Théâtre - Une voix singulière
Auteure primée, Jennifer Tremblay voit La Liste portée à la scène
Photo : Karine patry
Jennifer Tremblay a reçu le Prix du Gouverneur général, catégorie Théâtre, en 2008.
En novembre 2008, on décernait le Prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie Théâtre à une inconnue. Jennifer Tremblay coiffait ainsi au poteau des dramaturges de la trempe de Wajdi Mouawad, Carole Fréchette et Yvan Bienvenue. Monologue théâtral d'une rare économie et d'une force de frappe évidente, La Liste sera créée en ce mois de janvier, dans une mise en scène de Marie-Thérèse Fortin.
«Lorsque j'écrivais, si on m'avait demandé de formuler un fantasme, confie Tremblay, un sourire en coin, j'aurais sans doute souhaité voir mon texte joué par Sylvie Drapeau sur la scène du Théâtre d'Aujourd'hui.» Voilà l'auteure exaucée: c'est bien par la voix de cette actrice et en ce lieu que le public découvrira cette puissante parole, la confession d'une femme qui raconte une histoire tragique afin que le public décide si elle est coupable ou non.
Les vertus de la générosité
La narratrice, épouse et mère habitant en campagne, exigeante envers elle-même comme envers les autres, dresse scrupuleusement des listes de tâches à accomplir. Pourtant, une négligence de sa part a peut-être causé la mort d'une voisine. Fort lucide, elle s'avère implacable dans sa lecture de la situation, qu'elle analyse mentalement depuis longtemps et qu'elle déciderait, selon l'auteure, de livrer au public afin de s'en exorciser. «Je cherchais à la fois une épuration dans la forme, où chaque mot, chaque phrase serait pesé avec soin, et une zone grise, ambiguë, une complexité dans le propos qui nous empêcherait de juger trop promptement le personnage.»
«Mon texte parle de solitude, c'est évident, ajoute Tremblay. C'est un mal bien moderne; on s'isole en se faisant croire qu'on prend du temps pour soi et on oublie à quel point on a besoin des autres.» Elle déplore que les individus, dans notre société contemporaine mais surtout chez les plus jeunes générations, oublient les vertus de la générosité qui n'attend rien en retour, de cet abandon bienfaiteur qui nous fait lever les yeux de notre nombril pour prêter main-forte à quelqu'un.
«Mon personnage n'est pas une mauvaise mère pour autant, précise-t-elle. Dans La Liste, ce ne sont pas les enfants qui encaissent. On dirait qu'il y a une mode en ce moment dans certaines oeuvres de fiction d'être méprisant à l'égard des enfants, de les présenter comme de petits monstres contraignants et de trouver ça drôle, comme un retour de balancier après avoir culpabilisé les parents au maximum durant des années. Ça me décourage.»
Jennifer Tremblay, invitée par Marie-Thérèse Fortin à suivre les étapes de création et les répétitions de la pièce, mentionne les moments de tendresse maternelle qui émailleront la représentation. La mère incarnée par Drapeau prend soin de ses enfants avec amour, elle les élève avec application, mais c'est un dévouement qui lui coûte. «Elle n'est pas dure, elle ne les bat pas, mais elle est épuisée. C'est la réalité, ce sont des sentiments et des états communs à toutes les mères; j'espère que celles qui viendront voir le spectacle pourront s'identifier au personnage de la narratrice.»
Un acte d'amour et de foi
C'est par stratégie que La Liste, parue aux éditions de la Bagnole, dont Jennifer Tremblay est l'éditrice et la cofondatrice, est identifiée sur sa page couverture comme étant un récit et non une pièce de théâtre. «Les libraires québécois reçoivent environ 3000 nouveaux titres par mois. C'est fou le peu de visibilité qu'on donne aux oeuvres théâtrales; l'édition en théâtre constitue dans ce contexte un acte d'amour et de foi», affirme-t-elle. La dramaturge, qui dit écrire depuis toujours, a signé plusieurs albums et livres destinés aux enfants. «La forme théâtrale m'a toujours intéressée: le fait de se retrouver en groupe, dans le noir, pour se faire raconter une histoire, chaque soir, et ce dans toutes les villes du monde... Le contact avec le public me fascine et me nourrit.»
Pour quiconque a assisté à la lecture publique de la pièce de Tremblay organisée par le Centre des auteurs dramatiques en février dernier, la richesse théâtrale de La Liste ne fait aucun doute. «Lorsque je faisais lire les premières versions à mon entourage, les gens se disaient souvent fort touchés, se souvient-elle. Je me remettais alors au travail, car je souhaitais susciter davantage le questionnement que l'émotion.»
L'épuration et la richesse du texte permettent également une pluralité d'interprétations et de lectures possibles. «Entendre la pièce en répétition et recevoir les commentaires et les réflexions de toute l'équipe de production me fascinent, car on y révèle des couches de sens dont je ne soupçonnais même pas l'existence», confie celle qui travaille actuellement à un second texte mettant possiblement en scène le même personnage et où le thème de la joie sera abordé. On suivra donc avec attention la montée de cette nouvelle voix prometteuse de notre dramaturgie.
