Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Théâtre - Il y aura... le temps

    14 janvier 2010 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Il y aura
    • Auteur et metteur en scène: Jean-Philippe Joubert.
    • Comédien: Roland Lepage.
    • Production: Nuages en pantalon.
    • Présenté en codiffusion avec le Théâtre Périscope jusqu'au 30 janvier.
    Il y a quelques années, Jacques Leblanc, directeur artistique de la Bordée, offrait à Jean-Philippe Joubert de créer un spectacle dans le décor de En attendant Godot de Beckett. Joubert songe alors à écrire un solo pour Roland Lepage en s'inspirant de l'œuvre de Cioran et de la musique de Bach. Puis, il passe des jours et des jours à filmer des ciels un peu partout et, en février 2006, Il y aura voit le jour.

    Il y aura, c'est l'histoire de ce vieil homme qui marche en traînant une caisse tronquée, à mi-chemin entre un traîneau à neige et un cercueil de planches ajourées, un homme en quête de l'endroit où déposer «les restes» de la femme désirée, aimée. Un homme qui cherche entre ciel et terre, entre corps et esprit, entre amour et toujours, le lieu du dernier repos.

    Hier, Il y aura reprenait «vie» sur la scène du Périscope, et s'il est question de mort dans ce spectacle de la compagnie de création Nuages en pantalon, c'est la vie, dans ce qu'elle a de plus tenace et de plus mystérieux, qui a bercé de son souffle la scène et la salle.

    Au-delà de la poésie du texte, de la présence frémissante des projections qui fouettent et caressent l'ensemble, au-delà de cette lumière «dans le ciel» qui se fait présence, il faut certes dire qu'une des réussites de ce spectacle réside dans sa capacité à nous redonner à savourer le temps.

    Roland Lepage, lauréat du prix Denise-Pelletier l'automne dernier, devient, sur scène, ce corps soumis au temps et à son passage, ce pèlerin de toutes les traversées, celles du désert autant que celles du désir. Son jeu (qui n'est pas sans rappeler, par moments, la gestuelle et le rituel d'un Kazuo Ono, ce grand maître japonais du butô) est délicat, solide dans les moments les plus fragiles, souple dans la joie retrouvée, et d'une inestimable beauté dans cette scène silencieuse où il se retrouve debout, près de l'arbre, mitraillé par les nuages projetés, et particulièrement habité par la grâce dans cette scène où il se dénude et n'a plus que sa peau où se réfugier.

    Joubert n'a pas que passé des jours à filmer des ciels, des heures à orchestrer l'ensemble avec ses complices de création, il a mis en scène — pour paraphraser Lamartine — le temps dans son vol suspendu, le temps dans son inestimable lenteur, une rareté par les temps qui courent.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












    Envoyer
    Fermer
    Articles les plus : Populaires|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.