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    Un Cid de convenance

    24 novembre 2009 |Alexandre Cadieux | Théâtre
    Le Cid
    • Texte: Pierre Corneille.
    • Mise en scène: Daniel Paquette.
    • Une production de la Société Richard III présentée à la salle Fred-Barry
    • Jusqu'au 5 décembre.
    Après avoir apposé sa marque sur des oeuvres de Tchekhov, Klaus Mann et Wedekind au début des années 2000, le metteur en scène Daniel Paquette semble depuis cinq ans remonter le temps en s'intéressant à Choderlos de Laclos, Molière, Shakespeare et aujourd'hui Corneille. Une certaine audace paraît s'y être perdue, car son Cid, tout comme sa version toute masculine de Roméo et Juliette présentée en 2007 puis en 2009, s'appuie moins sur une lecture contemporaine d'un texte du répertoire que sur une reconstitution un peu muséale.

    Pour venger son père humilié par un soufflet, don Rodrigue tue don Gomès, le père de sa fiancée, Chimène. Le fameux dilemme cornélien où l'honneur s'oppose au sentiment trouve son écho dans les choix de mise en scène qui témoignent de cette difficulté de conjuguer l'héritage classique de la pièce et la passion que l'on tente d'y insuffler.

    Les riches costumes conçus par Paquette lui-même contrastent avec la scénographie sobre et fonctionnelle d'Anne-Marie Matteau qui, grâce à quelques éléments de décors évocateurs et avec le soutien des éclairages de Michael Fortin, permet de situer les différents lieux de l'action. Si le côté cérémonial des entrées et sorties et des jeux entre les actes est réglé avec une belle solennité, certains ajouts, comme les quelques pas de flamenco insérés dans la représentation pour tâcher d'illustrer le caractère bouillant de ces Espagnols, tombent à plat.

    Seul le jeu malicieux d'Alain Fournier en don Fernand, roi de Castille, vient nous rappeler que Le Cid, pièce classique qui gardait quelques orteils dans le baroque, était au départ une tragi-comédie. Ailleurs, la royauté et l'honneur s'empèsent et la passion, au lieu de jaillir, gesticule trop souvent. Échappe à cette tendance le jeu d'Isabelle Duchesneau en Chimène: la jeune comédienne paraît avoir saisi avec justesse toute la vie que renferme la musique du vers cornélien. Face à elle, le don Rodrigue de David Laurin paraît ankylosé: en irriguant trop la fougue qu'on lui devine pourtant, l'interprète a l'alexandrin plus explicatif qu'expressif.

    On gardera donc de ce Cid un brin trop propre l'impression d'un spectacle réalisé avec rigueur, mais qui n'a pas tout à fait trouvé son souffle et qui ne bénéficie pas non plus d'un point de vue affirmé nous permettant d'établir des correspondances entre ce siècle d'or espagnol que l'on évoque, l'époque classique de Corneille et notre XXIe siècle naissant.












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