***
Collaborateur du Devoir
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La Liste
Un texte de Jennifer Tremblay mis en scène par Marie-Thérèse Fortin. Une production du Théâtre d'Aujourd'hui présentée du 12 janvier au 6 février.
«Lorsque j'écrivais, si on m'avait demandé de formuler un fantasme, confie Tremblay, un sourire en coin, j'aurais sans doute souhaité voir mon texte joué par Sylvie Drapeau sur la scène du Théâtre d'Aujourd'hui.» Voilà l'auteure exaucée: c'est bien par la voix de cette actrice et en ce lieu que le public découvrira cette puissante parole, la confession d'une femme qui raconte une histoire tragique afin que le public décide si elle est coupable ou non.
Les vertus de la générosité
La narratrice, épouse et mère habitant en campagne, exigeante envers elle-même comme envers les autres, dresse scrupuleusement des listes de tâches à accomplir. Pourtant, une négligence de sa part a peut-être causé la mort d'une voisine. Fort lucide, elle s'avère implacable dans sa lecture de la situation, qu'elle analyse mentalement depuis longtemps et qu'elle déciderait, selon l'auteure, de livrer au public afin de s'en exorciser. «Je cherchais à la fois une épuration dans la forme, où chaque mot, chaque phrase serait pesé avec soin, et une zone grise, ambiguë, une complexité dans le propos qui nous empêcherait de juger trop promptement le personnage.»
«Mon texte parle de solitude, c'est évident, ajoute Tremblay. C'est un mal bien moderne; on s'isole en se faisant croire qu'on prend du temps pour soi et on oublie à quel point on a besoin des autres.» Elle déplore que les individus, dans notre société contemporaine mais surtout chez les plus jeunes générations, oublient les vertus de la générosité qui n'attend rien en retour, de cet abandon bienfaiteur qui nous fait lever les yeux de notre nombril pour prêter main-forte à quelqu'un.
«Mon personnage n'est pas une mauvaise mère pour autant, précise-t-elle. Dans La Liste, ce ne sont pas les enfants qui encaissent. On dirait qu'il y a une mode en ce moment dans certaines oeuvres de fiction d'être méprisant à l'égard des enfants, de les présenter comme de petits monstres contraignants et de trouver ça drôle, comme un retour de balancier après avoir culpabilisé les parents au maximum durant des années. Ça me décourage.»
Jennifer Tremblay, invitée par Marie-Thérèse Fortin à suivre les étapes de création et les répétitions de la pièce, mentionne les moments de tendresse maternelle qui émailleront la représentation. La mère incarnée par Drapeau prend soin de ses enfants avec amour, elle les élève avec application, mais c'est un dévouement qui lui coûte. «Elle n'est pas dure, elle ne les bat pas, mais elle est épuisée. C'est la réalité, ce sont des sentiments et des états communs à toutes les mères; j'espère que celles qui viendront voir le spectacle pourront s'identifier au personnage de la narratrice.»
Un acte d'amour et de foi
C'est par stratégie que La Liste, parue aux éditions de la Bagnole, dont Jennifer Tremblay est l'éditrice et la cofondatrice, est identifiée sur sa page couverture comme étant un récit et non une pièce de théâtre. «Les libraires québécois reçoivent environ 3000 nouveaux titres par mois. C'est fou le peu de visibilité qu'on donne aux oeuvres théâtrales; l'édition en théâtre constitue dans ce contexte un acte d'amour et de foi», affirme-t-elle. La dramaturge, qui dit écrire depuis toujours, a signé plusieurs albums et livres destinés aux enfants. «La forme théâtrale m'a toujours intéressée: le fait de se retrouver en groupe, dans le noir, pour se faire raconter une histoire, chaque soir, et ce dans toutes les villes du monde... Le contact avec le public me fascine et me nourrit.»
Pour quiconque a assisté à la lecture publique de la pièce de Tremblay organisée par le Centre des auteurs dramatiques en février dernier, la richesse théâtrale de La Liste ne fait aucun doute. «Lorsque je faisais lire les premières versions à mon entourage, les gens se disaient souvent fort touchés, se souvient-elle. Je me remettais alors au travail, car je souhaitais susciter davantage le questionnement que l'émotion.»
L'épuration et la richesse du texte permettent également une pluralité d'interprétations et de lectures possibles. «Entendre la pièce en répétition et recevoir les commentaires et les réflexions de toute l'équipe de production me fascinent, car on y révèle des couches de sens dont je ne soupçonnais même pas l'existence», confie celle qui travaille actuellement à un second texte mettant possiblement en scène le même personnage et où le thème de la joie sera abordé. On suivra donc avec attention la montée de cette nouvelle voix prometteuse de notre dramaturgie.
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Collaborateur du Devoir
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La Liste
Un texte de Jennifer Tremblay mis en scène par Marie-Thérèse Fortin. Une production du Théâtre d'Aujourd'hui présentée du 12 janvier au 6 février.
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