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Théâtre - Tintin au pays du réflexe de survie

Michel Bélair   15 décembre 2009  Théâtre
Lorsque Le Dragon bleu de Robert Lepage est arrivé au TNM, l'an dernier, la comédienne et coconceptrice du spectacle, Marie Michaud, nous avait fait prendre conscience en entrevue que le «work in progress» n'est pas toujours un parti pris esthétique. Qu'il peut même parfois prendre des allures de technique de gestion de crise.

Dans ce cas précis, rappelons que Lepage et son équipe avaient déjà développé leur Dragon... comme une sorte de clin d'oeil ou d'hommage indirect à l'univers de Tintin, et plus précisément au Hergé du Lotus bleu. C'est ce travail — «presque prêt» avait souligné la comédienne en souriant — fortement inspiré de l'esthétique de la B.D. qu'ils allaient montrer à Châlons, en première mondiale... jusqu'à ce que la fondation Moulinsart court-circuite le projet alors que l'on se préparait à charger les décors du spectacle pour la tournée européenne: la fondation Moulinsart n'aime pas les clins d'oeil, fussent-ils respectueux. Le work in progress est parfois aussi un réflexe de survie.

De tout ce travail escamoté, il n'est resté «que» la structure-inspirée-de-la-bande-dessinée du spectacle qui se déploie dans des cases, on le sait. Ouvertes ou fermées, agrandies ou réduites, sur deux et même trois paliers horizontaux, elles racontent en images, brillamment, l'histoire complexe d'un galeriste québécois exilé à Shanghaï. En réinventant un langage scénique qui donne parfois l'impression d'un zoom immense ou tout petit ou qui, au contraire, construit une série d'images éclatées fixées en autant de pièces-tableaux différents venant dessiner, précisément, une image beaucoup plus globale... Un coup de génie.

Mais le work in progress mène à tout... et à rien souvent. Certains lui font même endosser une réputation de laisser-aller et dénoncent le fait d'avoir à payer le plein prix pour un spectacle «qui n'est pas terminé»... D'autres pourtant apprécient de se voir conviés à participer, de l'intérieur, aux premières déclinaisons d'une création; j'avoue en être. Nous y revenons donc aujourd'hui par plaisir anticipé: de l'autre côté de Noël, deux work in progress nous attendent.

Dès la première semaine de janvier, le Théâtre de la Pire Espèce va proposer la dernière version finale et définitive de son Gestes impies et rites sacrés, cérémonie baroque en plusieurs tableaux, un spectacle créé lors du récent Festival TransAmériques (FTA) et dont on n'a pas beaucoup parlé parce qu'il n'était franchement pas prêt... Quelques semaines plus tard, en février cette fois, Robert Lepage revient dans le tout nouvellement rénové Théâtre Denise-Pelletier (ô ancien cinéma Granada de mon enfance!) nous proposer ce qui semble être la version intégrale et définitive de Lipsynch, un spectacle qui fait maintenant neuf heures et dont nous n'avons encore vu ici qu'une portion d'à peine trois heures, stimulante et fort réussie, il y a quelques années déjà, salle Pierre-Mercure...

Quel plaisir d'anticiper ce plongeon dans l'inconnu et de reléguer, déjà, aux oubliettes les pâtés à la viande et la farce aux pruneaux de la dinde du temps des Fêtes...


Curiosité mathématique

C'est en regardant la fameuse télésérie américaine CSI qu'Andrew Granville, professeur de mathématiques à l'Université de Montréal, a eu «l'idée d'écrire une pièce de théâtre sur l'arithmétique». Mais le professeur titulaire d'une Chaire de recherche du Canada en théorie des nombres n'a pas osé plonger tout seul et a fait appel à sa soeur, Jennifer Granville, ancienne comédienne et professeure d'écriture de scénarios à l'Université de Leeds. À quatre mains, ils ont donc écrit «une énigme policière mathématico-scientifique» intitulée MSI (Math Sciences Investigation): Anatomy of Integers and Permutations (Enquête au coeur des mathématiques: Anatomie des intégrales et permutations).

La première a eu lieu samedi dernier dans l'amphithéâtre de l'Institute for Advanced Study de Princeton au New Jersey où enseigne aussi le professeur Granville. Selon lui, MSI devrait plaire aux profanes comme aux mathématiciens. «Il n'est pas facile d'amener les membres du public à s'intéresser à des sujets aussi abstraits, mais, la plupart du temps, ils aiment regarder ou écouter ce qu'ils ne comprennent pas toujours parfaitement, pour peu que cela leur soit présenté de manière divertissante»...

On ne sait pas encore si la pièce sera présentée à Montréal, mais, si c'est le cas, n'ayez crainte, on vous préviendra...


En vrac

- La dramaturge, comédienne et présidente du conseil d'administration du Centre des auteurs dramatiques (CEAD), Lise Vaillancourt, annonçait la semaine dernière par voie de communiqué les nominations de Paul Lefebvre au poste de conseiller dramaturgique et de Jessie Mill au poste de conseillère aux projets internationaux. On connaît surtout la grande polyvalence de Lefebvre qui fut adjoint de Denis Marleau Théâtre français du CNA et directeur artistique de la biennale Zones théâtrales en plus d'être traducteur, conseiller dramaturgique, metteur en scène et professeur de théâtre. On peut aussi dire de Paul Lefebvre que c'est un expert du théâtre et de la dramaturgie francophone du Canada et que sa venue enrichit encore davantage le CEAD. Quant à Jessie Mill, on sait qu'elle est passée par l'École supérieure de théâtre de l'UQAM et par l'Université Paris-Sorbonne.

- Puisque l'on vient de parler de l'École supérieure de théâtre, soulignons que l'on y recevra une conférence-spectacle de Michel Laubu intitulée Deux Pierres, demain à 19h, à la salle Claude Gauvreau du Pavillon Judith-Jasmin. Directeur de la compagnie Turak, fondée à Lyon en 1985, Michel Laubu donne dans le théâtre d'objets. Selon le communiqué, «l'approche artistique du Turak repose sur un jeu avec l'objet usé et fait appel au passé imaginaire né de "la fatigue de l'objet", mémoire et empreinte d'une civilisation inventée»; il s'agit en fait de la Turakie, «pays imaginaire construit avec des pinces à linge rouillées, des pommes de terre ébouriffées, du bois flotté... » Rien de moins. Comme à l'habitude, l'entrée est libre.

- Pour une 13e année, le Centaur Theatre présente son festival annuel Wildside, «une sélection de pièces avant-gardistes qui célèbrent l'esprit du théâtre indépendant». On y offrira les créations d'artistes montréalais de même que «le spectacle d'un artiste qui crée des remous à Toronto», qu'on se le dise! Du 5 au 17 janvier, six spectacles prendront l'affiche, dont My Pregnant Brother, gagnant du prix Off The Main (prix de la meilleure pièce) décerné par le Centaur lors du Festival Fringe de Montréal. On en saura plus au 514 288-3161.

- Là-dessus, joyeux tout ce que vous voulez et rendez-vous de l'autre côté du temps des Fêtes. Oh, ho, oh, et caetera.
 
 
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