cette virtuose de la scène y déploie une interprétation très contrôlée, avec un décalage qui fait entendre la dérision et l'ironie occasionnelles dans le texte, mais aussi la vulnérabilité du personnage. Sa fêlure. Bref, une interprétation tout en nuances et en finesse.
Collaboratrice du Devoir
Un univers d'abord féminin, où l'on reconnaît des traits volontiers attribués aux femmes dans notre société: perfectionnisme, sentiment de culpabilité, obsession de l'ordre, nécessité de se savoir utile. La pièce montre aussi l'isolement d'une mère au foyer, prisonnière du quotidien, d'une vie très accaparante à laquelle elle peine pourtant à donner un sens. Cette citadine transplantée à la campagne est envahie par les tâches journalières à accomplir, submergée par les détails, au point d'en laisser échapper l'essentiel. On découvrira que le «crime» qu'elle se reproche amèrement est celui de ne pas avoir porté suffisamment d'attention à sa sympathique mais dérangeante — et si désordonnée!, introductrice de chaos — voisine. Ce qui aura des conséquences funestes.
La Liste interroge donc notre responsabilité dans un monde individualiste frénétique où aider autrui devient une chose comme une autre sur une liste de corvées; où on ne prend plus guère le temps d'écouter l'autre, d'être attentif à ses appels à l'aide. Une négligence dont on peut tous se rendre coupables, à n'importe quel moment. Ce qui rend cette faute par omission à la fois banale, mineure, et totalement troublante pour le spectateur.
Le spectacle créé au Théâtre d'Aujourd'hui est un peu à l'image de cet univers mental où tout est soigneusement rangé avec un ordre maniaque (véritables boîtes à surprises, les trois portes sur scène découvrent des placards dissimulant divers objets placés dans des bacs transparents). Un objet placé, rigoureux, un peu sec, troué de silences, avec très peu de musique et seuls quelques excès illustratifs (notamment, cet éclairage rouge sang un peu sensationnaliste à la fin).
Toute de gris vêtue, très élégante mais l'oeil morne, Sylvie Drapeau incarne une femme absente à elle-même, qui sem-ble accomplir les choses mécaniquement depuis que la tragédie a frappé. Cette virtuose de la scène y déploie une interprétation très contrôlée, avec un décalage qui fait entendre la dérision et l'ironie occasionnelles dans le texte, mais aussi la vulnérabilité du personnage. Sa fêlure. Bref, une interprétation tout en nuances et en finesse.
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